top of page

« La capitalisation sera un sujet majeur de la prochaine campagne présidentielle »

  • Photo du rédacteur: Cercle des Épargnants
    Cercle des Épargnants
  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture


Portrait de Brice Tinturier
Thibaut Bechetoille, entrepreneur et Président de Capissens

Certains estiment que la question de la retraite par capitalisation sera abordée par de nombreux programmes présidentiels lors de l'élection de 2027. Est-ce aussi votre opinion ? Pourquoi ? 

Oui, la capitalisation sera un sujet majeur de la prochaine campagne présidentielle. Plusieurs candidats se sont déjà prononcés publiquement en faveur de sa généralisation. C’est un enjeu stratégique pour le pouvoir d’achat, la compétitivité, mais aussi pour le financement des transitions et le renforcement de notre souveraineté économique. Généraliser la capitalisation est indispensable.


Nicolas Marques, Directeur général de l’Institut économique Molinari et administrateur de Capissens
Nicolas Marques, Directeur général de l’Institut économique Molinari et administrateur de Capissens

 

Selon plusieurs sondages (dont ceux publiés chaque année par le Cercle des Epargnants) les français sont plutôt favorables à la retraite par capitalisation et pourtant les politiques fuient le débat. Comment l'expliquer ?

L’époque où la capitalisation divisait est derrière nous. Depuis plusieurs années, les enquêtes montrent que les Français ont compris que mettre en place une dose de capitalisation est le meilleur moyen de préserver les retraites. Le sondage réalisé en février 2026 par Ipsos pour le Cercle des Épargnants montre que développer les fonds de pension est la priorité pour 60 % des Français, bien avant les solutions alternatives destinées à assurer la viabilité du système de retraites (recul de l’âge de départ, augmentations de cotisations ou réductions des prestations). Les Français sont à 57 % en faveur d’un système mixte mêlant répartition et capitalisation. Le pourcentage de partisans du tout-répartition (20 %) n’a jamais été aussi faible et 22 % des Français rêvent d’un système de retraite basé exclusivement sur la capitalisation.Les Français ont compris que, compte tenu de la démographie, il faut ajouter une dose significative de capitalisation. Les simulations du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) montrent que, si rien n’est fait, le niveau de vie des retraités baissera d’au moins 11 % par rapport au reste de la population d’ici à 2070. Capitaliser est indispensable pour préserver le pouvoir d’achat des retraités.

 

Nous avons déjà des PER. Que pourrait apporter de plus la retraite par capitalisation ? 

Les plans d’épargne retraite (PER) ne cesse de progresser, avec 150 milliards d’euros placés à fin décembre 2025. C’est un grand succès. Mais, pour autant, nous ne rattrapons pas notre retard par rapport à nos voisins prévoyants. Pour rattraper les Pays-Bas - qui ont placé 150 % du PIB pour la retraite -, il faudrait 4 200 milliards d’épargne retraite de plus.

La seule solution pour combler ce retard, c’est de rendre la capitalisation obligatoire dans le secteur privé. Cela a été fait dans la fonction publique en 2005, avec la création de l’Établissement de retraite additionnelle de la fonction publique (ERAFP), un fonds de pension alimenté tous les mois par 4,5 millions de fonctionnaires. Il faut dupliquer cette démarche dans le secteur privé. Il est indispensable que les régimes de retraite obligatoires s’adaptent à la nouvelle donne. Le tout-répartition ne permet pas de financer des retraites attrayantes lorsque la démographie décline.

 

Pour que la capitalisation soit efficace dans le financement des retraites il faut que les montants capitalisés soient massifs. Se pose donc la question de la faisabilité notamment en termes de timing. Comment peut-on y parvenir ? 

Pour que la capitalisation génère le maximum de rendement, l’idéal est de commencer à épargner dès l’entrée dans la vie active. C’est clé, car l’épargne des jeunes peut être placée massivement en actions, qui sont génératrices de performances significatives. À l’approche de la retraite, le bon conseil est d’augmenter la proportion d’obligations ou de produits monétaires, ce qui réduit les fluctuations des cours, mais aussi les gains.

Commencer à épargner tôt permet donc de bénéficier de rendements plus élevés pendant plus longtemps. Malheureusement, ce n’est pas ce qu’on observe. Nombre d’épargnants se mettent à capitaliser tard, dans la deuxième moitié de leur vie active. C’est un argument de plus pour rendre la capitalisation obligatoire.

 

De manière plus générale, quelle serait une bonne méthode pour généraliser la retraite par capitalisation ? 

Au sein de l’association Capissens, nous militons pour que l’Agirc-Arrco, le régime complémentaire obligatoire du secteur privé, opte pour un fonctionnement mixte, alliant capitalisation et répartition. Cette caisse de retraite fonctionne depuis sa création en répartition. Si les organisations salariales et patronales qui la gèrent font le choix d’ajouter une dose de capitalisation, cela permettrait de protéger tous les salariés.

Bien sûr cela pose une question : comment faire en sorte que tous puissent capitaliser, sans que cela n’augmente le coût du travail ou ne réduise le pouvoir d’achat ? Une solution pourrait être de travailler une heure de plus par semaine et de capitaliser le gain, sur un compte individuel au nom du salarié. La France cesserait d’être un pays atypique, avec des régimes obligatoires fonctionnant exclusivement en répartition, une configuration inadaptée au XXIème siècle.

 

Qu'est-ce que cela changerait pour l'épargnant ? 

La généralisation de la capitalisation permettra de limiter les inégalités patrimoniales. Plusieurs économistes (dont Thomas Piketty) pensent qu’au XXIème siècle le fossé va se creuser entre ceux qui n’épargnent pas et ceux qui bénéficient de rendements élevés générés par l’épargne longue. Si la capitalisation est généralisée, cette prédiction ne se réalisera pas. Tous les Français seront associés au partage des profits. C’était ce que proposait Jean Jaurès dans les années 1910, lorsqu’il militait pour la généralisation de la capitalisation collective. C’était aussi l’objectif du Charles de Gaulle, lorsqu’il mit en place la participation. Bien sûr, ceux qui le veulent continueront d’épargner encore plus, en alimentant leurs PER individuels ou leurs dispositifs d’entreprise.

Commentaires


bottom of page