L’Astuce

Épargnants : un appétit nouveau pour le risque ?

par | Nov 21, 2017 | Actualités

La Banque de France a publié la semaine dernière les statistiques1 relatives à l’épargne et au patrimoine des ménages français pour le 1er semestre de l’année 2017. Les évolutions des flux et encours des principaux placements financiers permettent de révéler les comportements et stratégies développées par les ménages.

Première constatation, les épargnants se sont montrés particulièrement actifs sur la période puisque les principaux placements financiers ont vu leurs encours progresser de 74,1 milliards d’euros pour atteindre 4893,2 milliards d’euros. Ainsi au premier semestre les seuls flux représentent 60 milliards d’euros. A mi-année cela représentait déjà les deux tiers des flux enregistrés sur l’ensemble de l’année 2016. Cette dynamique se vérifie dans le taux d’épargne des ménages, ce dernier atteint désormais 14,4% (14% en 2016). Le comportement des Français contraste avec celui de nos voisins puisque ce taux diminue en Espagne, Italie et Royaume-Uni, ou stagne en Allemagne.

Plus que jamais, les épargnants français se caractérisent par une aversion au risque et une préférence pour la liquidité. En ce qui concerne la liquidité, cela se vérifie une nouvelle fois. Les actifs liquides et non risqués enregistrent 36 milliards d’euros de flux au premier semestre, à comparer avec les 31,3 et 37,7 milliards sur l’ensemble des années 2015 et 2016. Ce sont les dépôts à vue (25,4 milliards d’euros) qui expliquent en grande partie ce résultat, même si le phénomène tend à ralentir. Après un premier trimestre à 19,1 milliards d’euros, un second trimestre à 6,3 milliards, ce sont 4,7 milliards qui sont attendus au troisième trimestre. Ces encours exceptionnels pourraient bien s’expliquer par la conjonction particulière de l’attentisme politique du début d’année avec l’absence de crainte inflationniste et le niveau généralement bas des autres rendements.

Les actifs liquides, mais risqués cette fois ci, enregistrent également des flux positifs. Pour rappel l’année 2016 avait été marquée par une collecte négative de 14,5 milliards d’euros. La tendance s’est inversée progressivement au fil de l’année. Si le premier trimestre est négatif (-3,3 milliards), le second trimestre enregistre lui 10,9 milliards de flux, qui s’explique par les titres « d’OPC non monétaires » (14,9 milliards). Ces 14,9 milliards résultent de l’activité des Organismes de placements collectifs (OPC), et des « FCPE » ou Fonds Communs de Placement d’Entreprise (épargne salariale). Il faut voir ici la bonne santé des fonds d’investissement (immobilier notamment), dans le cadre d’une diversification des placements, ainsi que la dynamique de l’épargne salariale.

En ce qui concerne les produits moins liquides, ceux considérés comme « non risqués », qui regroupent les très populaires comptes à terme, les Plan Epargne Logement (et Plan Epargne Populaire) et assurances-vie en fonds euros, la mécanique semble enrayée. Au premier semestre, le solde pour l’ensemble de ces produits est positif de seulement 400 millions d’euros. Pour les comptes à terme, les flux sont négatifs, ce qui peut s’expliquer par leur médiocre rendement. Les PEL et Plan Epargne Populaire (PEP) récoltent 3,9 milliards d’euros sur la première partie de l’année. Entre 2015 et 2016, profitant de la baisse du Livret A, les PEL et les PEP représentaient alors 47% et environ 40% des 49 milliards et 46 milliards d’euros enregistrés. La baisse du taux du PEL à 1% explique ces résultats. L’assurance-vie en fonds euros enregistre une décollecte de 2,5 milliards au premier trimestre, une collecte positive de 3,6 milliards au second, et ce sont 9,3 milliards qui sont attendus au troisième trimestre. Si la dynamique en cours est croissante, les résultats sont assez loin des niveaux connus les années précédentes (32,2 milliards en 2015 et 28,1  milliards en 2016). Les encours continuent leur progression pour atteindre 1633,5 milliards d’euros.

Les autres actifs risqués, non liquides, c’est-à-dire les actions non cotées et les assurances-vie en unités de compte enregistrent 16 milliards de flux, contre à peu près 25 milliards sur l’ensemble de l’année 2015 ou 2016. Ces actifs risqués sont sur une tendance de collecte supérieure aux années précédentes. Que ce soit pour les actions non cotées, ou pour les unités de compte, cette tendance se vérifie. La baisse des taux constatée sur les différents produits d’épargne a permis une diffusion et une acceptation de l’unité de compte plus importante. Cette dernière, dans le cadre de l’assurance-vie, va permettre à l’épargnant d’aller chercher un rendement supérieur aux fonds euros, en acceptant une part de risque plus ou moins grande en fonction de ses attentes.

On connaissait déjà la préférence des français pour la liquidité, on découvre un goût récent pour le risque. Toutefois, il faudra bien du temps avant de pouvoir parler de la disparition de l’aversion au risque qui caractérise l’épargnant français. Cet « appétit » pour le risque s’explique davantage par le contexte de baisse des taux, et par les politiques de distribution des acteurs du secteur (unités de compte), que par un soudain désir de prise de risque. Pour caricaturer, à la lecture de ces statistiques, on pourrait presque scinder en deux catégories les épargnants : ceux qui laissent leur argent dormir sur leur compte, privilégiant la sécurité à la performance, et ceux qui acceptent une part de risque, pour maintenir un niveau de rémunération satisfaisant. Les évolutions attendues à partir du 1er janvier 2018 sur la fiscalité de l’épargne vont venir modifier le cadre actuel. La confirmation de la mise en œuvre d’une « flat tax » à 30% pourrait renforcer l’intérêt des épargnants pour une épargne un peu plus risquée mais de meilleur rendement. En matière d’épargne, les conservatismes sont difficiles à faire bouger. L’incitation fiscale pourrait y aider.

 

1 https://www.banque-france.fr/sites/default/files/webstat_pdf/epa_men_2161_fr_f17-043z_tableau_bord_menages_2017t1_2017t2.pdf

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