L’Astuce

Vers un nouveau recul de l’âge légal de départ en retraite ?

par | Mar 5, 2019 | Actualités

Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a consacré sa dernière réunion aux « âges de départ à la retraite ». La réforme des retraites actuellement en préparation se concentre sur l’idée d’un basculement vers un système de retraite universel par point où un euro cotisé donne les mêmes droits pour tous. On se souvient par ailleurs de la promesse du Président de la République qui a exclu toute modification de l’âge légal de départ en retraite. Pourtant, un grand nombre d’observateurs, ainsi que d’hommes politiques – commission des affaires sociales du Sénat notamment – estiment qu’il est indispensable de repousser l’âge de départ à la retraite afin de garantir la pérennité financière du système. Les économies escomptées par la fusion des régimes apparaissent insuffisantes pour contrebalancer les effets de l’allongement de l’espérance de vie, et/ou des conditions « généreuses » offertes aux anciennes générations de retraités (anciennes règles appliquées).

Il n’est pas anodin de voir le COR se pencher sur le sujet des âges de départ en retraite, compte tenu du calendrier, du nombre de fois que le sujet a été abordé. Aujourd’hui en France, l’âge minimal d’ouverture des droits à retraite pour la majorité des Français est de 62 ans, il n’existe pas un mais plusieurs âges légaux (régimes spéciaux et catégories de fonctionnaires dits « actifs »), ainsi que des possibilités de partir de manière anticipée. Il existe par ailleurs un mécanisme de décote pour les personnes n’ayant pas cotisé le nombre de trimestres suffisant. Dans ce cas, pour pouvoir bénéficier pleinement de ses droits à retraite, il faudra demain partir à 67 ans. Il existe donc un âge minimum légal, mais aussi un âge effectif qui permette de bénéficier de sa retraite sans décote : 62 ans et 67 ans, contre 60 ans et 65 ans auparavant, depuis les modifications votées dans le cadre de la réforme des Retraites de 2010. C’est également le cas aujourd’hui (depuis le 1er janvier 2019) pour les salariés du privé dans le cadre de leur retraite complémentaire, où un mécanisme de bonus/malus a été instauré avec un âge pilier de 63 ans. Les réformes des retraites successives ont eu pour but de soulager le système en repoussant l’âge de légal de départ à la retraite, en incitant les personnes à poursuivre le plus longtemps possible une activité (bonus/malus, cumul emploi retraite, etc…), ce qui permet d’influer à la fois sur les cotisations et les prestations du système.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’âge de départ à la retraite n’a pas toujours été précoce. Mais sa baisse constante a été un des grands acquis sociaux des « trente glorieuses ». En 1963, en moyenne, les salariés du privé ont pris leur retraite à 63,8 ans. Au fil des décennies, aussi bien les hommes que les femmes ont vu leur âge de départ en retraite diminuer sous l’effet des évolutions législatives. Ainsi l’âge de départ en retraite des femmes était de 64 ans en 1971, 63 ans en 1981 et 62,2 ans en 1993. La trajectoire des hommes est identique, un homme prenait sa retraite à 63,9 ans en 1971, 63 ans en 1981, 61,5 ans en 1993 et 60,4 ans en 2008. C’est donc une période de baisse permanente de l’âge de départ en retraite, en parallèle d’un allongement de l’espérance de vie et de l’arrivée en âge de retraite des enfants issus du baby-boom qui mettent sous pression le système à la fin des années 2000. C’est la raison pour laquelle une réforme des retraites est votée en 2010. Depuis cette réforme, l’âge de départ en retraite progresse : +1,7 an pour les hommes et +1,2 an pour les femmes. En 2016, l’âge de départ en retraite de l’ensemble des régimes est désormais de 61,8 ans, contre 60,7 au début des années 2000. Les salariés du privé sont légèrement au-dessus (62,4 ans), mais la différence n’est plus aussi importante que par le passé.

Le vieillissement de la population est une donnée partagée par l’ensemble des pays développés. Les pays comparables à la France, notamment nos voisins européens, ont tous pris, en réponse à la situation, des mesures visant à relever l’âge de départ. Si bien que l’âge d’ouverture des droits pleins à la retraite est désormais de 67 ans en Italie, 66 ans aux Pays-Bas, 65 ans et 8 mois en Allemagne, 65 ans en Espagne ou Belgique, des niveaux affichés nettement supérieurs à la France. Les Français et les Françaises détiennent le record des pays membres de l’OCDE du plus grand nombre moyen d’années passées en retraite : 26,2 ans pour les femmes et 21,9 ans pour les hommes en 2016.

La difficulté de ces arbitrages tient bien entendu à la perception que chacun a de sa propre longévité et de la pénibilité du travail accompli durant les années d’activités. Le report de l’âge de la retraite aura certainement pour effet de renforcer la perception des inégalités entre les citoyens. L’alignement des régimes de retraite permettrait-il d’atténuer ces différences ? Rien n’est moins sûr. L’enjeu démographique est incontournable et les Français en prennent conscience. N’oublions pas que la réforme mise en œuvre ne produira que très progressivement ses effets, car elle sera lissée dans le temps. On peut espérer qu’à plus longue échéance, le rallongement de la vie active sera aussi synonyme de changement profond dans le mode d’exercice d’une activité, grâce à la diffusion de la robotisation et de l’intelligence artificielle.

M