L’Astuce

Comportement récent de l’épargnant français : les statistiques de la Banque de France

par | Oct 9, 2019 | Actualités, Non classé

La dernière publication trimestrielle de la Banque de France relative aux Placements et patrimoine des ménages aux 1er et 2ème trimestres 2019 prend un relief particulier au regard des récentes évolutions de l’environnement dans lequel se trouve l’épargnant français. Qu’il s’agisse de la baisse des taux d’intérêt – dont une partie significative est en territoire négatif, ou de l’offre des fonds en euros, en voie de réduction ou enfin de la rémunération du Livret A abaissée à 0,5% l’an, en février 2020. Les éléments recueillis par la Banque centrale française sont utiles pour comprendre comment l’épargnant saura s’adapter à ces changements importants.

 

Crise financière de 2008 et réponse des Banques centrales
Pour endiguer la crise financière de 2008, les banques centrales ont eu recours à une politique monétaire ultra accommodante, combinant la baisse massive de leurs taux directeurs et l’achat de dettes notamment publiques. Soumis à des règles prudentielles renforcées, le système bancaire a progressivement été apuré, et l’économie stimulée. Mais l’exercice semble atteindre ses limites. En effet, d’autres facteurs économiques et financiers sont à l’œuvre et ne semblent pas pouvoir endiguer le ralentissement global de l’activité. C’est ce que d’aucuns nomment le « scénario japonais » qui conjugue aux contraintes de la transition démographique, celles du financement de la protection sociale et des aléas du cycle économique, contenant l’inflation et poussant les taux d’intérêt vers le bas.

La baisse des taux, un phénomène progressif
La baisse des rendements obligataires n’est pas un phénomène nouveau. Elle s’est opérée de manière graduelle et constante depuis maintenant plusieurs années. Notre enquête annuelle auprès des épargnants révèle que ceux-ci ont pleinement intégré ce facteur (cf. « Illustration », au bas du présent article). Mais le plongeon en territoire négatif d’une quotité importante de dette et pour des maturités pouvant dépasser 10 ans est certainement une situation tout à fait inédite. C’est à l’aune de ces évolutions que le dernier rapport trimestriel de la Banque de France cité plus haut nous éclaire sur le comportement des épargnants.

Une augmentation structurelle et conjoncturelle de l’épargne prudente
Les statistiques de la Banque de France relatent un flux annuel de placements au premier trimestre de 2019 d’un montant de €135,4 milliards, en hausse de €21,7 milliards. Soit +16,02% en rythme annuel, ce qui considérable. De la même manière est observée une hausse importante des acquisitions nettes d’actifs sous forme de produits de taux : près de €115 milliards (+31,35%). Et sans surprise, l’épargnant français continue de privilégier des placements liquides et sans risque (toujours en flux annuels, mesurés pour le premier trimestre de 2019) : les numéraires et dépôts à vue augmentent de +28,13% (à €49,2 milliards), ainsi que l’assurance-vie en euros : +27,06% (à €43,2 milliards). La prise de risque existe pourtant : le patrimoine financier investi en fonds propres (actions cotées et non-cotées) a augmenté,en flux trimestriel, de 5,35%, pour atteindre €1 742 milliards.
La Banque de France observe déjà, pour le deuxième trimestre de 2019, une chute des placements bancaires (en glissement trimestriel) : -60,56% (à €19,5 milliards) et une quasi-stabilité des placements en assurance-vie.

Les Français, nullement cigales, quand on les compare à leurs voisins
Notons, en comparaison internationale (source Eurostat, reprise dans le même rapport de la Banque de France), la présence des Français au deuxième rang des épargnants européens, avec un taux d’épargne de 14%, proche de celui d’avant-crise. Alors que nos voisins allemands, déjà les plus forts épargnants d’Europe ont encore augmenté leur taux d’épargne, le portant de presque 17% à plus de 18%. En revanche, le taux d’épargne de nos voisins britanniques n’a cessé de baisser passant de 12% après la crise de 2008 à un peu plus de 4% en 2019. Il semble que la perspective du Brexit ne les a nullement conduit à accroître son épargne, bien au contraire.

Quel sens donner à ces chiffres ?
L’accumulation de l’épargne concentrée sur des supports sans risque en capital se comprend dans la recherche de sécurité. Celle-ci reste une priorité pour les Français. Pourtant, la constitution d’une épargne de précaution aussi abondante ne semble pas répondre au besoin de diversification, ni de se constituer un complément de rémunération ou de capital à plus longue échéance.
Dans une note intitulée  « Les taux d’intérêt négatifs », parue à la fin de 2016, la Banque de France écrivait (déjà) : « Les assureurs ont plus de difficultés à garantir des rendements attrayants en période de taux négatifs. Les banques et les assurances adaptent leurs modes de fonctionnement et diminuent leurs coûts en restructurant leurs réseaux et en innovant ».

Cette innovation est permise par la récente loi Pacte, incitant à la diversification de l’épargne, pour qu’elle finance l’économie et au recours suggéré à la gestion profilée. Cette dernière, dans son modèle, propose une prise de risque en début de la phase d’accumulation d’épargne, pour rechercher de la performance. Puis l’arbitrage programmé tend à une réduction du risque en fin de période, pour garantir le niveau de performance à terme.

 

ILLUSTRATION :

Le Baromètre du Cercle des Epargnants 2019 paru fin mars demandait à un panel de Français : « Les taux d’intérêt actuellement bas vous incitent-ils…« :
– à épargner sur des placements mieux rémunérés, quitte à ne pas toucher à votre argent pendant quelques années ? 28% de réponses positives, 38% chez les moins de 35 ans ;
– à moins épargner ? 16% ont répondu « oui » ;
– à investir dans l’immobilier ? 14% sont d’accord, 3 points de plus qu’en 2018 ;
– à épargner sur des produits financiers un peu plus risqués ? 9% des Français sont prêts à faire cela, avecs une hausse de 2 points pour ce choix, depuis l’année précédente.

 

 

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