L’Astuce

Épargne : la présidentielle au cœur du jeu

par | Juin 13, 2017 | Actualités

Nous avons déjà souligné combien cette élection présidentielle a eu des effets notables sur les marchés, avant et après les deux tours. En effet pour la première fois sous la Vème République, 4 candidats étaient au coude à coude à la veille du premier tour de l’élection et deux d’entre eux – avec de sérieuses chances de qualification – incarnaient des projets économiques extrêmes, ayant pour objectif plus ou moins explicite une sortie de la France de la zone euro. De quoi alarmer les investisseurs comme les épargnants. Au soir du premier tour, la qualification d’Emmanuel Macron, puis les sondages le donnant vainqueur au second tour, ont eu un effet immédiat sur les marchés  : le risque de crise systémique, le spectre de l’éclatement de la zone euro s’éloignant, l’écart de rendement à long terme entre la dette française et allemande s’est immédiatement et fortement resserré. Ces craintes ne se sont pas éloignées aussi vite chez les épargnants français. Le 7 mai, le jour même du deuxième tour, ils étaient encore 57% à estimer que le résultat du second tour pourrait avoir « des conséquences négatives sur le rendement de leur épargne », contre 47% avant le premier tour. Les débats de second tour, centrés sur la question de l’euro, expliquaient en grande partie ce sentiment.

Quelles ont été les conséquences sur le comportement d’épargne des Français ?

Ce contexte politique a créé les conditions d’un véritable retour en grâce du Livret A. Entre les mois de janvier et d’avril 2017, la collecte cumulée des livrets A et de développement durable s’élève à 8,66 milliards d’euros. Ce résultat vient casser la tendance morose observée ces deux dernières années sur le livret A, c’est-à-dire depuis le passage de son rendement en dessous des 1% (0,75%). Pour illustrer et mesurer l’importance du phénomène, sur la même période, l’année dernière, la collecte accusait un déficit de 100 millions d’euros.

Compte tenu du fait que sur la période considérée, le taux de 0,75% n’a pas été relevé et qu’il reste perçu comme faible par les Français1, il ne fait guère de doute que le contexte politique a bien motivé ce retour en grâce lié aux caractéristiques du produit c’est-à-dire sa liquidité, sa sécurité, l’exonération d’impôt. On peut ajouter à cela que si le taux du Livret A est faible, les alternatives sont peu nombreuses. Ainsi le PEL qui avait profité du désintérêt du Livret A entre 2015 et 2016, a vu son taux passer depuis de 2,5% à 1%, et n’apparait plus comme une alternative crédible au Livret A.

L’autre grand gagnant des deux dernières années, l’assurance-vie, semble ralentir quelque peu en ce début d’année. Ceci s’explique principalement par la forte baisse des rendements des fonds en euro, une conséquence directe des politiques monétaires actuelles. Cette baisse de rendement peut toutefois être compensée par l’intégration d’unités de compte, vers lesquelles plus d’épargnants se tournent. Au-delà du rendement, et à l’instar du Livret A, on peut aussi ajouter que la présentation plus l’adoption de la loi Sapin II (second semestre 2016) ont perturbé la dynamique de collecte du produit. Au premier trimestre, le programme du candidat Macron est venu alimenter un peu plus encore l’inquiétude, lorsque la modification de la fiscalité du produit (passage possible à 30% de la fiscalité contre 23% actuellement avec prélèvements sociaux) a été envisagée. La sécurité du produit, sa fiscalité, deux atouts essentiels du produit étaient alors simultanément menacés.

Mais il convient de relativiser car l’assurance-vie ne connait pas d’hémorragie massive pour autant. De janvier à avril, ce sont 45,6 milliards d’euros qui ont été collectés, contre 49 milliards d’euros l’année dernière sur la même période. Les versements sur les supports unités de compte représentent 12,1 milliards d’euros (27 % des cotisations), un chiffre en croissance. Il faut y voir un changement de comportement de l’épargnant en la matière, en lien avec la recherche de rendement, mais également avec la politique de distribution. La collecte nette tombe elle à 1,4 milliard d’euros, puisqu’au même moment les sociétés d’assurances versaient 44,2 milliards d’euros de prestations. Les encours des contrats d’assurance-vie représentent le montant de 1 653 milliards d’euros à fin avril 2017, en progression de 4 % sur un an. Soit à peu près 75% du produit intérieur brut de notre pays.

Si la devise populaire attribue encore au Livret A le surnom de placement préféré des Français, pour ces derniers c’est bien l’assurance-vie qui est le meilleur produit d’épargne2. Bien que l’incertitude quant à la taxation de l’assurance-vie ne soit pas encore levée (il faudra probablement attendre le projet de loi de finance 2018 qui sera discuté cet automne), les épargnants devront dans les prochains mois prendre en compte une composante qui avait disparu du paysage ces dernières années : l’inflation. Avec 1,2% d’inflation sur un an, le Livret A et ses 0,75% n’est déjà plus le refuge rêvé.

 

 

 

1Selon l’enquête annuelle du Cercle des Epargnants (2017), 83% des Français jugent les taux d’intérêt bas.

2 Selon l’enquête annuelle du Cercle des Epargnants (2017), l’assurance-vie est le meilleur produit d’épargne aux yeux des Français (36%), et 10% de ceux qui n’en détiennent pas envisagent d’en souscrire une.

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