« L’une des préoccupations majeures est celle de la soutenabilité de la dette des pays développés »
- Cercle des Épargnants

- il y a 3 jours
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Deux mois après le début de l’année, comment se présente la conjoncture pour 2026 ?
Les économies développées paraissent plutôt bien positionnées pour maintenir une croissance résiliente. Cela s’explique notamment par la mise en place de stimulus budgétaires importants aux Etats-Unis, mais aussi au Japon qui bénéficie par ailleurs de plusieurs mesures économiques favorables, tandis qu’en zone euro l’Allemagne a mis en place un plan de relance budgétaire massif sur fond d’accroissement global des dépenses liées à la Défense. A cela s’ajoute une baisse de l'inflation, que ce soit aux États-Unis, dans la zone euro, ou encore au Royaume-Uni, qui devrait permettre une reprise de la consommation. Enfin, les économies émergentes ont-elles aussi été plutôt résilientes en 2025, malgré les droits de douane mis en place par Donald Trump, également grâce à une baisse de l’inflation ayant permis à leurs banques centrales de réduire leurs taux d’intérêt, ce qui est favorable à la Certes, il ne s’agit pas d’un niveau de confiance exceptionnel mais il est suffisant pour être relativement certain d’avoir un peu de croissance au cours des prochains mois.
Pour autant, les risques sont nombreux et font régner une certaine incertitude ?
En effet. L’une des préoccupations majeures est celle de la soutenabilité de la dette des pays développés, qui s’accroît à mesure que les déficits se creusent sous l’effet des plans de relance et le financement des mesures de transitions énergétiques. C’est le premier facteur de risque. Le second est évidemment d’ordre géopolitique avec le regain de tensions diplomatiques mondiales.
Justement, jamais depuis plusieurs décennies le monde n’avait paru si dangereux et pourtant on a l’impression que les marchés ne sont pas inquiets par ces risques géopolitiques...
Oui, plusieurs raisons expliquent ce paradoxe à court terme. D’abord, ce risque est surtout une préoccupation des entreprises qui – elles ! – sont très inquiètes pour leur activité et travaillent à réorganiser leurs chaînes d'approvisionnement et leur stratégie à l'international. Mais au niveau macro-économique, l’impact est plus limité. Probablement parce que les conflits ne touchent pas encore les pays cœur de l’économie mondiale, autrement dit ils se concentrent davantage sur des pays à bas revenus. Or l’exposition des entreprises dans ces pays est somme toute assez limitée. La littérature économique nous apprend que le risque géopolitique a des effets sur les marchés quand il touche un pays clef pour l’approvisionnement énergétique mondial, le pétrole en premier lieu. Ou un pays central pour le commerce international.
Quel est l’impact sur les taux d’intérêt ?
Il faut être relativement prudent dans ce domaine, car nous arrivons au terme d’une longue série d’assouplissements monétaires des banques centrales dans le monde entier. Il faut donc s’attendre à une stabilisation des taux d’intérêt à court terme mais celle-ci devrait masquer une remontée progressive des taux à plus long terme. C’est ce que l’on appelle une repentification de la courbe des taux. Cela signifie que les investisseurs exigent une prime pour prendre plus de risques à long terme et cela est directement lié au creusement des déficits publics et à ce que l’on pourrait nommer « la volatilité politique »
Quid des marchés actions ?
Ils restent pour le moment bien orientés, pour les mêmes raisons qui les ont conduits à bien performer en 2024 : grâce aux investissements colossaux dans l’IA. Globalement cette bonne résistance des marchés actions est un facteur clef de la croissance américaine car ils créent un effet richesse qui amène le ménage américain à continuer à consommer. C'est une force à court terme mais une vulnérabilité à long terme parce que si le marché tombe, alors potentiellement la croissance américaine tombe aussi.
Doit-on craindre un éclatement de la bulle financière ?
La question pour nous, n'est pas de savoir s'il y aura ou pas dégonflement de la bulle mais de prédire quand elle interviendra. Il y a peu de probabilité dans les prochains mois car à la différence l’éclatement de la bulle technologique de 2001, les sociétés qui investissent massivement dans la tech aujourd’hui sont très solidement armées en termes de capitaux et généralement bénéficiaires. Quand bien même ces investissements auraient été trop importants ou générés une bulle ils ne sont pas de nature à ruiner ces entreprises, du moins pas à court terme.
Bien que l’horizon soit plutôt positif, n’est-il pas difficile, pour un épargnant, de savoir quoi faire dans le contexte actuel ?
Les phénomènes économiques sont effectivement devenus plus imprévisibles qu’avant et les réactions des marchés parfois contradictoires avec ce que disait la théorie, ce qui effectivement rend les choses difficiles à prédire pour les épargnants. A mon sens, plus que jamais la diversification de gestion de l'horizon de placement est fondamentale.
Cette diversification doit s’opérer en intégrant le fait que nous allons évoluer dans un environnement de taux longs globalement plus élevés que ceux que nous avons observé lors de la dernière décennie Nous sommes, aussi, il faut en être conscients, à un moment critique de convergence, où la tectonique de l’économie mondiale bouge, mêlant risques géopolitiques, épuisement des modèles économiques classiques marqués par des niveaux d'endettement particulièrement élevés, ou encore vieillissement démographique et fin de la mondialisation. Cela incite à la plus grande des prudences sur le long terme.




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