L’Astuce

Une nouvelle ministre du Travail… et aussi des Retraites ?

par | Mai 23, 2017 | Actualités

Le 17 mai 2017, peu après 15h, le secrétaire général de l’Elysée s’est avancé sur le perron du Palais de l’Elysée pour présenter le premier gouvernement du Premier Ministre Edouard Philippe, sous la présidence d’Emmanuel Macron. Après la formule d’usage « sur proposition du Premier Ministre, le Président de la République a nommé… », ont été nommés les 22 membres de gouvernement qui se répartissent en 18 ministres et 4 secrétaires d’Etat. Il s’agit d’un gouvernement paritaire, soit onze hommes et onze femmes. Il existe également une seconde parité qui distingue les ministres issus du milieu politique, des parlementaires ou anciens parlementaires, et les ministres issus de la société civile. C’est aussi un des gouvernements les plus resserrés de la Vème République.

Parmi ces « novices », la nomination de Mme Murielle Pénicaud au poste stratégique de Ministre du Travail a particulièrement retenu l’attention. Directrice de l’Agence Business France, la nouvelle Ministre a occupé des postes à responsabilités dans de grands groupes, plus précisément des postes de directrice des ressources humaines. Alors que la réforme du droit du travail a été présentée comme la priorité du Président, on attend d’elle qu’elle y apporte son expérience du terrain. Ce n’est pas une novice du sujet non plus. Par le passé, la Ministre a occupé d’importants postes dans l’administration (Ministère du Travail), notamment au cabinet de la ministre Martine Aubry (1991-1993). Elle a présidé l’Institut National du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle et a siégé en qualité de personnalité qualifiée au Haut Conseil du Dialogue Social. Elle rejoint un ministère qu’elle connait bien, c’est un plus.

Emmanuel Macron a donc choisi une personnalité qualifiée pour mener sa réforme du travail dite : « projet de loi d’habilitation pour simplifier le droit du travail et décentraliser la négociation ».

Dans la mesure où il entend agir par ordonnances dans ce domaine, le fait que Mme Pénicaud ne soit pas issue des bancs de l’Assemblée nationale ou du Sénat n’est pas un handicap. En fait, cela pourrait s’avérer un avantage, car elle serait considérée comme « technique » et non politique. C’est sur le terrain de la négociation avec les partenaires sociaux qu’elle sera particulièrement attendue. Pour la CGT, la Ministre est « dans la droite ligne des politiques antisociales ». Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, a lui déclaré : « il faut qu’on rencontre assez rapidement et le Président de la République et le Premier Ministre et la Ministre du Travail ». D’autres experts estiment en revanche qu’un projet qui ne remettrait pas en cause la multiplicité des branches leur laissant l’autorité finale dans les négociations, raterait son but en ne permettant pas aux petites et moyennes entreprises de véritablement retrouver flexibilité et liberté d’action.

Bien que nous n’ayons pas encore beaucoup de détail, la Ministre du Travail devrait également être en charge de l’autre grande réforme promise par le Président et qui concerne l’unification et la remise à plat du système des retraites. Le Président avait laissé entendre pendant la campagne que cette dernière devrait s’inscrire dans un temps long. Il a récemment indiqué, nous le citons : « j’engage dès le début du quinquennat une réforme qui a vocation à donner une loi et un vote début 2018 ». Ce calendrier implique un travail parlementaire et de l’exécutif bien en amont, au second semestre 2017. Nous ne savons donc pas si la Ministre du Travail portera elle-même et seule cette réforme.

En effet, portant ce seul titre, elle apparait exclusivement dédiée à cette mission, là où ses prédécesseurs étaient Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social (sous Hollande), ou Ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville (sous Sarkozy), avec parfois jusqu’à quatre secrétariats d’Etat, dont un dédié aux ainés. Ce que l’ association des directeurs de maisons de retraite et services à domicile (AD-PA) a également souligné. L’association a réagi à la suite de l’annonce du gouvernement pour dénoncer qu’ « aucun ministre, et pas même un secrétaire d’État, ne représente les retraités et personnes âgées ».

Peut-être faudra-t-il attendre une recomposition gouvernementale, ou un complément après les législatives de juin. Sinon cette omission, compte tenu de l’importance du chantier qui s’étalera sur de nombreuses années, pourrait laisser entendre que Bercy, avec ou sans le Ministre de la Santé, seront les principaux ordonnateurs de cette reforme à venir.

M