L’Astuce

Un portrait de l’actionnaire individuel français

par | Jan 24, 2017 | Actualités

L’autorité des marchés financiers vient de publier ce mois-ci la 21ème Lettre de l’Observatoire de l’épargne. Elle y présente les résultats d’une étude réalisée par Opinionway pour Havas Paris portant sur les actionnaires individuels. Il s’agit de la seconde édition de cette enquête lancée en 2014, qui entend « dresser le portrait-robot de cet acteur économique méconnu ». L’étude présente un double intérêt, elle permet tout d’abord de nous renseigner sur le profil type de l’actionnaire individuel, elle dégage également des dynamiques en cours qu’il convient d’analyser.

Les premières informations mises en avant par l’étude, livrées telles quelles, peuvent paraître quelque peu caricaturales : « les actionnaires individuels sont majoritairement des hommes (72 %), âgés (62 % ont 50 ans ou plus) et financièrement plus aisés que l’ensemble de la population… ». Ce qui est logique – pour les deux dernières caractéristiques – et s’explique par le cycle de constitution de l’épargne et du patrimoine. Traditionnellement, on considère que l’épargne a – dans une première étape – pour but de permettre la réalisation d’un projet : l’acquisition de la résidence principale. Une fois l’investissement réalisé et amorti, l’épargnant peut alors se consacrer à la constitution d’une épargne qu’il pourra au fil du temps diversifier à travers les différents produits financiers. Ce qui explique que 82% des actionnaires individuels sont propriétaires, un chiffre supérieur à la moyenne nationale. Plus aisés que la moyenne des Français, car plus âgés, ils ont davantage évolué dans leur carrière professionnelle, ils perçoivent en conséquence des revenus plus élevés.

Le montant moyen du portefeuille se situe autour de 22.000 euros, c’est au fond quasiment l’équivalent d’un Livret A au plafond. Au premier abord ce montant apparaît décalé par rapport à ce que peut évoquer la description de cet épargnant « financièrement aisé ». Gardons toutefois à l’esprit que la détention d’actions s’inscrit dans une stratégie d’épargne globale et diversifiée, et par conséquent elle traduit un niveau d’épargne global potentiellement plus important. Le tiers des actionnaires individuels investissent moins de 10.000 euros, et par opposition seulement 9 % de ces investisseurs ont un portefeuille supérieur à 150.000 euros. On retrouve donc beaucoup de réalités économiques et financières différentes chez ces actionnaires individuels.

Au total les épargnants français bouderaient plutôt les actions. Ce qui s’explique notamment par une aversion prononcée au risque, mais aussi par l’apparente complexité de la constitution, de l’achat et du suivi du portefeuille. Selon l’enquête, 63 % des actionnaires individuels n’ont pas plus de 5 lignes en portefeuille, et 85 % des actionnaires détiennent des actions du CAC 40. On en déduit que les épargnants ayant fait le choix d’investir en actions, ont en quelque sorte trouvé la parade, en optant pour des portefeuilles resserrés d’actions françaises, ce qui facilite la gestion et la recherche d’informations.

On pourrait déplorer un tel état de fait car 55 % des actionnaires déclarent conserver leurs titres plus de 5 ans. Ils sont donc majoritairement dans une démarche d’épargne de moyen-long terme. A noter la nette progression de ce chiffre, puisqu’en 2014 ils étaient 44% à déclarer vouloir détenir leurs actions longtemps. Il faut peut-être y voir une réponse à la volatilité des marchés financiers. Face à l’instabilité, les épargnants auraient décidé de ne pas bouger, de s’inscrire dans une démarche de long terme.

D’une manière globale, il faut savoir que 44% des actionnaires individuels investissent dans le but d’assurer un complément de revenus pour leur retraite. Ce que l’on retrouve dans le comportement de l’épargnant traditionnel, puisqu’un français sur deux déclare épargner en vue de financer sa retraite (Etude Cercle des Epargnants 2016 : https://www.cercledesepargnants.com/sondage-2016-francais-lepargne-retraite/). Il s’agit là d’une épargne spécifique qui explique la démarche de long terme.

Parmi les récentes évolutions, entre les deux enquêtes réalisées (2014 et 2016), il faut noter un rajeunissement dans le profil type de l’actionnaire individuel. Désormais 38% d’entre eux ont moins de 50 ans, la part des plus de 65 ans qui était de 38% est passée à 32%. L’âge d’entrée en bourse se situe aux alentours de 33,6 ans. La digitalisation apparait comme l’autre grand phénomène porteur. 79% des actionnaires passent leurs ordres par internet, ils étaient 67% en 2014. Ce qui s’explique aussi bien du côté de la demande que de l’offre. Un rajeunissement du public concerné, c’est mécaniquement un public davantage « connecté ». D’un autre côté, il faut y voir le travail de digitalisation des fournisseurs : banques, assurances et courtiers. Des acteurs qui consacrent de plus en plus de moyens à l’amélioration et à la simplification de leur offre digitale. Un outil qui prend une place de plus en plus importante dans leur politique de distribution.

Le retour et un certain rajeunissement des actionnaires individuels s’inscrit dans une tendance récente de recherche de rendements alors que les placements obligataires ont vu leur rémunération s’effondrer ces deux dernières années. Il faut néanmoins espérer que cette tendance perdure et soit même encouragée : l’investissement de long terme sur les actions des entreprises cotées est un gage de soutien de l’activité économique.

 

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