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Interview Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos

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    Cercle des Épargnants
  • il y a 52 minutes
  • 5 min de lecture


Portrait de Brice Tinturier
Brice Teinturier

Quels sont les principaux enseignements de l’édition 2026 du baromètre 2026 « les Français, l’épargne et la retraite » ? »

Face à l’instabilité économique et politique des deux dernières années, les Français ressentent des inquiétudes telles qu’elles modifient profondément leurs comportements financiers. Ils privilégient massivement l’épargne de précaution au détriment de la consommation et se tournent vers des produits jugés sûrs. Ils manifestent également un scepticisme croissant quant-à la pérennité du système de retraite, qui peut participer à alimenter ces réflexes de précaution.

Sur quels aspects porte cette inquiétude des Français ?

La situation de la dette et du budget de l’état a surtout généré des inquiétudes sur la pérennité du système de santé et la stabilité économique du pays. Mais-delà de ces inquiétudes « générales », la situation a aussi suscité des inquiétudes très immédiates : 66 % des Français déclarent éprouver de fortes inquiétudes sur l’impact de cette situation sur leur leur épargne. Le contexte politique récent, notamment la dissolution, a agi comme un “révélateur” pour les Français, propulsant les enjeux de la dette et des déficits comme des préoccupations plus importantes.

Comment cela se traduit-il dans leurs choix économiques ?

Une majorité de Français (56 %) déclare avoir adapté ses choix économiques. Cette tendance est encore plus marquée chez les jeunes et les ménages les plus aisés (patrimoine supérieur à 50 000 €), 65 % d’entre eux ayant modifié leur stratégie. L’adaptation principale consiste à épargner davantage par peur de l’avenir (44 % de ceux qui ont changé leurs habitudes ont opté pour cette stratégie) et à se tourner vers des produits jugés plus sûrs ou sans risque, dans une quête de “protection intégrale”. L’intention d’épargner atteint ainsi un niveau historiquement haut (39 %), une situation jugée préoccupante pour la consommation et l’économie. Les motivations principales derrière cette épargne sont d’ailleurs la précaution face à l’imprévu (60 %) et la préparation de sa retraite (26 %).

Est-ce qu’on retrouve ce sentiment dans le choix des produits d’épargne ?

Tout à fait : en réponse au climat d’incertitude, les Français adoptent une posture d’aversion au risque marquée. Les produits traditionnels et sécurisés comme les livrets, l’assurance vie et les PEL/CEL demeurent les plus détenus. En termes d’intentions de souscription future, l’assurance vie et le Plan d’Épargne Retraite (PER) se distinguent, bien que deux tiers des Français n’envisagent de souscrire à aucun nouveau produit, illustrant une forme d’attentisme. Cette prudence se confirme dans tous les indicateurs : la préférence va nettement à “mettre de côté” plutôt que “dépenser”, ainsi qu’aux placements peu risqués et très liquides, même si leur rendement est faible. Dans ce contexte, la hiérarchie des produits considérés comme étant les meilleurs pour préparer la retraite évolue. Le PER reprend la première place, suivi par une assurance vie en regain d’intérêt. Le Livret A, bien que toujours détenu par de très nombreux Français, est relégué en troisième position, (seuls 19% le considèrent comme le meilleur produit pour épargner contre 30% l’an dernier). La perception des placements plus volatils reste négative : les actions cotées ne bénéficient d’une bonne image qu’auprès de 32 % des Français.

Observe-t-on des changements dans la manière dont les Français s’informent sur l’épargne ?

Un net clivage générationnel apparaît dans la manière dont les Français s’informent sur l’épargne. Les plus âgés restent fidèles aux canaux traditionnels : la banque (54 % des Français de 65 ans l’utilisent pour s’informer) et le conseiller financier (36 %). À l’inverse, les moins de 35 ans diversifient considérablement leurs sources. Pour eux, les proches constituent le premier canal d’information (41%), devant la banque (35 %), reflétant une certaine défiance envers les autorités extérieures. Ils “pianotent un peu partout”, consultant médias spécialisés, médias généralistes et, dans une moindre mesure, les influenceurs (11 % chez les jeunes, contre 5 % pour l’ensemble). Parallèlement, l’intelligence artificielle (IA) s’installe progressivement dans les habitudes. Qu’en est-il de l’émergence de l’IA ?

Actuellement, 40 % des Français l’utilisent, un chiffre qui monte à 56 % chez les moins de 35 ans et 50% chez les cadres. Malgré une installation rapide dans le quotidien des citoyens, son potentiel pour aider à la prise de décision financière est perçu comme limité (28 % le jugent élevé, 27 % faible). Les principaux freins demeurent la peur liée à la sécurité des données, le risque d’erreurs dans les conseils et l’absence de responsabilité humaine en cas de problème. Néanmoins, beaucoup se disent prêts à utiliser l’IA, au moins pour s’informer sur des produits financiers (31 %) réaliser des simulations (34 %), ou partager certaines informations financières (32 % pour des données générales et anonymisées). L’IA est ainsi perçue comme un nouvel outil puissant venant s’ajouter à la panoplie d’information, surtout pour les jeunes générations.

Alors que la réforme des retraites a été suspendue, les Français sont-ils inquiets ?

L’inquiétude concernant la retraite atteint des niveaux critiques, avec une confiance dans l’avenir du système français tombée à seulement 10 % (au dessus toutefois des niveaux observés pendant le mouvement de gilet jaune ou elle était à 6%). L’inquiétude est très largement majoritaire (81%, et même 85 % chez les plus de 65 ans) et touche y compris les jeunes (73 % chez les 18-24 ans). Pour 43 % des Français, l’inquiétude est même “tout à fait” forte. Au-delà de l’inquiétude pour le système, 58 % des individus sont personnellement inquiets pour leur propre retraite.

Quelles sont les mesures préconisées par les Français pour sauver le système des retraites ?

L’option consistant à “développer les fonds de pension” reste la mesure la plus plébiscitée (60 %), un résultat à interpréter avec précaution car on ne sait pas ce que les Français connaissent vraiment des fonds de pension et de leur fonctionnement. Ceci étant dit, la popularité de cette option devance celle du recul de l’âge de départ (42 %). Sa popularité croissante (+ 5 points en un an et +14 points en 9 ans) contraste avec la récente baisse du soutien à une augmentation des cotisations (-7 points en un an, relativement stable par rapport à 2017). Cependant, un décalage subsiste entre l’opinion générale et l’engagement personnel : seuls 47 % des non-retraités se disent prêts à souscrire à un fonds de pension et à peine 33 % à reculer leur propre âge de départ.

Votre baromètre s’est intéressé à l’opinion des citoyens envers les crypto-monnaies. Quel est leur sentiment ?

Elles suscitent une forte méfiance (55 % de mauvaises opinions contre 16 % de bonnes), étant principalement associées à un “risque pour les investisseurs vulnérables” (35 %), à un “concept abstrait” (30 %) ou au financement d’activités illégales (21 %). Toutefois, un clivage générationnel est notable : les jeunes, ayant moins de patrimoine à risquer et étant attirés par un gain rapide, se montrent moins critiques et plus enclins à se tourner vers ces actifs.




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