La remontée des taux, une mauvaise nouvelle pour les économies mondiales
- Cercle des Épargnants

- il y a 5 jours
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A 3,88% en milieu de semaine dernière, le taux auquel la France emprunte à dix ans est au plus haut depuis la crise des subprime, en 2008. Il a gagné près de 60 points de base (0,6%) depuis le début de la guerre en Iran, ce qui constitue un choc d’une ampleur rarement connue. La France n’est pas la seule concernée : en Allemagne, les taux sont eux aussi au plus haut depuis 15 ans, à pratiquement 3,10%.
En provoquant ces remontées des taux d’intérêt, les investisseurs montrent qu’ils craignent, à terme, une remontée de l’inflation susceptible de conduire les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt plus rapidement que prévu. Ils montrent aussi, en creux, qu’ils s’inquiètent de la solidité des finances publiques de certains pays, en exigeant un rendement plus élevé pour continuer à leur prêter de l’argent, la France en premier lieu.
Si les taux restent à ce niveau élevé, les conséquences seront nombreuses pour les épargnants. D’abord, des taux plus élevés fragilisent le tissu économique en réduisant la capacité d’emprunt des ménages et des entreprises. Une remontée du chômage est donc probable. Le marché immobilier sera touché lui aussi, alors même qu’il fait déjà face à une crise de grande ampleur dans certaines villes. Dans sa dernière note de conjoncture publiée fin mars, intitulée « Inflation ravivée, croissance fragilisée » l’Insee revoit en légère baisse de 0,1 point sa prévision de croissance en France pour les prochains trimestres. Pas de trop grande inquiétude, à ce stade, mais la situation pourrait se compliquer : l’Insee estime en effet qu’une hausse de 40 dollars le baril ampute la croissance de 0,4 point au bout d’un an. Ce qui constitue très exactement la moitié de la croissance prévue pour la France…

« Aujourd'hui, le marché intègre que le détroit d'Ormuz sera débloqué d'ici la seconde quinzaine d'avril. Cela ne signifie pas forcément la fin des hostilités, même si une trêve peut aboutir à ce scénario, indique Pierre-Olivier Beffy, gérant macro chez Boussard et Gavaudan. Tant que nous n'avons pas un élément pour être confiant que le trafic reprend dans le détroit, le marché va continuer à intégrer un scénario de plus en plus stagflationniste : hausse des taux, baisse des marchés actions... »
Dans ces conditions, les marchés actions ont enregistré une forte hausse de leur volatilité, signe des incertitudes des investisseurs à court terme. « L'économie mondiale a été soutenue par des stimulus budgétaires qui commencent à s'épuiser, et le choc pétrolier ne va pas se dissiper rapidement, poursuit Pierre-Olivier Beffy. En outre, même si ce n'est pas systémique, on voit aussi le crédit privé commencer à afficher des pertes significatives. Mon scénario est que l'année va rester difficile pour les marchés actions qui étaient très valorisés en début d'année, alors qu'aujourd'hui, on a des taux plus hauts (pesant à la baisse sur la valorisation), un choc d'inflation qui va empêcher les banques centrales de baisser leurs taux, et une économie mondiale qui va ralentir ». Seule bonne nouvelle dans ce paysage : si l’inflation remonte, alors le taux du Livret A qui n’a cessé d’être revu à la baisse depuis plusieurs mois, pourrait bien, in fine, remonter.




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