L’Astuce

Loi PACTE : vers une épargne retraite plus flexible ?

par | Fév 27, 2018 | Actualités

Selon un récent sondage intitulé « Demain, quelle  retraite ? » et réalisé par l’Audirep pour le compte de Natixis et Amundi, les épargnants français sont massivement favorables à une sortie en capital dans le cadre de leur épargne retraite. L’épargne retraite, ce sont les dispositifs qui permettent de préparer une retraite supplémentaire, de manière privée et individuelle ou alors par le biais de son entreprise (exemples : PERP, Madelin, PERCO, etc…). Fin 2015,12,2 millions de personnes sont concernées par ce type de dispositif, pour des cotisations annuelles de 13 milliards d’euros. Ces produits présentent quasiment tous la caractéristique d’une constitution d’épargne jusqu’au moment de la retraite, puis un versement du capital accumulé, majoritairement sous forme de rente.

Plusieurs paramètres entrent en compte dans la stratégie d’épargne des ménages français. Le rendement est très souvent mis en avant, mais il n’est pas seul, il s’agit de l’une des composantes au même titre que la sécurité (aversion au risque) ou la liquidité, c’est-à-dire la capacité de pouvoir débloquer son épargne à tout moment. Selon notre enquête annuelle, la première motivation d’épargne est la précaution (pour 41% des sondés). Dès lors nous comprenons mieux le besoin et désir de liquidité exprimés par les ménages.

Selon l’enquête de l’Aurep, 77% des  épargnants plébiscitent  un  produit  d’épargne retraite  avec  une  sortie  en  capital. Ces derniers aimeraient « disposer librement de l’intégralité du capital (et des futures plus-values), avec retrait possible à tout moment, plutôt que d’une rente viagère ». C’est l’une des caractéristiques fondamentales de l’épargne retraite qui est ici remise en cause. L’épargne retraite, sur le principe des dispositifs de retraite verse une rente (comme la pension), sur la base de cotisations (l’épargne constituée). La critique n’est pas récente, elle est régulièrement mise en avant par les épargnants et les professionnels, une sortie en capital, ou une plus grande sortie en capital, apporterait de la flexibilité. C’est l’une des caractéristiques que les ménages recherchent de plus en plus : contrats multi-supports, digitalisation, etc…

Ce débat trouve pleinement sa place dans l’actuelle préparation de la loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) qui sera présentée par le Ministre de l’Economie et des Finances dans quelques semaines. Le second chapitre consacré au financement des entreprises et à la réorientation de l’épargne impacterait fortement l’épargne retraite puisqu’il y est question de « développer et simplifier les produits d’épargne-retraite, pour les faire converger autour de caractéristiques communes ». Cette intention semble louable dans son principe, mais encore assez vague dans sa réalisation concrète. La loi PACTE pourrait être une occasion d’apporter de la flexibilité aux dispositifs de préparation à la retraite privée, et permettre ainsi un nouvel essor.

En attendant, et conformément à leurs souhaits, les épargnants « détournent » en quelque sorte des produits d’épargne non spécifiques qu’ils utilisent pour préparer leur retraite comme ils l’entendent. C’est ici que se hisse sur la première marche du podium l’assurance-vie, désignée dans notre baromètre annuel comme « meilleur placement » par les sondés (36%), devant le PEL (31%) ou le Livret A (30%). Plus surprenant, l’assurance-vie est également désignée de très loin comme « meilleur placement pour préparer sa retraite ». Avec 35% des réponses, elle devance très largement les produits d’épargne retraite tels que le PERP (4%) ou le Madelin (2%) pourtant spécifiquement conçus pour la préparation de la retraite. L’étude Aurep signale également que « 84 % des épargnants souhaitent pouvoir transmettre leur épargne retraite accumulée à leurs héritiers ». Là encore, à la lecture de ce résultat on comprend mieux l’attrait pour l’assurance-vie, qui par son mécanisme d’abattements dans le cadre de la transmission répond à cette motivation.

Sortie en capital, sécurité, transmission : les ménages cherchent avant tout à disposer de leur épargne à leur guise et la transmettre. L’allongement de l’espérance de vie ne les convainc pas de l’intérêt de la sortie en rente, dont ils ont pour beaucoup le sentiment qu’elle ne leur reviendra pas.

Il n’empêche, la baisse des taux d’intérêt, les réglementations prudentielles poussent à revoir et reconsidérer les produits d’assurance-vie et d’épargne retraite. Vouloir intégrer dans des supports conçus logiquement pour le long terme, des supports un peu plus risqués qui permettraient d’orienter l’épargne vers le financement des entreprises, pourrait bien entrer dans cette stratégie. Elle demande néanmoins des garanties et des compensations pour les épargnants face à la prise de risque et au terme du retour sur investissement. Il serait temps d’aborder de front la question de la mise en place de fonds de pension permettant de combiner les aspirations des épargnants comme celles du législateur en matière de financement de l’économie. Sans sacrifier la capacité d’épargne des français, un pilier complémentaire à la retraite par répartition dans un contexte clarifié, répondrait sûrement à l’aspiration de nombreux épargnants.

 

M