L’Astuce

Réforme des Retraites : la lancinante question de la pérennité financière

par | Sep 25, 2018 | Actualités

Parmi les nombreuses réformes souhaitées par le Président de la République, la réforme des retraites nous apparaît comme une des plus ambitieuses et comme on l’a vu déjà par le passé, la plus difficile à mettre en place. A ce stade, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites poursuit ses consultations. Il réunira de nouveau les syndicats le 10 octobre prochain, des partenaires qu’il consulte depuis avril. Le Président de la République entend « boucler » cette réforme en 2019, avec effets des mesures sur dix ans à partir de 2025. Pour tenir le calendrier, l’exécutif va donc devoir accélérer et passer de la consultation à la proposition – d’ici la fin d’année – dans une rentrée déjà chargée : plan santé, plan pauvreté, etc…

Bien souvent les médias usent et abusent du terme « réforme » dès que l’exécutif entend faire évoluer une loi. Dans le cas présent, le projet défendu par l’exécutif consiste en un réel changement de notre modèle de retraite. Si l’idée de base est simple : « un euro cotisé donne les mêmes droits pour tous », en réalité il s’agit de basculer vers un régime par points. Autre ambition, le Président souhaite fusionner et harmoniser les caisses et règles (droits) de retraites. La réforme concerne donc l’ensemble des actifs ou presque, la retraite c’est également 315 milliards d’euros par an, soit la première dépense sociale de notre pays, autant d’arguments qui illustrent l’importance du sujet.

Jusqu’à présent le Haut-Commissaire se cantonne à la présentation de la méthodologie ou de la philosophie de la réforme. Sur la méthodologie, ce dernier insiste sur la dimension consultative de la réforme, de nombreux ateliers sont mis en place en région, un site internet permet aux citoyens de faire part de leurs idées et il rencontre les partenaires sociaux. Nul ne trouve à redire sur la méthode. Le Haut-Commissaire insiste néanmoins constamment sur un point : la future réforme n’a pas pour but de réaliser des économies. Rappelons par ailleurs qu’Emmanuel MACRON, alors candidat à la présidentielle, indiquait que la question du financement des retraites ne se posait pas. Entre temps, le Comité de suivi des retraites (dans son avis annuel) a rappelé au Gouvernement l’objectif de maintien de la pérennité financière de notre système. En effet, selon les travaux du COR notre système de retraites devrait, au mieux (scénario de croissance la plus élevée), retrouver l’équilibre à horizon 2035. Incontestablement, la question du financement des retraites se pose, va-t-elle ou doit-elle s’immiscer dans le présent projet de réformes ?

C’est ce que pensent les sénateurs de la commission des affaires sociales. Dans une communication réalisée au mois de Juillet, présentant un point étape des travaux accomplis par la commission dans le cadre des réflexions sur l’avenir des retraites, ces derniers pensent que « La réforme de 2019 devra traiter inévitablement de la question de l’équilibre financier ». Les sénateurs estiment qu’il faut compléter le texte pour assurer « un niveau de vie suffisant aux retraités ». Ils redoutent sûrement une baisse relative du niveau des pensions et prônent une mesure en particulier pour assurer un équilibre financier : le relèvement à 63 ans de l’âge minimum légal de départ en retraite. La baisse du niveau des pensions est également l’une des critiques développées par les opposants (syndicats et partis politiques), ils craignent que le nouveau système soit par construction inégalitaire. C’est-à-dire que celui qui cotise beaucoup, constituera une retraite importante, à contrario, celui qui cotise peu durant sa période active se voit condamné à vivre une retraite « pauvre ». Pour répondre sérieusement à la question, il faudra attendre le projet final et plus particulièrement la place accordée aux mécanismes de redistribution, aujourd’hui très présents dans notre modèle.  

La France est l’un des pays où l’âge de départ en retraite est le plus bas, à peu près deux à trois ans plut tôt que nos voisins ou partenaires européens. Il convient de rappeler que chaque système s’apprécie au regard de sa démographie et de son économie. Par conséquent, une différence d’âge entre deux pays peut se justifier. Il faut également tenir compte de la dimension politique, si le Président changeait d’avis sur la question du financement des retraites, opterait-il pour un relèvement de l’âge de départ en retraite, mesure extrêmement impopulaire. Selon notre enquête annuelle, seuls 25% des Français soutiennent l’idée de reculer l’âge de départ en retraite pour assurer la viabilité du système de retraite, 62% y sont opposés. Ils sont encore moins nombreux à considérer la possibilité d’une réduction des revenus des retraites. Enfin les sénateurs sont sensibles à la question des retraites complémentaires et à la capitalisation, deux autres pistes de financement qui pour le moment sont peu évoquées.

Au fil des débats et face à l’inévitable – et tout de même heureux – rallongement de l’espérance de vie, nous voyons se profiler la refonte progressive de notre système de retraite, qui inclura probablement cette double dimension (âge de départ et modalités de cotisation). On l’a vu mis en oeuvre dans les pays scandinaves ces dernières années par exemple.

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