Comme (presque) chaque année, la rentrée des classes – en présentiel – cadence notre retour à l’activité après une saison d’été où la météo semble avoir pris le pas sur les questions économiques.

Comme nous l’avions signalé, les statistiques d’activité parues au cours de l’été ont confirmé le rebond – spectaculaire parfois – de l’activité économique, d’autant plus important quand on le compare aux niveaux particulièrement déprimés de 2020 (2ème trimestre sur 2ème trimestre).

La réouverture de l’activité dans le secteur des services soutient la tendance générale, tandis que le secteur manufacturier souffre de tensions sur les chaînes de production et de logistique. Celles-ci ont provoqué des hausses de prix et même des ruptures d’approvisionnement. Pourtant, la dynamique générale profite de la hausse de la consommation finale, de la reprise de l’emploi, et de l’amélioration des perspectives d’investissement. La politique budgétaire d’urgence a continué de protéger une majorité d’activités (les niveaux de faillites d’entreprises sont exceptionnellement bas) et alimenté l’épargne des ménages, dont le supplément s’élèverait à près de 160 milliards d’euros.

La puissance du rebond incite les autorités à réduire progressivement les aides publiques. Ainsi, en France, le gouvernement a annoncé la fin du « quoi qu’il en coûte » pour ne maintenir que des mesures plus ciblées. De leur côté, les Banques Centrales des Etats-Unis et d’Europe ont commencé à signaler un ralentissement progressif des achats d’actifs mis en place au printemps 2020. Alors que la hausse des prix des matières premières et de l’énergie ainsi que celle de certains produits industriels, comme les hausses de salaires liées au manque de main d’œuvre, poussent les prix finaux, les investisseurs s’inquiètent d’une rechute trop marquée de l’activité, du fait du retrait simultané des dépenses publiques et des Banques Centrales.

Nous pensons que ce retrait s’annonce très progressif et que la capacité à maintenir les économies ouvertes continue de prévaloir, grâce notamment aux effets des campagnes de vaccination.

En effet :

  • La normalisation des politiques budgétaires tient à l’amélioration des rentrées fiscales, à la fin des aides publiques, tandis que les plans d’aides et de relance sont encore en phase de mise en œuvre. C’est le cas en Europe, où l’approbation des différents plans de relance, adossés aux aides et financements européens baptisés « Next Generation EU», devrait ontinuer de soutenir les plans d’investissement, principalement en faveur de la digitalisation et de la transition climatique.
  • Aux Etats-Unis, le Président Biden, qui a obtenu du Sénat un accord pour un plan d’infrastructures de 1100 milliards de dollars, reste encore prisonnier de l’approbation de l’aile gauche du Parti Démocrate, qui entend conditionner son accord à un plan encore plus ambitieux de 3500 milliards de dollars. Ces atermoiements retardent la mise en œuvre de ces dépenses, tandis que les déficits du budget fédéral ne cessent de se creuser.

En revanche la situation reste plus incertaine :

  • Pour les pays où la pandémie continue de progresser et où les moyens publics sont moindres. Le Fonds Monétaire International a débloquer un plan d’aide exceptionnel de 650 milliards de dollars en faveur des pays les plus pauvres.
  • En Asie, la Chine, à un an de la réunion du Comité Central du PCC, connaît un tour de vis politique et économique sous la bannière de « la prospérité commune », qui s’est traduite par un ralentissement dans le secteur de l’immobilier, les services d’éducation et la Tech. La résurgence de cas d’infection à la Covid-19 et la politique du « zéro-covid », ont poussé les autorités à fermer les ports de Shanghai et Shenzhen, aggravant les tensions sur les chaînes de distribution mondiales. Ces tensions pèsent sur la conjoncture du pays, dont les perspectives de croissance ont été revues en baisse par le Fonds Monétaire International.

Dans cette perspective, les Banques Centrales continuent de considérer que les pressions inflationnistes récentes sont provisoires et devraient s’atténuer avec le ralentissement – en fait la normalisation – de la croissance dans les trimestres à venir. Situation d’attente d’ici la fin de l’année, renforcée en Europe par les élections générales en Allemagne qui marquent la succession d’Angela Merkel, puis le lancement de la campagne présidentielle en France pour le printemps 2022. Le maintien au plus bas des taux directeurs des Banques Centrales devrait servir à contenir les rendements obligataires également sur des niveaux bas, sinon négatifs.