L’Astuce

Patrimoine financier des ménages dans le monde : 170.000 milliards d’euros

par | Oct 3, 2017 | Actualités

Allianz a présenté la semaine dernière la huitième édition de l’Allianz Global Wealth Report, un rapport consacré au patrimoine financier des ménages. Cette enquête a été réalisée au niveau mondial, ou presque, puisqu’elle concerne 53 pays. Le fait d’élargir l’étude à un ensemble de pays va permettre de réaliser des comparaisons, de mesurer les dynamiques et de dégager des particularités nationales. Nous vous restituons les principaux enseignements de ces travaux.

La première information livrée par le rapport est que le montant total des actifs financiers détenus par les ménages dans le monde atteint 170.000 milliards d’euros, soit pour se donner un ordre de grandeur, 77 fois le Produit Intérieur Brut (PIB) de notre pays. En 2016, ces actifs ont augmenté de 7,1% (contre -4,7% en 2015). Un résultat qui s’explique en partie par les bonnes performances des marchés financiers. 70% de cette croissance est ainsi imputable à la variation de la valeur des portefeuilles, contre 30% qui provient de sommes épargnées. Une croissance des actifs financiers tirée par l’Asie (hors Japon) (+15%), puis les États-Unis (+6%) et l’Europe (+4,7%). Si les ménages ont bénéficié de la valorisation de leurs placements financiers, leur aversion au risque les pousse vers la liquidité et les dépôts bancaires notamment (2/3 des placements). Un comportement qui en raison de l’inflation a un coût : 300 milliards d’euros. Un chiffre qui selon Ludovic Subran (Directeur de la recherche économique d’Allianz) devrait doubler en 2017.

Si les actifs financiers augmentent, c’est également le cas de l’endettement des ménages. Les dettes des ménages ont progressé de 5,5% en 2016. Il s’agit de la plus forte hausse depuis 2007, un chiffre également supérieur au taux de croissance du PIB (nominal) enregistré cette même année. Par ailleurs, l’endettement marque de fortes disparités régionales, parfois inquiétantes. En Asie (hors Japon), la dette des ménages progresse de 17%, et même 23% pour les seuls ménages chinois. La région concentre ainsi désormais 20% des dettes privées mondiales, soit 41.000 milliards d’euros. Au niveau mondial, les actifs financiers nets, c’est-à-dire les actifs financiers bruts moins la dette, représentent tout de même 128.500 milliards d’euros, en croissance de 7,6%.

Les États-Unis détrônent la Suisse

La Confédération helvétique occupait historiquement la tête du classement des pays où l’actif financier net par habitant est le plus élevé. En Suisse, les actifs financiers nets par tête sont toujours confortables, ils représentent 175.720 euros. Seulement aux États-Unis, ce chiffre atteint désormais 177.210 euros par tête. La Suisse perd donc sa première place, une information symbolique au regard des écarts constatés. Dans le classement de tête, on retrouve les places économiques et financières les plus importantes des principales régions. A savoir le Japon, Taïwan, Singapour pour l’Asie, les pays scandinaves et les Pays-Bas pour l’Europe, le « Commonwealth historique » : Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et Australie. La France gagne une place et occupe désormais la quinzième position devant l’Italie. Les actifs financiers nets par Français représentent désormais 56.040 euros. La progression sur un an est de 6,7%, en accélération par rapport à 2015, elle est par ailleurs supérieure à la moyenne de la zone euro (+4,6%).

« Les épargnants français comme les allemands détonnent »

Ce qu’il faut retenir aussi c’est la manière dont ce patrimoine se constitue en France. En effet, les ménages français, pour accroitre leur patrimoine, n’hésitent pas à réaliser d’importants efforts d’économies sur leurs revenus du travail, des arbitrages entre épargne et consommation. Ce comportement est loin d’être la norme et dénote une frilosité particulière des épargnants. Dans l’ensemble des autres pays, c’est la valorisation des portefeuilles qui explique l’accroissement du capital financier. Un accroissement, qui selon l’enquête, est même « utilisé en complément des revenus du travail ». Cet excès de prudence des épargnants français est quasi proverbial. Les Français épargnent beaucoup et ont une grande préférence pour la liquidité, de nombreuses enquêtent le confirment. La fiscalité de l’épargne semble bien accentuer cette frilosité et au bout du compte pénaliser doublement les ménages français en limitant les effets de richesse sur leur patrimoine, mais aussi sur les potentiels de financement d’investissement productif pour le pays. En modifiant la fiscalité du capital en faveur d’un taux unique à 30%, le gouvernement vise directement cette anomalie économique, qu’il traduit par la volonté de mieux rémunérer le risque. Favoriser l’épargne de long terme, le retour sur investissement au détriment d’une épargne liquide qui sape pouvoir d’achat réel des ménages, c’est à coup sûr un enjeu de long terme pour les Français et l’économie.

 

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