« Une année 2025, en tambours et Trumpettes ! »

A l’occasion de l’Assemblée générale du Cercle des Epargnants, le 22 septembre dernier, la présidente Valérie Plagnol a comme chaque année, dressé un panorama de la situation économique mondiale.
Un panorama d’abord consacré à 2025, année qu’elle baptise « en tambours et trumpette », par allusion à l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Ce retour au premier plan « a profondément marqué le climat politique, économique et géopolitique mondial. Les annonces tonitruantes du président Trump, la mise en œuvre d’une politique commerciale offensive, les tensions affichées à l’égard de l’OTAN, les hésitations sur le dossier ukrainien, ainsi que la reprise en main de l’administration et la nomination de nouvelles figures à la tête de l’État ont nourri les plus vives inquiétudes, tant pour l’économie américaine que pour l’équilibre mondial ».

Malgré tout, l’année 2025 n’a pas été marquée par une récession. « Pour autant, elle a semé les germes de transformations profondes dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences. Des lignes de fracture se sont élargies ou ont commencé à se manifester — parfois de manière silencieuse, mais toujours significative — au sein des chaînes de valeur, des flux commerciaux et des équilibres financiers, tout comme dans les rapports de force politiques et stratégiques à l’échelle mondiale ».
Sont ainsi arrivés la mise en œuvre de droits de douane sur un très grand nombre de produits, le lancement d’une politique anti-migratoire très dure, sans oublier plusieurs « coups de boutoirs » institutionnels. Malgré tout, « on ne peut qu’être frappé par la rapidité avec laquelle les entreprises se sont adaptées aux nouvelles conditions économiques : relocalisation partielle de certaines productions, réorganisation des chaînes d’approvisionnement, diversification des fournisseurs, révision des stratégies d’investissement et de financement ». Ainsi une partie de hausses de tarifs a été absorbée dans les marges de certains importateurs, comme des exportateurs. Mais à mesure que le temps passe et si la consommation reste vigoureuse – elles finiront par être transmises dans les prix finaux.
À cela se sont enfin ajoutées des interrogations sur la trajectoire des taux d’intérêt et sur l’indépendance des banques centrales. « La pression politique exercée sur la Réserve fédérale et son Président Jerome Powell, les critiques à l’encontre de la politique monétaire jugées trop restrictive, ont contribué à accroître la volatilité des marchés et à nourrir un climat d’incertitude durable. Les investisseurs, partagés entre la peur d’un choc de croissance et l’espoir de nouvelles baisses de taux, ont alterné épisodes de fortes corrections et rebonds techniques ».
Plusieurs questions se posent pour 2026. Et notamment, doit-on redouter un retour de l’inflation ? « les indices d’inflation dépassent largement les objectifs fixés par les Banques Centrales, c’est particulièrement flagrant aux Etats-Unis. C’est un peu moins le cas en Europe, ce qui n’a pas empêché la BCE d’intervenir une première fois (peut-être la seule cette année), tandis qu’en France l’inflation reste plutôt contenue, malgré la perception des consommateurs ». Ceci provient d’une hausse des droits de douane qui renchérissent le coût des importations et finissent, au moins en partie, dans les prix à la consommation. A cela s’ajoutent des tensions sur le marché de l’emploi, notamment aux Etats-Unis du fait de la baisse du nombre de travailleurs issus de l’immigration. Sans oublier la spirale prix/salaires consécutive à des chocs répétés (énergie, tarifs, géopolitique) : les prix montent, les salaires suivent, puis les entreprises répercutent dans leurs prix de vente.
« Au total, on a le sentiment aujourd’hui que c’est surtout le pouvoir d’achat des ménages qui est affecté, donnant lieu à des réactions de repli de la consommation sur des biens plus essentiels – et alors que la hausse des taux d’intérêt à long terme contribue à « refroidir » le marché de l’immobilier ». Ainsi la hausse récente des prix de l’essence, bien que sans commune mesure avec des hausses précédentes (choc pétrolier des années 70 ou hausse du début des années 2000), a été particulièrement mal ressentie dans un contexte de stagnation des revenus. Par ailleurs les incertitudes budgétaires et fiscales notamment mais pas seulement, incitent les ménages à privilégier la constitution d’une épargne de précaution.
Dans ce contexte, quelles perspectives pour l’économie française ? La dette publique devient clairement le cœur des inquiétudes. En fin d’année 2025, l’endettement dépasse les 3 400 milliards d’euros, soit près de 115 à 116% du PIB. Le déficit reste au‑delà de 5% du PIB, ce qui ne permet pas de stabiliser la trajectoire de dette. Le poids croissant des intérêts dans le budget de l’État alimente les alertes des institutions européennes, comme de la cour des comptes entre autres. De leur côté, les marchés s’interrogent sur la crédibilité du redressement des finances publiques et sur le risque, à moyen terme, d’une mise sous pression du « spread » entre la France et l’Allemagne. Dans ce cadre, l’entrée dans la pré-campagne présidentielle se fait dans un climat de nervosité des marchés, attentifs aux programmes économiques des principaux candidats déjà déclarés, notamment Marine Le Pen et Jean‑Luc Mélenchon. Leurs propositions perçues comme plus conflictuelles vis‑à‑vis de Bruxelles, des investisseurs et des engagements de maîtrise du déficit, ravivent les interrogations sur la trajectoire de la dette de la France, sur la pérennité des réformes de retraites et sur la capacité de la France à rester (ou même revenir) dans les clous européens.
« 2025 aura donc été une année de croissance faible, de dette encombrante et de débat social et politique intense, qui prépare une séquence 2026‑2027 où la question de la crédibilité économique du pays sera au centre du jeu », conclut la Présidente du Cercle des Epargnants.




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