L’Astuce

Epargnants : où en sont-ils ?

par | Oct 4, 2016 | Actualités

Plus de 4460 milliards d’euros d’épargne, nous le savons, la France est un pays d’épargnants (https://www.cercledesepargnants.com/francais-epargnent-autant/). Moins fréquents sont les dynamiques et mouvements survenus ces derniers mois, entre et au sein des grandes catégories de produits d’épargne. Ils s’expliquent par deux raisons : d’un côté par un arbitrage entre produits sécurisés et risqués (plutôt une constante), d’un autre par les bouleversements des taux sur les marchés (et indirectement sur les produits réglementés). Les politiques monétaires, dans le monde, entendent continuer leur action pour maintenir les taux longs aussi bas que possible (Etats-Unis, zone euro, Royaume-Uni et plus encore Japon). Ceci n’empêche pas les soubresauts liés à la remontée des taux aux Etats-Unis : elle devrait avoir lieu en décembre et être très graduelle. Ceci n’empêche pas non plus les effets des actions politiques : élection présidentielle américaine et hausse possible du pétrole, en liaison avec les accords en cours à Alger puis à Vienne.

Les Français épargnent – toujours – par précaution. C’est ce que nous confirme une nouvelle fois le sondage Odoxa et LinXea réalisé pour Le Parisien. Les Français s’inquiètent pour « l’avenir de leur situation économique personnelle » (46%) et, à plus long terme, pour leur retraite (44%). Leur aversion au risque n’est plus à prouver : 70% des sondés considèrent les placements à risque comme dangereux et non comme la possibilité de gagner éventuellement plus. Ils sont plus « frileux » que leurs voisins allemands (51%), britanniques (57%), ou espagnols (60%). Ils épargnent aussi davantage pour leur retraite que leurs voisins européens.

Comment cet état d’esprit se traduit-il dans les encours ?

Comme toujours, l’assurance-vie enregistre une collecte annuelle positive et atteint un encours de 1.617 milliards d’euros. Sur les huit premiers mois de l’année, ce sont ainsi 15,8 milliards d’euros de collecte nette. La dynamique est toutefois, sur la même période, moins bonne qu’en 2015 (16,6 milliards d’euros de collecte nette). Elle s’explique par un mois d’août peu porteur. Avec seulement 0,5 milliard d’euros de collecte nette, c’est sept fois moins que le mois précédent (juillet et ses 3,5 milliards d’euros).

Les supports en fonds euros (avec garantie de capital) représentent 81% de la collecte, contre 79% l’année dernière. Les supports en unités de compte, placés en partie en actions (plus risqués) représentent 19%, une proportion en léger recul donc. Il faudra surveiller, dans les mois à venir, si la « panne » du mois d’août est bien conjoncturelle. Pour le moment, l’assurance-vie offre toujours la sécurité recherchée. Elle bénéficie d’un cadre fiscal. Elle enregistre encore des rendements supérieurs à la concurrence (Plan Epargne Logement), mais les rendements des fonds euros pour l’année à venir devraient diminuer une nouvelle fois, pour tendre vers des performances plus proches des taux de marché. Nous verrons alors, si l’assurance-vie répond aux attentes des épargnants, à l’arbitrage sécurité/performance. Cette dernière est tout de même bien armée. L’assurance-vie permet de combiner des fonds euros avec des unités de compte, c’est-à-dire améliorer la performance tout en garantissant en partie son capital. Théoriquement, elle peut ainsi répondre à la problématique d’une diminution des rendements des fonds euros.

Le retour du Livret A !

Quelques mois en arrière, le Livret A enregistrait de la décollecte. Sur l’année 2015, le Livret A a perdu -2,7% de ses encours. Les épargnants retiraient leur argent de leur Livret A, face au faible rendement offert (plus bas historique de 0,75%). On assistait même à un arbitrage irrationnel, celui de voir les Français laisser leur argent sur leur compte courant, plutôt que de le placer sur un Livret A, tant le rendement était jugé dérisoire. Depuis, les épargnants semblent avoir digéré le nouveau taux. Si le taux de 0,75% n’est pas mirobolant à première vue, il reste intéressant, étant donné le faible niveau d’inflation, et le faible niveau des taux. Avec une inflation proche de zéro, ce rendement brut est un rendement net ! De plus, le Livret A est un produit réglementé qui bénéficie d’une exonération fiscale, donc le rendement affiché en brut, correspond au net. Et lorsqu’on le compare au Plan Epargne Logement, dont le taux est tombé à 1% depuis le 1er août 2016, soit 0,84% après prélèvements sociaux, on comprend mieux le regain d’intérêt et la performance enregistrée par le Livret A au même moment. Au mois d’août, le Livret A enregistre une collecte nette de 1,14 milliards d’euros (le LDD 250 millions d’euros), et vient confirmer et accentuer la tendance des huit derniers mois (2,12 milliards d’euros sur la période). Un rendement de nouveau proche des produits concurrents, de la flexibilité, et surtout une sécurité, expliquent le renouveau du Livret A.

Avec la politique menée par les Banques centrales, et in fine la remontée des taux (qui finira bien par arriver, même si elle est aussi contrôlée que possible), les décisions des pouvoirs publics pour les taux des produits réglementés (en lien avec l’utilité et le coût de cette épargne), le niveau d’inflation, la croissance économique (peur de l’avenir) : voilà autant de facteurs à surveiller ces prochains mois, pour comprendre et analyser les flux d’épargne de demain.

 

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