Comment financer la dette américaine ?
- Philippe Dupuy

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Par Philippe Dupuy, président
Lorsqu’un particulier investit dans un fonds – qu’il s’agisse d’un fonds actions, obligataire ou d’un fonds immobilier – il pense confier son argent à une société de gestion chargée de le faire fructifier. Mais il ignore souvent que c’est chez un autre acteur, indépendant que son argent est réellement placé : le dépositaire.
Les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ainsi que le raidissement de l’Europe face aux déclarations du Président Trump, ont eu la même conséquence sur les marchés financiers : la vente par certains investisseurs institutionnels de titres de dette américains. Plusieurs fonds d’investissement scandinaves sont passé à l’action alors que les tensions concernant le Groenland étaient vives et la Chine a accéléré son programme de ventes au printemps 2025 alors que la guerre des tarifs douaniers battait son plein.
Le trésor américain doit placer sur les marchés financiers une dette qui dépasse désormais les 35000 milliards de dollars soit un peu plus de 120% du Produit Intérieur Brut (PIB) du pays. A titre de comparaison, ce ratio est d’environ 88% pour les pays de la zone euro et de 117% pour la France. D’ailleurs, les autorités américaines ne s’y trompent pas, menaçant de « grosses représailles » les Européens s’ils décidaient de s’engager dans cette voie de manière coordonnée.
Cependant, ces ventes ont eu jusqu’à présent qu’un effet très modeste sur le niveau des taux d’intérêt américains qui se sont stabilisés depuis quelques mois autour de 4.30%. Le pays connait pourtant un regain d’inflation avec une progression des prix supérieure à 2,7% l’an depuis l’été 2025. Mais la relation naturelle taux d’inflation – taux d’intérêt semble plus faible désormais. Il est vrai qu’entre temps, la Réserve Fédérale a baissé ses taux directeurs, un signe annonciateur pour les marchés de ralentissement à venir de l’économie et donc de moindre inflation. Alors ignorance ou complaisance ?
La réponse est peut-être ailleurs. Ne faudrait-il pas voir dans ce relatif calme un effet « stable coin » ? En effet, ces crypto-actifs qui promettent une parité parfaite avec le dollar sont devenus de par leur construction une source importante de financement de la dette américaine car tout dollar émis en « stable coin » est garanti par un dollar investi en bons du trésor américain. En quelque sorte, un dollar de « stable coin » peut être vu comme un dollar de dette américaine servant de moyen de paiement. Ce qui signifie que tout émetteur de stable coin doit détenir un montant équivalent de bons du trésor. Les montants en jeu sont massifs puisque les transactions en « stable coin » connaissent une croissance importante, de l’ordre de 90% selon le cabinet de conseil Accenture dépassant même certains mois les flux de paiements gérés par Visa.
Les montants de « stable coin » en circulation actuellement sont difficiles à connaitre : les estimations varient de 200 à 250 milliards de dollar ce qui est peu au regard des 35000 milliards de dette à financer. En revanche la croissance rapide de ces flux peut très largement compenser les quelques centaines de millions d’euros vendues pour l’instant par les fonds d’investissement européens !
Le Livret A : Première décollecte depuis 2015
Après plusieurs années de hausse continue, la collecte du Livret A s’est inversée en 2025. Selon la Caisse des Dépôts, le produit d’épargne préféré des Français a enregistré une décollecte de 2,1 milliards d’euros, une première depuis dix ans.
Le Livret A a longtemps profité d’un contexte de crise : pandémie, inflation et incertitudes ont incité les ménages à épargner massivement. Son taux, relevé jusqu’à 3% en 2023, avait rendu ce placement particulièrement attractif pour les épargnants. Mais en 2025, ce taux est redescendu à 1,7%, puis redescendra à 1,5% au 1er février 2026, pour s’aligner sur la baisse de l’inflation. Résultat : l’écart de rendement avec d’autres placements, comme l’assurance-vie, s’est creusé.
Loin de dépenser davantage, les Français ont adapté leur stratégie d’épargne. L’assurance-vie, notamment dans les fonds en euros, offre désormais des rendements souvent supérieurs à 3%, de plus sans plafond de dépôt. Dans ce contexte, de nombreux épargnants ont préféré transférer une partie de leur épargne du Livret A vers ces produits plus rémunérateurs.
Si le Livret A attire moins, il n’en reste pas moins un produit encore utilisé, avec encours de plus de 445 milliards d’euros fin 2025, restant à un niveau élevé. Ce placement liquide et défiscalisé conserve son rôle de réserve de sécurité, disponible en cas de besoin immédiat.
Pour les économistes, cette décollecte n’est pas un signe de crise, mais la fin d’un cycle exceptionnel. Les années 2020 à 2023 avaient généré une hausse formidable de la collecte, portée principalement par des taux anormalement élevés. 2025 marque donc simplement le retour du Livret A à sa fonction première : celle d’un placement sûr mais modérément rémunérateur, dans un paysage d’épargne redevenu plus équilibré. Avec une inflation limitée à 0,8 %, il reste par ailleurs un produit toujours pertinent et avantageux pour les épargnants.

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