« America’s back[1] » a déclaré le Président Biden à ses alliés de l’OTAN. La formule n’est pas sans fondement, tant sur le plan intérieur qu’en politique étrangère, les cent premiers jours de la nouvelle administration ont été particulièrement actifs et somme toute assez fructueux pour le nouvel hôte de la Maison Blanche. Aux Etats-Unis, le pari de la vaccination a été tenu, car plus de 130 millions d’Américains ont déjà reçu au moins une dose de vaccin. Les indicateurs d’activité montrent que la reprise s’emballe, et un peu partout il n’est plus question que de « pénuries » et ruptures d’approvisionnement : face au rebond de la demande finale – soutenue par un pouvoir d’achat en progression grâce aux chèques reçus par des millions de ménages – et alors que le chômage recule fortement, les chaînes d’approvisionnement se sont fortement tendues : problèmes logistiques touchant particulièrement les semi-conducteurs, manque de containers, manque de personnel portuaire et de transport, manque de navires et longues attentes dans les ports ; tensions commerciales persistantes entre les Etats-Unis et la Chine ; manque de personnel qualifié dans la high tech, manque de certains produits, etc. Au sortir d’une période de réduction des capacités de production, l’offre a du mal à satisfaire la demande, en rebond après la baisse de la consommation et l’afflux de fonds publics et d’épargne forcée.

Le Président Biden a obtenu du Congrès le vote d’un nouveau plan de soutien budgétaire de 1 900 milliards de dollars – voté dans sa quasi intégralité – qui, à la suite des deux plans de juin et décembre 2020, alloue de nouveaux fonds d’aide aux ménages, l’extension des périodes d’indemnisation du chômage. Au total, les Américains ont vu leur pouvoir d’achat progresser en 2020 par rapport à l’année précédente. Comme en Europe, les aides de l’Etat ont fait progresser l’épargne. Au sortir des restrictions d’activité, celle-ci est en grande partie consommée.

Mais là ne s’arrêtent pas les initiatives de la nouvelle administration. Fort de ce premier succès et comme il l’avait promis, le Président Biden a proposé de lancer un grand plan d’investissement en infrastructures de près de 2 200 milliards de dollars. Le projet est loin d’être adopté – alors que l’executif ne dispose pas de la majorité nécessaire au Sénat pour le faire adopter – mais il rencontre l’approbation du public dans les sondages. Pourtant, de tels projets se doublent de la volonté de remonter la fiscalité sur les entreprises comme sur les plus hauts revenus et le capital. Une telle « Révolution » Démocrate serait un renversement total des tendances de ces 50 dernières années (la présidence Reagan).

Sur le plan extérieur, l’Amérique entend reprendre également l’initiative. Auprès de ses alliés traditionnels pour commencer, cherchant à renouer avec les membres de l’OTAN – tout en faisant preuve d’une plus grande fermeté à l’égard de la Turquie – puis en consolidant l’alliance « Quad » avec le Japon, l’Australie, et l’Inde. La fermeté est de mise et sans ambiguïté face à la Russie comme face à la Chine (renforcement des sanctions à l’endroit de la Russie devant les manquements aux droits de l’homme, maintien des sanctions commerciales imposées à la Chine et limitation des exportations de produits dits sensibles etc.). De plus, comme il s’y était engagé, le Président Biden a pris la tête de la croisade contre le réchauffement climatique, en engageant son pays dans le cadre de la Cop21 et de la prochaine Cop26, sur d’ambitieux objectifs de réduction des gaz à effet de serre.

De telles promesses, cette fermeté, valent au nouvel élu de flatteuses comparaisons : pour certains il est le nouveau Franklin Roosevelt, l’homme du « new deal », pour d’autres il rappelle l’homme de la « great society » Lyndon Johnson, dont les programmes sociaux ont été engloutis par la guerre du Vietnam.

Au total, le Président considéré comme modéré, sorte de « pape de transition » du fait de son âge et des doutes sur ses facultés, se révèle penchant à la gauche de son parti et bien plus ferme et déterminé que les observateurs ne l’avaient prévu.

Cependant, on peut s’interroger sur sa capacité réelle à « livrer » ces promesses : privé d’une majorité des deux tiers au Sénat et voyant certains de ses soutiens dans cette assemblée rechigner, le Président ne dispose que d’une faible chance de voir son plan de relance adopté dans son intégralité. De même, il risque d’essuyer d’importantes résistances à son projet de relèvement des impositions tant aux Etats-Unis qu’à l’étranger (le taux d’imposition sur les sociétés pourrait passer de 21% à 28%, tandis que la Secrétaire d’Etat au Trésor Janet Yellen entend obtenir un accord international large pour un taux d’imposition minimum). Enfin, les nouvelles règles restrictives en matière de climat, aussi bienvenues soient-elles, pourraient bien contribuer à liguer les lobbys pétroliers contre le Président et ses partisans. La bataille des élections de mi-mandat, est déjà lancée.

Les marchés, bien que toujours euphoriques au regard des performances boursières des entreprises, et soutenus par l’activisme de la Réserve Fédérale, donnent des signes de nervosité. La remontée récente des taux d’intérêt à long terme, temporairement apaisée, reflète l’inquiétude des opérateurs de voir l’inflation s’installer durablement. L’influence du marché de la dette américaine sur le reste du monde pousse les rendements européens et ceux des économies émergentes. Bien que les tensions restent encore contenues, la crainte de voir le coût des dettes publiques augmenter brutalement, alors que la pandémie en a accru le poids partout dans le monde, fait craindre pour la pérennité de la reprise.

 

[1] L’Amérique est de retour

 

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