L’Astuce

L’assurance-vie en 2017 : contre vents et marées

par | Fév 13, 2018 | Actualités

La Fédération Française de l’Assurance vient de publier les statistiques d’encours et de collecte de l’assurance-vie pour l’année 2017. A la lecture de ces résultats, nous retenons deux enseignements principaux : la collecte nette est positive, la part des unités de compte continue de progresser.

L’année ne fut pas de tout repos pour l’assurance-vie, le « meilleur placement » aux yeux des Français a subi deux chocs essentiellement médiatiques qui ont eu pour effet d’inquiéter les épargnants, ce qui n’a pas été sans conséquence sur la dynamique de collecte.

  • Tout d’abord, la loi Sapin II ou projet de loi relatif à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, adopté par le Parlement le 8 novembre 2016 qui a suscité de l’inquiétude autour du produit. Une disposition introduite par amendement permet désormais « d’élargir les pouvoirs accordés au Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF), en lui donnant la possibilité de suspendre, retarder ou limiter temporairement, le paiement des valeurs de rachat, la faculté d’ar­bitrages ou le versement d’avances sur les contrats d’assurance-vie ». Destinée à protéger du risque de « ruée » et de faillite en chaîne des assureurs, les épargnants ont vu dans cette mesure une menace de voir leur argent bloqué, ce qui a impacté négativement la collecte.
  • Autre séisme, la loi de finance 2018 débattue à l’automne dernier qui a instauré un prélèvement forfaitaire unique de 30% impacte directement l’assurance-vie puisqu’elle porte à 17,2% les prélèvements sociaux. La mesure, même si elle ne concerne que les nouveaux contrats et les versements des contrats dépassant les 150.000 euros pour une personne seule (300.000 euros pour un couple), soit 3% à 4% des contrats, ou 6% à 10% des détenteurs, est sans doute à l’origine de la collecte négative enregistrée en novembre (-0,5 milliard d’euros). Au-delà du volume (40% à 60% des encours de l’assurance-vie), le flou qui a régné durant cette période a placé l’ensemble des épargnants dans le doute et l’attente.

Sur l’ensemble de l’année 2017, les sociétés d’assurance ont tout de même collecté 131,5 milliards d’euros, contre 133,9 milliards d’euros en 2016. Mais en parallèle, elles ont versé 124,2 milliards d’euros de prestations, contre 116,8 en 2016, si bien que la collecte nette si elle reste positive (7,2 milliards d’euros), affiche un net recul par rapport à 2016 où elle était de 17,1 milliards.

Les performances de l’assurance-vie (fonds euros) pour 2017 sont actuellement communiquées par les différentes compagnies. Les professionnels du secteur tablent sur une performance moyenne de 1,5%, une diminution d’à peu près 20% sur un an. Ce qui est relativement important, et fait suite à une année 2016 déjà marquée par une baisse de la performance. Certains observateurs s’en émeuvent, car dans le même temps, les obligations d’Etat ont entamé leur remontée. L’emprunt de référence,  l’Obligation Assimilable du Trésor (OAT) à 10 ans (France) qui enregistrait un rendement moyen de 0,46% en 2016, avec un plus bas historique de 0,09% en septembre de la même année, a dépassé la barre symbolique des 1% le 2 février dernier. Il est bon de rappeler que la gestion de ces fonds s’inscrit dans un temps long, les assureurs, avec la bienveillance des autorités, ont fait le choix – prudent – de doter les provisions pour participation aux bénéfices (PPB). Concrètement, cela signifie qu’au lieu de distribuer immédiatement à l’épargnant 100% des performances réalisées, la décision retenue est de différer la restitution d’une partie de ces bénéfices dans le temps, pour lisser le rendement servi si besoin en était.

Pour remplacer l’assurance-vie en euros, un produit semble d’ores et déjà tirer son épingle du jeu, il s’agit de l’assurance-vie en Unités de Compte (UC). L’assurance-vie offre la possibilité d’intégrer différents supports, tels que les UC, la bonne santé des marchés actions ont en effet permis l’année dernière de combiner les avantages de l’assurance-vie, et une performance plus importante, en acceptant toutefois une part de risque propre à ces supports. Ce sont 36,7 milliards qui ont été versés sur les unités de compte, ce qui représente 28% des cotisations, un chiffre en hausse (20% en 2016).

Baisse des rendements en fonds euros, remontée des taux, évolution législative au travers du plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE), dont des propositions ont pour but d’« orienter l’épargne des Français vers les entreprises », et concerneraient tout particulièrement l’assurance-vie, les défis sont encore nombreux pour cette nouvelle année. Il conviendra de rappeler que l’assurance-vie culmine à 1676 milliards d’euros au 31.12.2017 (+3% sur un an), une manne financière qui fait l’objet de nombreuses convoitises (réorientation de l’épargne), mais qu’il convient de manipuler avec la plus grande vigilance, sous peine de déstabiliser l’offre et la demande d’épargne.

 

 

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