L’Astuce

Si l’économie chinoise devenait plus lisible grâce au coronavirus?

par | Fév 21, 2020 | Actualités, International, Non classé

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Les mesures prises pour endiguer l’épidémie actuellement en cours, ont été drastiques et, vu le très haut niveau de contagion estimé au moment de l’identification de la maladie, on peut estimer qu’elles sont efficaces, même si les masses démographiques chinoises et l’effet arithmétique des progressions déjà en cours peuvent nourrir des prédictions alarmistes. S’il est encore tôt pour statuer sur ce dossier très évolutif et même si l’on s’abstient de commentaires relevant de l’expertise médicale, l’importance qu’a prise la Chine dans la sphère économique et financière mondiale conduit inexorablement à la nécessité d’évaluer l’impact de cette épidémie et d’envisager les différents scénariis possibles ainsi que les conséquences prévisibles.

La Chine est actuellement dans une phase de croissance ralentie et 2020 devait s’inscrire dans la continuité « baissière » datant déjà de 2018. Cette baisse ne doit pas faire oublier cependant que la masse de richesse créée au taux annuel actuel reste supérieure à ce qu’elle était il y a dix ans, car l’assiette était moindre. Face à un chiffre initialement prévu se situant juste au-dessus ou au dessous des 6%, après celui de 6,1% de 2019, le plus bas en trente ans, il faut désormais s’attendre à une croissance proche de 5,5 voire de 5%. Les deux premiers mois de l’année sont classiquement ceux du stockage en vue de la période festive relativement longue, elle correspond cette année à celle de la mise en place des mesures restrictives sur la circulation : c’est un facteur atténuant l’impact de la crise. Il sera possible d’estimer plus finement l’importance du phénomène « coronavirus » en fonction des termes du « redémarrage » et de sa date exacte. L’on pourra apprécier l’impact de la maladie sur la croissance, mais aussi sur les chiffres-clés de l’économie chinoise, et donc sur l’évolution des réformes et desa perception par les investisseurs qui opèrent sur ces marchés

Au plan domestique, quelques effets immédiats sont d’ores et déjà évidents. Le secteur du tourisme, concernant principalement les voyageurs « natifs », était jusqu’ici en forte croissance. On estime le nombre de déplacements pendant la période du « nouvel an » à environ trois milliards de passages, utilisant tous les moyens de transport. Sachant que le tourisme chinois représente environ 11% du PIB et que c’est l’une des périodes les plus actives qui est concernée, cet impact peut affecter la croissance à hauteur d’environ 0,2% à lui tout seul. Naturellement, la chute de la consommation, liée ou non à ces déplacements, qui est elle-même en croissance annuelle d’environ 10% (ventes en ligne comprises) souffrira aussi. Elle pourrait aussi affecter la création de richesses à hauteur d’un demi-pourcentage de point additionnel. Outre ces effets quasi-instantanés, restent les effets du ralentissement des chantiers et du déstockage intervenant éventuellement au-delà du premier trimestre, les prédictions les plus alarmistes envisageant une croissance se rapprochant alors pour toute la Chine de 4%

Au plan international, les économies partenaires de la Chine qui auront sans doute à souffrir le plus sont celles de sa périphérie, y compris, celles qui attendaient la « manne » des routes de la soie. C’est donc tout le monde « émergent » qui pourrait ralentir, mais aussi, plus particulièrement les exportateurs africains et moyen orientaux de matières premières. La rupture des chaînes d’approvisionnement pour les fabricants occidentaux important depuis la Chine pourrait n’être que temporaire, et même s’il faut du temps pour remplacer des fournisseurs, des solutions existent. Elles font partie des «plans d’urgence » écrits à l’avance.

Sur le plan financier, l’impact, immédiat ou prolongé ne manquera pas d’être sensible : les marchés ont déjà pris en compte les effets négatifs de la crise, les valeurs du luxe étant probablement appelées à souffrir, et naturellement les bourses asiatiques, indexées de près ou de loin à l’économie chinoise.  Plus important sans doute est le destin des réformes financières entamées en Chine. Ce sont à la fois l’appétit des investisseurs internationaux mais aussi la vitesse de l’ouverture des flux de capitaux annoncée par la Chine qui vont être amoindris. Le principal risque, en la matière, est le passage en zone négative de la balance des paiements chinois, l’excédent commercial étant menacé et les capitaux entrants étant forcément plus rares. Cet indicateur risque effectivement de créer une baisse de confiance dans l’évolution future de la Chine.

Toute médaille, même ternie, a son revers : l’impact négatif de cette crise a déjà été anticipé, elle a donné lieu à une démonstration convaincante de la banque centrale déterminée à injecter des liquidités, et probablement mieux renseignée désormais sur les risques d’encouragement aux « mauvais crédits » que peuvent engendrer ces mesures. Par ailleurs, l’assainissement, parfois violent, qui était souhaité, risque de conduire à un tri quasi-automatique des entreprises réellement saines ou capables d’endurer des revers et de celles qui survivaient artificiellement. L’économie chinoise, ayant subi une cure forcée d’amaigrissement, sera peut-être plus lisible. Par ailleurs, des moyens existent, à travers le contrôle des flux sortants, de limiter l’impact sur la balance des paiements.

De façon générale, c’est l’appréciation du risque chinois qui demandera désormais une vigilance et un soin plus attentifs que le « benign neglect » : le passage des marchés chinois dans le club « MSCI » semblait jusqu’ici le justifier, à tort. La notion d’émergence, et l’identification de « risques du troisième type », hors risque politique, financier ou économique, mais indexés sur les « impondérables » de cette croissance atypique va reprendre de l’importance.

 

M