L’Astuce

Inciter à construire une épargne complémentaire. Dans la perspective de la loi PACTE

par | Jan 8, 2019 | Actualités, Non classé

(Propos de Valérie Plagnol, recueillis lors des 28èmes rencontres de l’Epargne, le 28 novembre 2018)

 

La loi Pacte a eu entre autre mérite de lancer le débat de l’épargne retraite. En effet, dans le contexte démographique et économique que nous connaissons, il est devenu nécessaire de se constituer une épargne retraite complémentaire.

Cependant, il reste quelques points de complexité. Le débat s’est étiré sur une longue période, et la loi ne devrait aboutir qu’en 2020, si bien que nous restons dans une forme d’expectative. Une partie du volet fiscal, qui nous est inconnue, ne devrait voir le jour que sur ordonnance ou par décret à la suite de l’adoption de la loi. En outre, la double préoccupation d’orienter les Français dans une stratégie d’épargne longue et de financer l’économie pourrait être contradictoire en raison des notions de risque et d’épargne longue qui exigent de déborder du cadre rigoureusement fiscal pour les développer.

Néanmoins, nous saluons le Prélèvement Forfaitaire Unique. Revenir à un barème unique pour les dividendes, intérêts et plus-values mobilières est très positif. Mais c’est un peu plus compliqué pour l’assurance-vie, qui reste le produit d’épargne préféré des Français, comme le montre notre étude annuelle sur la question (cité par plus de 40 % des personnes interrogées). Sur les onze premiers mois de l’année 2018, l’assurance-vie a déjà collecté 23 milliards d’euros, un montant très élevé. En réalité, seuls les moments d’incertitude fiscale (loi Sapin, PLF) entraînent une certaine décollecte ponctuelle. L’assurance-vie reste le produit privilégié parce qu’il est avant tout flexible et transmissible. Les Français sont très attachés à ces éléments.

La loi Pacte permettra sans doute d’améliorer les produits d’épargne retraite, ce sera une avancée, il faudrait surtout les compléter, pas les concurrencer systématiquement. Nous comprenons la volonté de privilégier un système de rente au vu de l’accroissement de l’espérance de vie et de la problématique de la dépendance. Cependant, cette volonté ne s’accorde pas avec celle des épargnants, qui veulent disposer de leur capital comme ils l’entendent et pouvoir le transmettre à leurs héritiers. Les produits d’épargne retraite bénéficieront d’un intérêt fiscal à l’abondement, qui est un bon facteur d’incitation. Il reste à déterminer leur fiscalité à la sortie. Il semble qu’ils resteront non transmissibles. Ils pourront être transférés en fonction de la carrière de l’épargnant, ce qui paraît être une avancée importante pour permettre aux épargnants de maîtriser et connaître l’état de leur épargne sur une longue période.

Cette portabilité simplifiera considérablement le paysage. Son accompagnement réel sera toutefois indispensable, car au-delà des questions de fiscalité, les personnes se sentent insuffisamment renseignées et s’en plaignent. En particulier, toutes les enquêtes auprès des femmes illustrent un défaut d’information, de traitement et de considération particulièrement criants. Ajoutons à notre propos une exigence et une condition. L’exigence concerne la « non-cannibalisation » des produits. S’il est indispensable de rendre lisible l’épargne retraite, la rendre concurrentielle face à l’assurance-vie serait une erreur. Les conditions de son succès seront avant tout son attractivité, sa simplicité et sa lisibilité, que devront vanter les acteurs de l’assurance. En outre, nous invitons à sanctuariser dès à présent cette fiscalité afin de laisser une chance à ce dispositif de s’ancrer dans l’environnement de l’épargne. L’assurance-vie existe depuis des dizaines d’années, elle s’est extrêmement diversifiée dans ses supports, et a été rendue attractive justement parce qu’elle se construit dans le temps. Il faut s’en inspirer pour l’épargne retraite.

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