L’Astuce

Quels enjeux pour Madame Lagarde à son arrivée à la tête de la Banque Centrale Européenne ?

par | Oct 29, 2019 | Actualités

Christine Lagarde à la tête de la Banque Centrale Européenne arrive à Francfort au moment où l’institution peut sembler quelque peu ballotée. Quatrième personne à ce poste, elle en est la deuxième personne française (la première était Jean-Claude Trichet, auparavant Gouverneur de la Banque de France et devenu président de la BCE entre 2003 et 2011).

L’arrivée d’une femme expérimentée
La désormais ex-Directrice générale du FMI et ancienne ministre des Finances de Nicolas Sarkozy ne manque ni d’expérience, ni d’humour. On se souvient de l’arrivée de cette grande juriste internationale à la tête du FMI (dans des circonstances un peu particulières, du fait de son prédécesseur, Dominique Strauss-Kahn). Récemment interviewée dans un « talk-show » aux Etats-Unis, elle aurait constaté, s’agissant de sa nomination à la tête de la BCE, « qu’on fait appel à une femme quand les choses ne vont pas bien ».

La politique monétaire qui semble avoir atteint ses limites
La Banque centrale européenne a en effet connu des jours plus paisibles. A son départ, le bilan de Mario Draghi fait débat. Sa politique de quantitative easing consistant à toujours fournir des liquidités et à racheter des titres de dette, la baisse des taux directeurs jusqu’à 0% et les taux de réserve en territoire négatif ont suscité d’importantes critiques. Et a provoqué la démission de Madame Sabine Lautenschläger, ex Vice-Présidente allemande du Directoire de la BCE. L’expression whatever it takes (faire à tout prix) restera attachée au patron de la BCE. Cette solution avait permis d’éviter un crash systémique des banques européennes, dont une partie s’était trouvée exposée à la crise des subprimes américains. Cette politique qui consiste à faire baisser les taux et racheter des titres de dette, aux Etats-Unis, au Japon comme en Europe, n’a suscité ni une croissance forte ni un rebond marqué de l’inflation. Le modèle des taux faibles, voire négatifs, dans un but de croissance économique semble avoir atteint ses limites.

Vers une Europe plus politique ?
Dès avant sa prise de fonction, la Présidente de la BCE s’est inscrite dans la continuité de la politique de son prédécesseur.
La nomination de Madame Lagarde avec à la Commission Européenne celle d’Ursula Van Leyen, témoigne de la volonté des dirigeants européens de donner aux institutions européennes leur dimension politique et de s’affranchir de l’image technocratique si souvent reprochée aux institutions européennes.

La BCE est aussi le superviseur du système bancaire européen. La baisse générale des taux d’intérêt pèse sur l’équilibre financier des institutions financières. Dans sa position, la nouvelle présidente de la BCE entretiendra certainement un dialogue direct avec les gouvernements de la zone euro. L’enjeu est aujourd’hui la conduite des politiques publiques. Madame Lagarde apporte avec elle les études et recommandations du FMI. On peut penser qu’elle s’appuiera également sur ces préceptes pour en tirer ses arguments.

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