Livret A : une revalorisation à 1,8 % probable en août, mais encore incertaine
- Cercle des Épargnants
- il y a 17 heures
- 3 min de lecture
À l’approche de l’été, l’attention des épargnants se porte sur une échéance bien connue : la révision semestrielle du taux du Livret A. Après plusieurs baisses, et fixé aujourd’hui à 1,5 %, ce taux pourrait être relevé à 1,8 % à compter du 1er août 2026. Si ce scénario est plus que crédible, il ne constitue en rien une certitude. Derrière cette décision se mêlent mécanisme de calcul, aléas économiques et arbitrages politiques.
Un taux encadré par une formule précise
Depuis 2021, la rémunération du Livret A repose sur une formule réglementaire qui vise à assurer une certaine transparence. Celle-ci combine deux indicateurs : d’un côté, l’inflation hors tabac, reflet de l’évolution des prix à la consommation. De l’autre, le taux €STR (€uro Short Term Rate), calculé par la BCE sur la base des taux des prêts pratiqués sur le marché monétaire en euro, et qui, plus concrètement, correspond au coût de financement des banques sur le marché monétaire européen.
La règle consiste à faire la moyenne de ces deux paramètres sur les six derniers mois, puis à arrondir le résultat au dixième de point le plus proche. Ce cadre offre une certaine lisibilité aux épargnants, même si une limite importante existe : les autorités conservent la possibilité d’y déroger en cas de circonstances jugées exceptionnelles.
Des paramètres qui convergent vers une hausse
À ce stade, les données disponibles suggèrent une orientation à la hausse. Du côté des taux monétaires, la situation est relativement stable. Le taux de dépôt de la Banque centrale européenne, auquel l’€STR est étroitement lié, évolue autour de 2 % depuis plusieurs mois. Sur le semestre de référence, la moyenne devrait donc s’établir à un niveau proche de ce seuil, avec peu d’incertitude.
L’évolution de l’inflation est plus contrastée. Les premiers mois de l’année 2026 ont été marqués par des hausses de prix relativement modérées. Toutefois, une accélération est attendue au printemps, portée notamment par le renchérissement de l’énergie. Les estimations pour mai et juin tablent sur une inflation comprise entre 2,5 % et 3 %, ce qui devrait porter la moyenne semestrielle entre 1,5 % et 1,7 %.
En combinant ces deux composantes, la formule conduit, dans la plupart des scénarios, à un taux cible proche de 1,8 %. Une telle revalorisation représenterait un gain tangible pour les épargnants : pour un Livret A au plafond, les intérêts annuels passeraient d’environ 345 euros à plus de 400 euros.
Une décision qui n’est pas mécanique
Malgré ces éléments, la revalorisation n’est pas automatique. Le gouverneur de la Banque de France peut recommander de s’écarter de la formule, notamment si le contexte économique le justifie.
Plusieurs raisons pourraient conduire à une telle prudence. L’une des principales tient au caractère potentiellement temporaire de la remontée de l’inflation. Si celle-ci est liée en grande partie aux prix de l’énergie, elle pourrait s’atténuer rapidement en cas d’accalmie sur les marchés pétroliers. Dans ce cas, une hausse du taux du Livret A pourrait apparaître excessive et nécessiter un ajustement à la baisse lors de la révision suivante.
Par ailleurs, une revalorisation a un coût économique indirect. Le Livret A finance en partie le logement social et influence les conditions de refinancement des banques. Un taux plus élevé peut donc avoir des répercussions au-delà des seuls épargnants.
Enfin, accroître le taux du Livret A pourrait inciter les Français à un regain d'épargne, au moment où - au contraire - l'économie aurait besoin du soutien de la consommation.
Un contexte politique sensible
La décision de l’été 2026 s’inscrit également dans un calendrier particulier. La prochaine révision interviendra en février 2027, à quelques semaines de l’élection présidentielle. Or, une baisse du taux du Livret A dans une telle période serait politiquement délicate.
Ce contexte renforce l’enjeu de la décision estivale. Relever le taux aujourd’hui pourrait contraindre à le diminuer quelques mois plus tard, ce qui exposerait les autorités à des critiques. À l’inverse, maintenir le taux inchangé malgré une inflation en hausse serait difficilement acceptable pour les ménages.
À cela s’ajoute un élément institutionnel : cette décision devrait être la première du nouveau gouverneur de la Banque de France. Elle revêt donc une dimension symbolique, qui accroît encore sa sensibilité.
Une issue encore incertaine
En l’état actuel des informations, la hausse du Livret A à 1,8 % apparaît comme l’issue la plus probable, car elle correspond au résultat de la formule réglementaire et à l’évolution récente de l’inflation.
Cependant, cette projection reste conditionnée à des arbitrages qui dépassent la seule mécanique de calcul. L’évolution des prix de l’énergie, les anticipations économiques et le contexte politique des prochains mois pourraient infléchir la décision finale.
