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Les marchés ne paniquent pas encore mais la situation s'envenimera si les élus ne parviennent pas à rassurer au deuxième semestre 2027

Photo du rédacteur: Cercle des Épargnants
Cercle des Épargnants
30 sept.
3 min de lecture


Portrait de Brice Tinturier
Gabriel Karaboulad

Gabriel Karaboulad, directeur adjoint des investissements chez Neulfize OBC


Comment s'expliquent les tensions actuelles sur les marchés obligataires mondiaux ? 

 

Plusieurs facteurs expliquent la hausse des rendements obligataires. Le premier d'entre eux est l'inflation importée sur les matières premières, due au conflit au Moyen-Orient. Assortie d'une excellente dynamique sur les résultats d'entreprises, en particulier aux États-Unis et au Japon, elle alimente les anticipations de hausse des taux. À cela s'ajoute la politique budgétaire américaine, japonaise et chinoise, expansionnistes, qui pèse sur les budgets nationaux.

Last but not least, deux des principaux détenteurs de treasuries US, la Chine et le Japon, se délestent de quantités importantes d'obligations américaines. La première les remplace par l'or et la dette d'autres zones géographiques pour diminuer son exposition aux États-Unis ; la Chine a ainsi diminué de moitié sa détention de titres du Trésor US. Le second se voit contraint de les vendre pour soutenir sa devise, le yen, qui a atteint des niveaux historiquement bas et menace le Japon d'une inflation incontrôlée. Les adjudications de dette américaine trouvent donc moins de débouchés et se font à des taux supérieurs.

 

Parmi ces motifs, quels sont les plus inquiétants de votre point de vue ? 

Le dernier est le plus inquiétant. D'une part on observe que les mesures prises par le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, qui tente d'aplatir la courbe des taux US en vendant des obligations courtes pour acheter les maturités plus longues, sont jugées peu crédibles et pertinentes par le marché. Elles sont en conséquence peu efficaces et n'ont pas permis d'enrayer la hausse des taux longs, qui dépassent maintenant 5%. D'autre part, avec des taux japonais qui passent la barre des 3%, les obligations étrangères perdent en attractivité face à la dette locale, redevenue rentable, et la crainte d'un "grand rapatriement" des investisseurs japonais augmente. Conjugués, ces facteurs peuvent faire craindre un emballement.

 

Quelles sont vos perspectives en matière d'évolution des taux souverains d'ici la fin de l'année ? 

Notre scenario central est cependant que les banques centrales réussiront à passer ce chemin de crête, aidées par une dynamique économique solide et une accalmie sur le front géopolitique après les élections de mid-terms aux Etats-Unis. Nous anticipons ainsi des taux longs à 4,45% à fin 2026 puis 4,15% à fin 2027 aux États-Unis, et 3,00% et 3,05% respectivement en Zone Euro.

 

Plus particulièrement, quelle est la situation du marché obligataire français ? Quelles sont vos perspectives ? 

La situation française est particulière, avec une prime qui s'est constituée progressivement et logiquement à la faveur des blocages sur le vote des budgets depuis 2024. Le marché ne surréagit pas et les adjudications françaises restent largement sursouscrites, car les investisseurs anticipent un retour à plus de sérieux après la Présidentielle. Mais à travers le spread franco-allemand, ils sanctionnent l'absence de discipline et maintiennent la pression sur la représentation nationale pour la fin d'année. Pas de panique donc, mais la situation s'envenimera si les élus ne parviennent pas à rassurer au deuxième semestre 2027, à coup sûr.

 

On assiste à une remontée des taux de la BCE sur fond de croissance encore fragile en zone euro. N'est-ce pas dangereux, à terme ? 

Cette croissance atone, et le fait que l'inflation est principalement alimentée par la crise au Moyen-Orient, expliquent la timidité de la BCE dans ses hausses de taux. D'où notre anticipation qu'il s'agit d'une phase transitoire, avant un retour à des taux plus bas l'année prochaine, plus en phase avec l'activité économique en Zone Euro.

 

A quelques mois des élections présidentielles, faut-il s'inquiéter pour l'économie française ? Les marchés pourraient-ils nous sanctionner ?

Encore une fois, les marchés pourraient davantage sanctionner les actifs français si la paralysie budgétaire se prolonge au-delà de l'année prochaine. Pour l'instant, la prime de risque payée pour les actifs français augmente sans s'envoler car, comme nous, les investisseurs privilégient le scénario d'une situation qui se clarifie en 2027.

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