Une France qui dit « non », Moody’s qui dit « oui »


par Valérie Plagnol, présidente du Cercle des Épargnants
Tandis que le débat budgétaire s’enlise et que les manifestations, et surtout les heurts et pillages du 17 octobre dernier, ont sidéré l’opinion publique, la situation politique et budgétaire de la France inquiète de plus en plus les marchés. Le taux de l’emprunt d’État à 10 ans a franchi la barre des 5 % le 21 octobre, une première depuis 2002. S’il est revenu autour de 4,90 %, il s’installe à plus de 1,5 point au-dessus du taux allemand à 10 ans. Cet écart, jamais revu depuis la crise de l’euro de 2012, traduit cette défiance.
Il ne faut pas se méprendre cependant : cette tension ne remet pas en cause notre capacité à faire face à nos engagements. C’est pourquoi l’agence de notation Moody’s a décidé, le 23 octobre, de confirmer la note de la France (Aa3), tout en maintenant une perspective négative. La situation de la France reste soutenable, mais le coût de notre dette s’alourdit dangereusement, et notre capacité à « redresser la barre » ne convainc pas.
· Sans majorité absolue au Parlement, le gouvernement Lecornu peine à faire adopter un programme d’économies, même modeste, face à l’intransigeance des oppositions.
· Des recours institutionnels existent, mais le débat budgétaire pourrait, comme l’an passé, se prolonger jusqu’au début de l’année prochaine, accroissant la défiance et l’attentisme.
· Les dégâts causés par les violences du week-end du 17 octobre, la frilosité des touristes et les manques à gagner à l’approche des fêtes sont autant de risques de voir la croissance s’affaiblir encore en fin d’année.
À l’approche de l’élection présidentielle, les sondages révèlent surtout les fractures et les refus des Français. Les plus récents sondages placent Marine Le Pen et Jean Luc Melenchon en tête au premier tour de l’Election présidentielle, montrant la solidité et la place de leurs bases électorales respectives.
Alors, que faire ? Peut-être commencer par revenir à la réalité. Jean-François Boulier, membre de notre comité scientifique, nous rappelle le poids de la démographie et les moyens d’en tirer parti. Mais aussi se projeter vers l’avenir : la France et l’Europe ne manquent ni de talents ni d’épargne ! Recentrons l’État sur ses missions régaliennes et de service public au sens strict, et laissons l’initiative privée reprendre sa place.
Dans notre interview du mois, Elina Berrebi, co-fondatrice de la société Revia, revient sur les atouts dont nous disposons, en France comme en Europe, pour financer notre montée en puissance technologique. Les talents et les financements sont là ; l’introduction d’une part de capitalisation dans le financement des retraites sera le vecteur de nouveaux investissements et performances. Nos besoins sont de long terme, nous avons choisi la voie de l’innovation et de la transition énergétique. C’est elle qui permettra de combiner transition climatique et diversification énergétique.
Sachons donc raison garder, et accepter que des problèmes complexes ne se résolvent pas avec des solutions simples, pour ne pas dire simplistes, lancées à l’emporte-pièce contre telle ou telle catégorie de la population érigée en bouc émissaire. Nous n’échapperons pas aux économies de dépenses : elles sont essentielles pour retenir nos forces vives. Sachons reconnaître aussi que le recentrage de la puissance publique sur ses missions, laisse la place à l’initiative privée. Les exemples autour de nous ne manquent pas. La priorité sera de réduire l’inactivité aux deux extrémités de la vie active, et de favoriser une vie plus longue en bonne santé, par l’éducation et la prévention.



