PER : sortie en rente ou en capital ?
- Philippe Dupuy

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Par Philippe Dupuy, Président du Conseil Scientifique du Cercle des Epargnants
Au moment de la retraite, le choix entre une sortie d’un Plan d’Épargne Retraite (PER) en rente et une sortie en capital constitue l’une des décisions patrimoniales les plus importantes. Derrière cette question se cachent en réalité plusieurs interrogations portant sur le niveau de revenus souhaité, la fiscalité, la transmission du patrimoine et l’espérance de vie.
La première question à se poser est celle de la sécurité financière. La rente viagère offre un revenu garanti jusqu’au décès. Cette caractéristique répond à ce que les économistes appellent le risque de longévité, c’est-à-dire le risque de vivre plus longtemps que prévu et de voir son épargne s’épuiser[1]. Les travaux académiques consacrés aux stratégies de décumulation du patrimoine montrent que la rente prend toute sa valeur pour les personnes qui privilégient la stabilité des revenus et souhaitent se protéger contre cette incertitude. À l’inverse, la sortie en capital permet de conserver la maîtrise de son épargne et d’adapter les retraits à ses besoins réels.
La deuxième question concerne les objectifs patrimoniaux. Une rente procure un revenu régulier mais ne permet pas la transmission d’un héritage, sauf cas de rente de réversion ou d’annuités garanties. A l’inverse, une sortie en capital permet la transmission. Les recherches sur les comportements des retraités montrent d’ailleurs que le désir de transmission constitue l’une des principales raisons expliquant la préférence pour la sortie en capital plutôt que pour la sortie en rente[2].
L’aspect fiscal mérite également une attention particulière. Le capital n’est pas imposable à l’impôt sur le revenu sauf dans le cas où il a été constitué par des versements déduits du revenu imposable pendant la phase d’épargne. En revanche, les gains sur le capital sont, eux, bien soumis à la fiscalité des revenus du capital. Cette concentration des revenus sur une même année peut donc parfois augmenter sensiblement le taux d’imposition.
La sortie en rente est imposée comme une pension de retraite et bénéficie de l’abattement de 10 % si elle provient de versements déduits pendant la phase d’épargne. Si les versements n’ont pas été déduits, elle sera imposée selon le régime fiscal des rentes viagères à titre onéreux (RVTO). L’imposition est quoiqu’il en soit étalée dans le temps, ce qui peut être avantageux.
Au total, il n’existe pas de réponse universelle. La rente privilégie la sécurité des revenus et la protection contre le risque de longévité. Le capital favorise la souplesse, la transmission et le contrôle du patrimoine. Dans de nombreux cas, la solution la plus équilibrée consiste d’ailleurs à combiner les deux afin de sécuriser une partie de ses revenus tout en conservant une réserve de capital disponible.
[1] Christine Chevallier, Hélène Xuan et François-Xavier Albouy, « Déterminants de l'inassurabilité du risque de longévité et marché de la rente viagère », Revue française d'économie, vol. 26, n°4, 2011, p. 81-119
[2] Masson, André. Des liens et des transferts entre générations. Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2022.




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