L’Astuce

Des épargnants déboussolés

par | Nov 22, 2016 | Actualités

La Banque de France vient de publier le baromètre (trimestriel) de l’épargne des ménages, l’occasion d’observer les principaux produits d’épargne. Au deuxième trimestre 2016, le taux d’épargne des ménages français s’établit à 14,6% du revenu disponible brut. Il était de 14,5% sur l’ensemble de l’année 2015 ( et 14,4% en 2014). Si ce taux est globalement stable à un niveau assez élevé dans la moyenne de l’OCDE, les dynamiques enregistrées ces derniers mois le sont beaucoup moins. Ce qui illustre les difficultés que rencontrent les épargnants pour se positionner dans un marché « mouvant ».

En 2015, les produits réglementés ont entamé un processus de « normalisation » des taux, qui a eu des effets importants sur le comportement d’épargne des ménages. Ainsi, le Livret A, « placement préféré des Français » a enregistré une forte décollecte. Le produit n’était plus alors considéré comme compétitif du fait de la baisse historique de son taux à 0,75% (1er août 2015). En franchissant le seuil symbolique des 1% (et alors même qu’il restait supérieur à l’inflation), il a été boudé par les français. En 2016, cette baisse semble désormais « digérée », compte tenu de la baisse de l’ensemble des rémunérations et d’une inflation quasi nulle. Il se porte donc relativement mieux, alternant toutefois des mois de collecte positive et négative. L’hémorragie stoppée, les encours représentent 258 milliards d’euros (contre 244,6 milliards d’euros au 31 décembre 2015). A noter également que cette amélioration concerne les livrets dans leur ensemble.

En 2015, cette épargne qui cherchait une alternative, a bénéficié au Plan Epargne Logement (PEL), qui avec ses 2,5% de rémunération a connu un fort dynamisme. Son taux étant désormais de 1% (depuis août 2016), son rythme de collecte marque clairement un ralentissement : 5,5 milliards d’euros, 4,7 milliards et 3,7 milliards sur les trois premiers trimestres de l’année. Des chiffres qui ne permettront sûrement pas d’atteindre les 22,6 milliards d’euros de collecte de l’année 2015. Si le ralentissement est réel, avec un encours de 270 milliards à la fin du second trimestre (en légère augmentation), le produit reste prisé. Les épargnants ayant souscrit des contrats avant 2016 y voient un produit rémunérateur et sécurisé.

Autre alternative plus surprenante : les dépôts à vue. En 2015, ils ont gonflé de 35 milliards d’euros. Sur les trois premiers trimestres de l’année en cours la dynamique se poursuit avec encore 25,3 milliards d’euros supplémentaires. Cela traduit l’indécision des épargnants : aucun produit ne trouve grâce à leurs yeux. Ainsi plus de 400 milliards d’euros dorment sur les comptes courants.

Véritable produit préféré des Français, avec ses 1620 milliards d’encours à fin septembre, l’assurance-vie continue d’enregistrer des collectes positives sur l’année 2016. Un bémol toutefois, sur le mois de septembre, l’assurance-vie a enregistré une collecte nulle, la première depuis 32 mois. Cela s’explique en partie par la polémique suscitée par l’article 49 de la loi Sapin II, qui permet de geler les rachats sur les contrats d’assurance-vie en cas de circonstances graves et exceptionnelles. Mais au-delà la question de la baisse durable de son rendement se pose. Si l’assurance-vie reste plus compétitive que les produits cités plus haut il apparaît compliqué à long terme de maintenir des niveaux élevés de rendement dans le contexte actuel. Cependant, en cas de baisse significative de ces derniers, l’assurance-vie offre toujours aux épargnants la possibilité de choisir les unités de comptes, plus rémunératrices.

Le contexte économique (croissance et inflation quasi-nulles), la politique monétaire (taux directeurs négatifs et rendements temporairement négatifs et très proches de zéro même sur des maturités longues) ont modifié le paysage. Les ménages semblent désabusés par l’offre de produits d’épargne et cherchent la « bonne » stratégie. Alors même que pour le moment, les taux servis offrent un rendement réel encore appréciable. Le Livret A, même à 0,75%, reste décorrélé du niveau d’inflation. Par la même occasion, il s’écarte de sa mission de financement de la construction du logement social (trop cher). Idem pour le PEL, qui s’éloigne de son but, en raison de la faiblesse des prêts immobiliers pratiqués. Le rendement de l’assurance-vie, de son côté, ne reflète pas le niveau actuel des obligations. Si ce contexte économique et monétaire devait se prolonger il deviendrait difficile pour les acteurs économiques de garantir à la fois le capital et de fournir une rémunération satisfaisante. Les épargnants à la recherche de sécurité devraient rogner sur la « performance », et inversement ceux qui cherchent le rendement, devraient accepter une part supplémentaire de risque. Pour le moment, ils pencheraient plutôt pour la sécurité : entre le premier et le second semestre, les encours des produits non risqués affichent une hausse de +18,6 milliards d’euros, et les produits risqués une baisse de -8,2 milliards d’euros.

Le rapport de la Banque de France permet donc de confirmer les tendances et les attentes des français pour leur épargne. Les nouvelles réglementations d’une part, la baisse des rendements d’autre part, conduiront probablement à revoir les arbitrages entre véhicules d’épargne, tandis que les institutions chercheront à diversifier leur offre pour répondre aux attentes du public. Dans l’ensemble, on peut s’attendre à ce que les français restent attachés à maintenir un niveau d’épargne élevé du fait de la perspective du vieillissement général, comme des incertitudes qui pèsent sur leur parcours de vie.

 

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