L’Astuce

Patrimoine des Français : le poids de l’immobilier

par | Déc 6, 2016 | Actualités

Les ménages français sont connus pour leur forte propension à épargner, la partie non consommée du revenu leur permettant de se constituer un patrimoine. Selon l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE), le patrimoine médian des ménages vivant en France est de plus de 158.000 euros brut (2015). Le patrimoine brut moyen est lui plus important, il représente 269.100 euros.

Ce patrimoine est majoritairement non-financier : il est constitué à 61% de biens immobiliers. En fait nous pourrions quasiment le réduire à la résidence principale. Elle « représente 85% de la valeur des biens immobiliers des ménages en détenant. ». 6 ménages sur 10 sont propriétaires de leur résidence principale. A noter toutefois qu’un tiers sont des accédant, ce qui signifie qu’ils doivent encore rembourser un emprunt. L’acquisition de la résidence principale est au cœur de la stratégie d’épargne des ménages français. Pour les moins de 35 ans, le financement de l’acquisition d’un bien immobilier est un sérieux motif d’épargne : 35% contre 17% pour l’ensemble de la population (Enquête Cercle 2016).

Le patrimoine est inégalement réparti entre les différentes catégories socio-professionnelles. Pour les professions libérales, il est en moyenne de 749.500 euros, un chiffre à comparer aux 90.100 euros des ouvriers non-qualifiés. Cette différence s’explique par le patrimoine professionnel et par la diversification du patrimoine (épargne notamment). On pourrait penser que pour arriver à de tels niveaux les professions libérales se sont lourdement endettées. Proportionnellement ce n’est pas plus vrai que pour les ouvriers ou les employés. La différence entre patrimoine brut et net est de -17,93% pour les professions libérales, -19,64% pour les ouvriers non qualifiés et -20,43% pour les employés.

Le patrimoine est fonction du niveau de ressources et de l’âge des individus, il a un caractère cumulatif. C’est vrai jusqu’à 70 ans, âge à partir duquel le patrimoine commence à diminuer. A cet âge, le patrimoine moyen brut est de 287.900 euros, contre 354.100 pour la tranche d’âge précédente (60-69 ans). Il a aussi un caractère reproductif, il dépend du patrimoine familial qui est transmis par héritage ou donation. A titre de comparaison, les ménages bénéficiaires d’une transmission, pour la moitié d’entre eux, ont un patrimoine de 242.900 euros contre 72.100 pour la moitié de ceux qui n’en ont pas bénéficié.

L’Insee souligne que les inégalités de patrimoine baissent peu, particulièrement pour les ménages les plus modestes. Elles sont « beaucoup plus marquées que celles des revenus ». La faiblesse des taux a toutefois permis de resolvabiliser bon nombre de ménages primo-accédant qui peuvent désormais se constituer un patrimoine immobilier. Ainsi entre 2010 et 2015, parmi les ménages les plus jeunes (moins de 30 ans), la part de primo-accédant a augmenté de 4,2 points. Cet accès à la pierre se faisant par le crédit, cela se traduit par une hausse du poids de l’endettement dans leur patrimoine : +9 points sur la période.

L’immobilier est au cœur de la stratégie d’investissement des ménages. Ils y voient un actif stable qui permet de préparer leur retraite. Pour les plus jeunes, l’immobilier constitue un motif d’épargne. Ils y consacrent une épargne dédiée par le biais du Livret A et du Plan Epargne Logement. Une fois la résidence principale remboursée, ces ménages peuvent diversifier leur patrimoine avec des produits d’épargne variés, l’assurance-vie notamment.

Ce schéma semble se reproduire chez les jeunes ménages. Cependant, compte tenu du niveau des prix de l’immobilier et de la faible augmentation des salaires, le niveau d’endettement des ménages tend à croître. En conséquence, l’effort sera plus long, il devra être davantage lissé dans le temps. En 2017, il faudra suivre avec attention l’évolution des taux d’intérêt, dont dépendent les crédits immobilier, pour savoir si l’accession à la propriété est encore possible. A défaut cette mécanique pourrait sérieusement se gripper et perturber le modèle de constitution de patrimoine à la Française.

M