Une navigation « aux étoiles, sous un ciel nuageux »
- Valérie Plagnol, Présidente

- il y a 6 jours
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par Valérie Plagnol, présidente du Cercle des Épargnants
C’est ainsi que le Président de la Réserve Fédérale, Jérome Powell parlait déjà en août dernier de la situation économique. L’entretien que nous a accordé Benjamin Melman, Global Chief Investment Officer d’Edmond de Rothschild Asset Management, ce mois-ci, confirme l’incertitude qui continue de planer sur les marchés.
2025 s’achève sur de belles progressions des marchés actions, notamment aux Etats-Unis; un rebond d’autant plus spectaculaire que les annonces du « Liberation Day » de hausses des tarifs douaniers américains, les avaient fait durement chuter en avril dernier.
De même, les Etats-Unis de Donald Trump voient le dollar baisser, tandis que l’or franchissait de nouveaux records – un signal de défiance semble-t-il – au regard des annonces chaotiques venues de Washington, comme des pressions croissantes exercées sur la Réserve Fédérale.
L’économie américaine a certes nettement ralenti (la croissance en 2025 est estimée entre 1,5 et 1,7%), mais elle ne s’est pas effondrée pour autant. De plus, la plupart des économistes s’attendent à un rebond au-dessus de 2% en 2026. Et pourtant :
• Les ménages moyens et modestes se préoccupent de leur pouvoir d’achat, tandis que l’administration tente de leur donner des gages en « négociant » des tarifs particuliers – pour la santé notamment – ou encore sur certaines importations alimentaires.
• Le manque de main d’œuvre lié à la politique anti-immigration touche particulièrement les secteurs comme l’aide à l’enfance et aux personnes âgées, contraignant certains à quitter leur emploi. D’autres restrictions sur les visas qualifiés pourraient précipiter des délocalisations de services à haute valeur ajoutée.
• La croissance prend une forme dite en « K » de plus en plus marquée, se traduisant par un creusement des inégalités de revenus et de patrimoines, renforcé par une progression d’une partie des marchés boursiers (les secteurs de l’IA).
• La Réserve Fédérale se rapproche de la BCE, en ramenant ses taux directeurs à 3,5% - 3,75% (contre 5,5% en début d’année); la BCE a laissé ses taux directeurs inchangés à 2% depuis juin 2025. Mais le doute persiste quant à la justification de telles décisions, alors que les taux d’inflation restent proches de 3%. Ils pourraient même progresser encore si - la demande repartant grâce aux baisses d’impôts promises - les entreprises transféraient les hausses de coûts qu’elles ont subi dans leurs prix finaux, afin de préserver leurs marges.
L’Europe a montré de réels signes de résistances aux chocs commerciaux et économiques extérieurs, en partie grâce au recul des prix à l’importation et notamment de l’énergie, et à des politiques publiques plutôt accommodantes – notamment en Allemagne, mais également en France. Dans ce dernier cas, la question budgétaire est plutôt de nature à inquiéter les marchés. L’Europe progresse, mais péniblement, l’inflation n’est pas à l’ordre du jour – surtout pas en France où l’augmentation des prix est restée inférieure à 1% sur un an – redonnant de l’oxygène aux ménages.
La conduite erratique de la politique américaine masque un changement de cap réaffirmé dans la publication de ses grandes lignes stratégiques, qui montrent une volonté claire de se désengager de l’Alliance Atlantique, comme une critique non moins marquée de l’Union Européenne.
En ce début d’année, je voudrais vous proposer de nous retrouver sur une note plus positive, et certainement plus volontariste. Certes l’Europe (l’UE) a ses lourdeurs. Et, avouons-le, en cas de mécontentement local, elle a aussi parfois bon dos. Plus encore qu’auparavant, les forces centrifuges internes comme extérieures se manifestent avec plus de vigueur. Cependant, nous représentons une large communauté économique et politique, qui partage les mêmes valeurs et peut faire front avec des moyens conséquents face à ces pressions, voire ces agressions. La politique américaine engagée en 2016, et l’idéologie qui se manifeste derrière son Président, comme la politique de reconquête d’une zone d’influence à l’Est, nous poussent à nous renforcer et justifient, je le crois profondément, notre attachement à nos principes et à la construction de cet édifice. Cela ne nous exonère pas de nous remettre en question et d’accélérer notre adaptation à ces nouvelles donnes. Rappelons-nous que nous en avons les moyens.
Le Conseil d’Administration et les équipes du Cercle des Epargnants se joignent à moi pour vous souhaiter une très belle et heureuse année.

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