L’Astuce

Les retraites et la santé au cœur des dépenses de protection sociale

par | Juil 10, 2018 | Actualités

Année après année, le vieillissement de la population en cours en Europe tire les dépenses de retraite et de santé à la hausse. Elles pèsent désormais respectivement 12,5% et 8,2% du Produit Intérieur Brut (PIB) dans les pays de l’Union Européenne (UE-28). Les prestations de protection sociale au total atteignent 27,5% de PIB (2015). La France n’est pas en reste, pour les mêmes raisons démographiques elle doit elle aussi faire face à une hausse continuelle de ses dépenses de protection sociale, ce qui pose la question de leur financement. Les déficits répétés de la branche maladie de la sécurité sociale, les projections du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) qui prévoient un retour à l’équilibre du système de retraite au mieux en 2036, le financement de la dépendance, la récente communication du Président de la République sur le sujet très largement commentée, l’actualité nous ramène en permanence à cette problématique.

Les dépenses de protection sociale en France en 2016 représentent 759,1 milliards d’euros. Si on ne retient que les prestations sociales, soit l’essentiel (94,1%), cela représente toujours 714,5 milliards d’euros, soit 32,1 % du PIB. Non seulement ce chiffre est important en soi, mais c’est aussi quasiment cinq points de PIB de plus que la moyenne européenne. Quels que soient les efforts annoncés force est de constater que les dépenses de protection sociale continuent d’augmenter au-delà même de l’inflation. Elles ont même accéléré en 2016 : +1,8% contre +1,3% en 2015. Des dépenses qui ne freinent pas et semblent même légèrement repartir à la hausse, des dépenses supérieures au niveau de richesse créée en 2016, année où la croissance enregistrée du PIB est de 1,2%. Même minime ce taux de croissance économique (2016) marque une amélioration de la situation économique (comparaison à 2015 et 2014), ce qui a permis de dynamiser les ressources du système. Ainsi, les ressources en accélération (+2,2%) ont permis d’encaisser 758,7 milliards d’euros. En conséquence, la situation si elle toujours déficitaire permet néanmoins de se rapprocher de l’équilibre, à savoir : 0,4 milliard d’euros, soit 0,02% du PIB, contre 3,3 milliards l’année précédente. Mais on le comprend, l’amélioration des déficits n’est que le fait de l’amélioration du cycle économique. Elle reste donc fragile à moyen terme. Alors que l’enjeu de réduction de la dette publique se fait de plus en plus pressant, afin de permettre à l’Etat de retrouver des marges de manœuvre économiques et régaliennes dont il a besoin, l’évolution des dépenses de protection sociale, compte tenu de leur poids, font de plus en plus l’objet de communications sur son financement comme son organisation. L’augmentation des recettes ne semble plus possible ni pérenne. Les premières pistes avancées (réforme de la retraite, création d’un risque de dépendance, débat autour des pensions de reversions etc. ) sont soit encore au stade de la consultation pour plusieurs mois encore (réforme des retraites), soit manquent de cohérence et n’apparaissent pas comme un plan général de reformes des coûts.

Le sujet est éminemment difficile : ne pas donner l’impression qu’on sacrifie le bien-être et la répartition au profit d’économies dont seuls les plus vulnérables (régions se sentant délaissées, personnes âgées, etc.) seraient les victimes. C’est ce qui provoque des réactions épidermiques immédiates. Le constat étant posé, seul un effort constant de pédagogie pourrait permettre de dissiper les peurs exprimées.

M