L’Astuce

Égalité femmes-hommes : pouvons-nous renverser le cours des choses ? par Phumzile Mlambo-Ngcuka et Gabriela Ilian Ramos*

par | Août 6, 2020 | Points de Vue

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Les femmes sont en première ligne dans la guerre engagée contre le COVID-19.

Elles s’occupent des malades, des personnes âgées, des familles et des enfants.

À l’échelle mondiale, les femmes représentent 70 % du personnel médical et de soutien et 85 % du personnel infirmier des hôpitaux.

En outre, elles assument partout dans le monde 90 % des soins de longue durée et jusqu’à dix fois plus de tâches domestiques non rémunérées.

Avec la fermeture des écoles et des crèches, la crise du COVID-19 ne va faire qu’accroître la pression qu’exercent sur les femmes la garde des enfants et le travail domestique non rémunéré. Pourtant, ces contributions essentielles passent souvent inaperçues et restent dévalorisées, et ce sont ainsi les femmes qui pourraient finir par souffrir le plus de la situation tout en sauvant le monde. Or de nombreuses femmes – dont 740 millions occupent des emplois informels offrant peu ou pas de protection sociale – sont aujourd’hui confrontées à une très grave insécurité économique et n’ont guère de solutions. Au Mexique, par exemple, 99 % des employés de maison – très majoritairement des femmes – ne disposent d’aucun système de protection sociale. Le message est simple. Le COVID-19 touche tout le monde, mais il frappe plus durement les femmes. Les mesures prises doivent tenir compte de cet impact asymétrique, ou nous risquons de faire la même erreur que nous avons faite lors de la crise financière de 2008 lorsque les plans d’action n’ont pas tenu compte des individus les plus vulnérables, comme par exemple les mères célibataires, qui risquent davantage de tomber sous le seuil de pauvreté après le confinement. La lutte contre le COVID-19 doit prendre en compte les préoccupations et les idées des femmes. Malgré leur grand nombre dans le secteur de la santé, elles sont très largement sous-représentées dans les instances dirigeantes. Plus grave encore, les mesures de confinement prises pour endiguer la pandémie exacerbent encore les violences domestiques.

La pandémie ébranle nos économies et nos sociétés et révèle au grand jour ce qui doit changer. Nous ne devons pas sortir de cette crise sans en avoir tiré les leçons. Nous appelons nos dirigeants à tenir résolument compte de la problématique femmes-hommes afin de réduire les inégalités dans les mesures à court comme à moyen terme qu’ils mettent en oeuvre pour atténuer les conséquences économiques et sociales du COVID-19. Nous exhortons l’ensemble des gouvernements à placer la sécurité des femmes au premier rang de la lutte. Il faut pour cela désigner comme essentiels tous les services qui aident les femmes victimes de violences, avec effet immédiat. Il faut ouvrir plus de numéros d’urgence et de refuges pour que les femmes puissent échapper à leur agresseur. Nous pouvons renverser le cours des choses et sortir de la crise par le haut en matière d’égalité femmes-hommes, mais il faut agir maintenant ! * Phumzile Mlambo-Ngcuka est Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Directrice exécutive d’ONU Femmes Gabriela Ramos est Directrice de Cabinet et Sherpa de l’OCDE au G20 ** L’appel intégral est à retrouver sur le site https://www.oecd.org/fr/parite/egalite-femmes-hommes-pouvons-nous-renverser-le-cours-des-choses.htm

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