L’Astuce

Le rôle de la fécondité dans l’équilibre du système de retraite

par | Jan 17, 2017 | Actualités

L’Institut national d’études démographiques (Ined), organisme public de recherche spécialisé dans l’étude des populations, vient de présenter les conclusions de son étude portant sur la fécondité en Europe au 20ème siècle. L’institut a tout particulièrement observé l’évolution de la proportion de femmes sans enfant sur notre continent, ce que l’on nomme l’infécondité.

La démographie, liée à la fécondité, est le principal facteur à prendre en compte dans la prévision d’équilibre d’un système de retraites. Le système français, tout comme les systèmes de nos voisins européens, doit faire face aujourd’hui à l’arrivée en retraite des générations du baby-boom. Or non seulement la part de la population en âge de prendre sa retraite augmente fortement, mais encore elle repose sur une population active moins nombreuse (effet de pyramide inversée). La pérennité financière du système se pose donc, tant l’effort supporté devient important. A cela s’ajoute un chômage structurel, particulièrement dans notre pays, ce qui veut dire que la totalité de la population en âge de travailler n’est en fait pas en activité et donc contribue insuffisamment au système de répartition.

Le taux de fécondité en Europe est de 1,7 enfant pour les femmes nées en 1974. Il faut au moins 2 enfants pour assurer le renouvellement des générations. Ce niveau est inférieur au taux de fécondité enregistré par les femmes nées dans les années 1930-1940, celles qui ont donné naissance aux enfants d’après-guerre, en moyenne 2,1 enfants, les dernières à avoir connu un taux supérieur à 2. Ce sont leurs enfants qui arrivent aujourd’hui en retraite et bouleversent l’équilibre des systèmes européens.

Le rôle de l’infécondité

Sur un siècle, lorsque l’on observe l’infécondité en Europe, c’est-à-dire le nombre ou pourcentage de femmes qui n’ont pas eu d’enfant, dans l’ensemble ou par régions comparables, on aperçoit une courbe en U. Cette évolution, en fonction de la période et des zones, s’explique par des facteurs géopolitiques, économiques, culturels et politiques. Ainsi la proportion de femmes sans enfant dans la première partie du 20ème siècle est élevée, entre 17% et 25%. Elle s’explique notamment par la Première Guerre mondiale qui a généré du célibat forcé et bouleversé « le marché matrimonial ».

Après la seconde guerre mondiale, la forte croissance économique qui caractérise cette période, le développement de la protection sociale, la confiance retrouvée après des années de guerre ont favorisé les naissances. Si bien qu’à cette époque neuf européennes sur dix ont eu un enfant, c’est le taux d’infécondité le plus faible de tout le siècle : 10%. Les explications fournies ci-dessus correspondent au schéma Ouest-européen. A l’Est, derrière le rideau de fer, le taux d’infécondité suit la même tendance, ce sont même plus de neufs femmes sur 10 qui ont eu un enfant après la guerre. Cependant, les raisons ne sont pas les mêmes, ce taux résulte d’une pression sociale et de la mise en place de politiques natalistes.

Aujourd’hui, en moyenne les femmes n’ayant pas d’enfant représentent 14% du total des femmes, soit à peu près une femme sur sept est sans enfant. Elle suit une tendance haussière qui ne s’explique plus par la géopolitique. L’étude liste une série d’évolutions économiques et culturelles qui ont pu éloigner les hommes et les femmes de la parentalité telles que : « une contraception efficace, un début de vie en couple et une arrivée des enfants plus tardifs, une instabilité plus grande des unions, le souhait d’avoir avant tout un emploi alors qu’ils sont de plus en plus instables, l’incertitude économique croissante. »

La baisse tendancielle de la fécondité en Europe induit une baisse de la natalité alors que nous assistons à une phénomène remarquable de rallongement de l’espérance de vie à la retraite. Notre système de protection sociale entièrement fondé sur la répartition (les générations actives payent les retraites) est donc en train de pousser un rocher de Sisyphe vers un sommet de plus en plus haut.

En l’état les pistes initiales de réflexion sont de deux ordres principalement :

  1. Report de l’âge de la retraite afin de rallonger le temps de cotisation des personnes encore en pleine santé et réduire le temps d’inactivité ;
  2. Recours à des modes d’assurance complémentaire, permettant de réduire l’écart entre le revenu d’activité et le revenu de la retraite.

Dans tous les cas, la situation explique en bonne partie pourquoi le taux d’épargne des ménages tend à rester élevé dans la plupart de nos pays. L’inertie de ces tendances est telle que certains pays comme l’Allemagne voient d’ores et déjà leur population active diminuer. Une inversion à court terme de cette tendance, selon l’OCDE, ne peut venir que d’un accroissement externe de la population (migration). A terme, on peut aussi imaginer le renforcement des politiques familiales (incitations fiscales, développement d’infrastructures d’accueil et de prise en charge des enfants en bas âge, afin de facilité l’activité des mères, etc…)

Disons-le, ce phénomène concomitant de la baisse de la natalité et de la mortalité dans nos pays est, dans cette ampleur, sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Est-il réversible ? Pas à très court terme.

Peut-être un jour, les robots paieront-ils pour nos retraites ? Peut-être qu’un rebond de la fécondité se produira (ce fut le cas tout à fait inattendu du baby-boom, après les « classes creuses » qui ont suivi la première guerre mondiale ) ? Il reste une part d’incertain dans le comportement humain.

 

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