Chute du bitcoin : quelle leçon pour les épargnants ?
- Cercle des Épargnants
- il y a 9 heures
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Le bitcoin est repassé sous les 60 000 dollars, son niveau de 2024, après avoir culminé à plus de 125 000 dollars en octobre dernier. Ce repli efface l’essentiel de la hausse qui avait suivi la réélection de Donald Trump. En quelques semaines, l’ambiance de marché a radicalement changé : l’indice Fear & Greed, baromètre du sentiment des investisseurs, est tombé à 9, en zone de « peur extrême », après avoir atteint 94 après l’élection de Trump.
La correction s’explique par un enchaînement classique. Après une envolée spectaculaire, les prises de bénéfices se multiplient. Les investisseurs exposés avec effet de levier font face à des appels de marge, c'est à dire à l'obligation de dépenser de l'argent pour couvrir leur pari à la hausse, et doivent donc vendre pour couvrir leurs positions. La baisse s’auto-alimente. Dans un contexte où le S&P 500 recule d’environ 1 % depuis le début de l’année et le Nasdaq de près de 3 %, ce retour de l’aversion au risque a provoqué une décompression bien plus violente sur les actifs les plus volatils, dont le bitcoin. Sa corrélation croissante avec les valeurs technologiques comme l’indique certains analystes semble se préciser.
Cette évolution tient aussi à sa transformation structurelle. En 2025, la hausse avait été largement portée par le succès des ETF bitcoin au comptant américains, qui ont permis aux investisseurs institutionnels — banques, compagnies d’assurances, fonds de pension — d’intégrer la cryptomonnaie dans leurs portefeuilles. Mais cette intégration au système financier mondial a un revers : lorsque les flux ralentissent ou s’inversent, la correction peut être rapide et amplifiée.
L’histoire récente rappelle d’ailleurs que ces cycles ne sont pas inédits. En 2018, après un pic à 19 000 dollars fin 2017, le bitcoin était retombé sous 3 500 dollars. En 2022, après avoir atteint 60 000 dollars, il était repassé sous 20 000 dollars à la suite de l’effondrement de FTX. La volatilité extrême fait partie de son ADN.
L’exemple récent de l’or apporte un éclairage complémentaire. Ce métal précieux a lui aussi atteint un sommet historique fin janvier, frôlant 5 600 dollars l’once, avant de corriger et de repasser sous 5 000 dollars. Certains analystes anticipent un repli de 10 à 20 % après cette flambée. Cela montre que même les actifs réputés « refuges » peuvent subir des ajustements lorsque la hausse devient excessive, d’autant que depuis 2022, actions, obligations et or tendent à se corréler davantage : quand un actif baisse fortement, les investisseurs vendent parfois d’autres positions liquides pour couvrir leurs pertes.
La comparaison est instructive. Le bitcoin a souvent été présenté comme un « or numérique », censé protéger contre les tensions monétaires ou géopolitiques. Or, dans les phases de stress récentes, il s’est comporté davantage comme une valeur technologique très risquée que comme un actif défensif. L’or, malgré ses corrections de court terme, conserve pour sa part des moteurs structurels distincts — demande mondiale soutenue, offre limitée, défiance vis-à-vis du dollar — qui peuvent lui redonner un rôle de protection en cas de crise monétaire plus profonde.
Pour les épargnants, la leçon est claire : aucune classe d’actifs n’échappe aux excès de marché, et le statut de valeur refuge se vérifie dans les périodes de turbulence. La performance potentielle du bitcoin s’accompagne d’un risque élevé et de cycles marqués. La solidité d’un patrimoine repose moins sur la recherche d’un actif miracle que sur une allocation équilibrée, diversifiée et cohérente avec son horizon d’investissement.
