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« On constate un intérêt renforcé pour les produits d’épargne les mieux rémunérés...»


Brice Teinturier, directeur délégué de l’institut Ipsos
Brice Teinturier, directeur délégué de l’institut Ipsos

Le sondage réalisé par Ipsos auprès des épargnants montre un intérêt croissant pour les produits d’épargne.

Effectivement. Dans le contexte d’inflation et de hausse des taux d’intérêt qui tenaillent les Français – la question du pouvoir d’achat étant devenue leur première préoccupation – ces derniers manifestent un intérêt accru pour l’actualité de l’épargne et des produits financiers. 38% des personnes interrogées déclarent s’y intéresser, une progression importante par rapport à 2022 et ce chiffre grimpe jusqu’à 46% chez les CSP+ et même jusqu’à 56% chez ceux ayant un patrimoine important. On observe la même évolution pour les produits d’épargne en général qui intéressent désormais 1 Français sur 2 dans un contexte où les deux tiers d’entre eux – et même 75% des retraités ! – estiment avoir enregistré une baisse de leur pouvoir d’achat. Cela ne correspond peut-être pas à la réalité mais cette perception n’en est pas moins massive dans l’opinion. Du coup et c’est un élément central de l’édition 2023 de ce sondage, nous assistons à une polarisation des comportements en matière d’épargne, entre d’un côté des Français qui anticipent de devoir puiser dans leur épargne alors que d’autres prévoient au contraire de continuer à épargner davantage. Ceux qui ne se prononcent pas étant de moins en moins nombreux.

Que nous dit le baromètre sur les choix en matière d’investissements ?

La remontée des taux d’intérêt a eu un effet assez massif sur les stratégies d’épargne des Français, notamment au détriment des investissements immobiliers. On constate un intérêt renforcé pour les produits d’épargne les mieux rémunérés même s’ils impliquent en retour de ne pas toucher à son argent pendant quelques années. La polarisation s’opère également entre ceux voulant dépenser à court terme et les autres souhaitant garder une épargne de précaution : ces deux blocs sont aujourd’hui quasiment équivalents. Un autre point significatif, également, est le renforcement progressif de l’attrait envers des produits plus risqués, plus rémunérateurs qui s’opère notamment au détriment du placement responsable. Entre l’investissement durable ou rentable, les Français privilégient de plus en plus le second. Nous observons cette tendance dans tous nos indicateurs depuis 18 mois, dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat et de pression inflationniste.


« Les femmes sont globalement les plus inquiètes, notamment pour leur retraite »

Ceci a forcément un impact sur le choix des produits d’épargne ?

Effectivement, les Livrets étant devenus nettement plus rémunérateurs en 2023, ils bondissent en termes d’attrait et prennent le pas sur l’Assurance-vie comme placement préféré des Français, alors que cette dernière était plutôt le produit phare au cours des années précédentes. Malgré tout, ces deux placements restent – de loin – les deux privilégiés par les Français qui sont plus de 80% à posséder l’un ou l’autre. Pourquoi épargne-t-on ? Comme lors des baromètres précédents, c’est essentiellement pour se constituer une épargne de précaution. Une proportion qui reste stable malgré une petite érosion continue sur longue période à mesure que l’inquiétude grandit sur le financement des retraites, ce qui a poussé certains à orienter leur épargne spécifiquement vers le financement de leur retraite. Or à l’heure actuelle le Livret A est très nettement perçu comme le meilleur produit d’épargne pour la retraite, enregistrant une très forte progression en 2023, s’établissant légèrement devant l’assurance vie. C’est un bouleversement important.

Le PER grignote du terrain petit à petit…

Oui. Les 2/3 des détenteurs d’un PERCO/PERP seraient prêts à le transférer vers un PER. Pourquoi certains hésitent-ils encore ? Principalement par manque de connaissance du produit, ou alors parce qu’ils estiment que leur produit actuel reste plus avantageux, ce qui révèle là aussi un manque d’information. Malgré tout, la majorité des Français déclare désormais connaître le PER, marquant une forte progression (8 points de plus par rapport à 2022). Ceux qui le connaissent y voient un produit attractif fiscalement (à 56%) ce qui est un score positif mais pas non plus très élevé. C’est toujours le banquier qui est le premier prescripteur du PER même si l’assureur commence à monter. Les arguments de la souplesse et la possibilité de récupérer son épargne en capital de façon anticipée en cas de décès sont les caractéristiques préférées des Français au sujet du PER, donc c’est là que doit porter l’information. Bien davantage que les avantages fiscaux qui sont moins plébiscités par l’ensemble des Français en termes d’attrait.

Que pensent les Français de leur retraite ?

La confiance dans l’avenir du système des retraites s’améliore mais l’inquiétude reste massive avec plus des 2/3 qui se disent inquiets ; les Français ont l’impression qu’il se passe des choses dans l’agenda gouvernemental donc ils anticipent une amélioration de la situation financière du système mais ils restent malgré tout très inquiets à son sujet. Ce qui est intéressant c’est de regarder les solutions qu’ils privilégient pour viabiliser le système des retraites. L’adhésion au développement des fonds de pension reste toujours majoritaire, comme en 2022. Les Français disent qu’il faut peut-être s’appuyer sur ce système. Ils sont aussi plus favorables à une hausse des cotisations retraite tout au long de la vie. Quitte à devoir choisir entre cette hausse, le recul de l’âge de départ à la retraite ou la baisse des montants servis, ils préfèrent encore qu’on augmente les cotisations, à 51% (en hausse par rapport aux dernières années).

Le baromètre se penche également sur la différence hommes-femmes en matière d’épargne retraite

Les femmes sont globalement les plus inquiètes, notamment pour leur retraite. D’autant qu’elles disposent de ressources moins importantes. La variable hommes-femmes joue beaucoup au détriment des femmes car elles ont deux fois plus interrompu leur carrière pour s’occuper de leurs enfants que les hommes. 42% des femmes ont interrompu leur carrière pendant plus d’un an pour s’occuper de leurs enfants, soit presque deux fois plus que les hommes. L’inégalité fondamentale est là et pèse sur le montant des retraites.

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