L’Astuce

61 ans et 10 mois : l’âge moyen de départ à la retraite recule encore

par | Mar 6, 2018 | Actualités

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), service statistique des ministères sociaux, vient de publier une note relative à l’âge moyen de départ en retraite. A l’aube d’une nouvelle réforme des retraites nous revenons sur l’âge moyen conjoncturel de départ à la retraite.

Bonne nouvelle pour le système de retraite, moins bonne pour les actifs, l’âge de départ moyen à la retraite ne cesse de progresser depuis 2010. Ainsi, fin 2016, l’âge moyen atteint 61 ans et 10 mois, c’est même 62 ans et 1 mois pour les femmes, un peu moins pour les hommes : 61 ans et 6 mois. Depuis la réforme des retraites de 2010 l’arrivée en retraite recule. Souvenez-vous, la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites avait pour objectif d’assurer l’équilibre et la pérennité financière du système de retraites. Elle a fait l’objet d’intenses débats et manifestations, le texte reposait sur deux piliers :

• Un relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, sur six années (quatre mois par an), ainsi qu’une hausse de la durée de cotisations ;
• Et dans le cas d’une période de cotisation insuffisante, un mécanisme de décote qui s’annule à partir de 67 ans contre 65 ans auparavant.

Ces deux idées vont dans le même sens, celles de retarder l’arrivée des individus en retraite. En allongeant la période d’activité et donc de cotisation, on augmente mécaniquement les ressources du système. D’un autre côté, une arrivée en retraite retardée, c’est moins de pensions versées, donc mois de dépenses.

La réforme a bien porté ses fruits. Alors que sur la période 2004-2010 l’âge conjoncturel de départ en retraite avait diminué de deux mois pour se situer à 60,5 ans en 2010, contre 60,7 ans en 2004, sur la période 2010-2016 nous enregistrons une hausse sensible à 61,8 ans, soit 1 an et 4 mois de plus. A titre d’exemple, pour mesurer la montée en puissance du dispositif et ses effets, « le taux de retraités à 60 ans a reculé de 34 points, passant de 64% fin 2010 à 30% fin 2013 » et celui de 61 ans « de 73% fin 2012 à 34% fin 20161 », soit 39 points de baisse.

La future réforme des retraites voulue par l’exécutif, et imaginée par le Président Macron lors de la présidentielle, met cette fois-ci en avant une simplification – et clarification – du système, que l’on peut résumer entre autres par l’idée d’un euro cotisé donnant droit à un euro de pension, ou par la fusion des régimes. Elle exclue jusqu’à présent une hausse de l’âge de départ en retraites. On comprend qu’en mettant en avant un tel projet consistant à aligner les multiples régimes de retraite qui caractérisent notre système, le Haut-Commissaire en charge de la réforme ait laissé de côté le sujet épineux d’un nouveau recul de l’âge légal départ à la retraite. Il nous semble néanmoins difficile d’échapper à de telles considérations au regard de leur efficacité sur l’équilibre financier et la pérennité de notre système de retraites. Un choix que bon nombre de pays voisins ont d’ores et déjà tranché, puisque l’âge légal de la retraite est de 65 ans en Belgique, Italie ou Allemagne (67 ans d’ici 2029). Sans parler du Japon qui vient de prendre des mesures encore plus radicales (projet de report âge de la retraite à 70 ans).

Ces mesures ne seront pas sans conséquence sur l’équilibre macroéconomique de nos pays : si les générations antérieures à la génération 1950 ont connu une hausse du nombre d’années passées en retraite (+1 an et 6 mois entre 1940 et 1950 ; soit 26 années et 6 mois pour la génération 1950), ce niveau devrait légèrement diminuer pour la génération 1951. Le report de l’âge de départ à la retraite induit une augmentation du taux d’activité des personnes plus avant dans la vie ; de même les comportements d’épargne devraient en être modifiés.

La préservation de notre système de répartition passe nécessairement par de telles mesures. Elles semblent assez évidentes au regard de l’allongement de l’espérance de vie. Mais ses conséquences dépasseront le simple cadre de la retraite : l’organisation de la vie active, l’intégration – ou le maintien – des personnes plus âgées dans le monde du travail se pose également : comment en effet préserver l’employabilité des plus âgés ? Un fait que nos entreprises ne semblent guère prendre encore en compte.

 

1 http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/publications/etudes-et-resultats/article/l-age-moyen-de-depart-a-la-retraite-a-augmente-de-1-an-et-4-mois-depuis-2010

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