L’Astuce

Travail des séniors et chômage des jeunes

par | Oct 25, 2016 | Actualités

Le conseil d’orientation des retraites (COR) s’est réuni le 19 octobre dernier pour plancher sur le « Report de l’âge de la retraite » et ses effets macroéconomiques. Concrètement, les membres du COR se sont donnés pour mission de répondre à la question suivante : faire travailler les Français plus longtemps accentue-t-il le chômage des jeunes ?

Le relèvement de l’âge de départ en retraite (durée de cotisation) est l’un des trois leviers pour assurer l’équilibre du système des retraites, avec le niveau de cotisations et la baisse des pensions. Il a été utilisé à plusieurs reprises par le passé comme dans de nombreux pays. Il pourrait l’être à nouveau dans le cadre d’une nouvelle réforme. L’actualité politique, à savoir la primaire de la droite et du centre, renforce cette idée, puisque tous les candidats y sont favorables. En fait cette mesure pourrait être proposée par n’importe quel Gouvernement, dans la mesure où le système montre des signes de fragilité financière. Parmi les membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques, les Français bénéficient actuellement de la plus longue période de retraite (en moyenne 5 années de plus). A terme, une convergence vers des niveaux proches de nos voisins européens ne peut être exclue. La question de l’impact d’un relèvement de l’âge de départ en retraite sur notre économie, est donc capitale. L’allongement de la durée d’activité des générations plus âgées aurait-il pour conséquence de condamner les jeunes à rester en-dehors du marché du travail ? Il ne faudrait pas, en voulant sauver les retraites, condamner les jeunes générations et notre économie.

A la lecture des études récentes, le « taux d’emploi des 55-64 ans a fortement augmenté au cours des 20 dernières années ». Les réformes produisent donc leurs effets, la dynamique est enclenchée. On peut toutefois y apporter au moins deux nuances :

  • Les réformes passées sont suffisamment lissées et leurs effets progressifs, pour ne pas « condamner » du jour au lendemain des millions de personnes au « travail forcé ». Des dispositifs, telles que les carrières longues notamment, des « avantages » propres à certains régimes, permettaient et permettent de réduire ce seuil et ses externalités. Si bien que la poursuite de l’activité des séniors n’est pas si mécanique et automatique
  • Les séniors, sont par ailleurs et comme l’ensemble des autres catégories de la population, touchés par le chômage. Si bien, qu’au final, entre 2004 et 2013, l’espérance de la durée de l’emploi a augmenté d’environ un an pour les 55-59 ans.

Le COR juge « peu probable » la causalité entre chômage des jeunes et emploi des séniors. Pour justifier ce diagnostic, ses experts mettent en avant la différence des postes occupés entre jeunes et séniors, et le besoin en capital humain qui en découle. Pour le Conseil, l’emploi des séniors ne détériore pas la situation professionnelle des jeunes. Il va même plus loin, puisqu’il trouve des bénéfices au phénomène. Les économies réalisées par la poursuite de l’activité professionnelle des plus « vieux » permettraient de limiter les hausses de cotisations pesant sur les générations suivantes, et donc au final de favoriser l’emploi des plus jeunes en limitant le coût des charges et le besoin d’épargne.

Il convient toutefois de nuancer les économies réalisées sur notre protection sociale. Des économies sur les retraites se reportent vers d’autres comptes sociaux. Ce que le Conseil nomme « effets de déversements ». Avec le relèvement de l’âge de la retraite, des économies dans le système de retraite sont synonymes de dépenses nouvelles d’invalidité, de chômage ou de minima sociaux. Selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, sur les 14 milliards d’économies générées par le passage de l’âge de 60 à 62 ans, il faut décompter deux milliards d’euros de « déversement » (hors chômage). Il faut donc mesurer l’intégralité des effets de la mesure pour apprécier la situation. Une fois ce travail réalisé, le bilan reste au final nettement favorable pour les comptes publics.

Qu’en est-il d’une éventuelle nouvelle hausse ?

Si le retour d’expérience permet au Conseil de démontrer les effets positifs des réformes passées, nous pouvons tout de même nous interroger sur les effets de hausses supplémentaires. Les mécanismes pourraient être différents.

  • Par exemple, les effets de déversements pourraient s’accentuer, et au final effacer en grande partie les gains attendus.
  • Ou l’équilibre entre travail des jeunes et des séniors pourrait être perturbé.

Selon le COR, qui se base sur les travaux de la direction du Trésor, ce ne serait pas le cas. Des hausses à 63, 64 et 65 ans auraient des effets positifs sur l’activité économique. L’impact de chaque relèvement serait une hausse de 0,7 points de PIB, une création de 200.000 emplois et une amélioration du solde des administrations publiques de 0,4 point de PIB.

En revanche, le Conseil s’interroge sur le niveau de productivité des séniors : l’augmentation de la masse salariale par le maintien des séniors en activité n’aurait pas le même effet sur la productivité que l’augmentation de la population active des tranches les plus jeunes. Selon une étude du Fonds Monétaire International, le vieillissement de la population active engendrerait une baisse de 0,2 point par an de la croissance en Europe dans les prochaines années. La productivité est la variable clé du système des retraites, c’est sa croissance (1,5%) qui permet la croissance de l’économie et la pérennité du système. Pour sauver les retraites et notre modèle de protection sociale, il nous faut renouer avec une croissance plus soutenue. Le ralentissement démographique ne pourra être compensé complètement par le report de l’âge de la retraite.

 

 

Réunion du COR du 19 octobre 2016 – « Report de l’âge de la retraite : effets macroéconomiques » | http://www.cor-retraites.fr/article475.html

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