L’Astuce

La protection sociale, un patrimoine précieux et coûteux

par | Août 9, 2016 | Actualités

La protection sociale, très présente dans notre pays, et aussi sur notre continent, permet de couvrir, de manière collective les risques liés à la santé (maladie, invalidité ou accidents), à la vieillesse (très majoritairement la retraite), la pauvreté et exclusion, l’emploi (chômage). Au fil des dernières années, son poids financier et son importance, n’ont cessé de croître. Ceci en parallèle d’une évolution démographique et économique, qui selon bon nombre d’observateurs, remet en question la pérennité de son financement. Il s’agit d’un modèle qui a la caractéristique de s’apprécier sur le long terme. Si bien qu’il convient de se poser dès à présent la question de son évolution, et des éventuelles corrections qu’il conviendrait de lui apporter. Car les réformes prises aujourd’hui, ne produiront des effets que beaucoup plus tard. C’est le cas des réformes des retraites ou des initiatives en matière de santé publique notamment. La majorité des Français sont nés dans ce modèle social, l’ayant reçu en héritage, ils ont à cœur de le transmettre.

Le constat, pourquoi notre protection sociale est-elle menacée ?

L’allongement de l’espérance de vie, si elle est une bonne nouvelle, n’est pas sans conséquences sur le bilan des comptes sociaux. Cette dernière a pour effet mécaniquement de peser sur les budgets destinés à la Santé, ainsi que sur la Vieillesse, les deux plus gros budgets de notre sécurité sociale. Pour illustrer le phénomène qui concerne également nos voisins européens, selon la DREES, « la part de la population âgée de 80 ans et plus devrait passer, dans l’UE 28, de 5 % en 2013 à 9 % en 2040 et à près de 12 % en 2060 ». Ce pourcentage devrait même atteindre 15 % en Espagne ou dépasser les 13 % en Allemagne et en Italie. Ce qui implique bien entendu une hausse des dépenses en proportion. Pour la France, la Commission européenne estime que ses dépenses en soins de longue durée devrait passer de 2 % du PIB à 2,9 % du PIB à horizon 2060.

Les retraites sont également concernées, car la période d’activité professionnelle se trouve relativement contractée, du fait de l’allongement du temps passé en retraite. Les pouvoirs publics, à l’échelle européenne, ont entrepris des démarches visant à allonger la période d’activité en repoussant l’âge légal de départ en retraite. Cette piste est également évoquée en France parmi les prétendants de la droite à l’investiture pour la Présidentielle, ou encore à l’étranger par le Ministre des Finances du voisin allemand. Mais d’un autre côté, le dispositif démontre des signes de faiblesse dans certains pays, notamment du Sud, touchés par un chômage important. Ainsi en Italie, la question de l’impact et de la soutenabilité de la dernière réforme se pose, puisqu’en considérant le taux de chômage tout au long de la carrière professionnelle, il apparait difficile pour les nouvelles générations de valider leur retraite avant 75 ans (selon l’institut national de prévoyance social).

Pour le moment, la France a ralenti le rythme de ses dépenses en prestations sociales. Mais elles augmentent toujours. Elles représentent 690 milliards d’euros en 2014, en hausse de +2,2%. Ce qui est élevé : la France est l’un des pays les plus « généreux » en la matière. Et surtout le rythme des dépenses reste supérieur à la croissance du PIB (1,2% en 2014). Pour le moment, la France a eu tendance à augmenter les ressources ou à laisser filer les déficits, plutôt que de diminuer réellement ses dépenses. Les ressources ont augmenté de +2,5% en 2014, après des hausses de +2,9% en 2013 et +3,8% en 2012. Il s’agit là de hausses de cotisations qui pèsent au final sur l’économie française. Ce qui n’encourage pas la croissance dont a besoin le système pour se financer. A terme, ces prestations auront généré une dette qu’il faudra bien rembourser, tôt ou tard. Si on veut éviter les scénarios espagnols et italiens de l’après crise, où les prestations sociales ont diminué, il faudra réformer. L’économie doit être libérée, en relâchant notamment la pression fiscale. Il faut s’adapter à la mondialisation et former les individus en conséquence, pour permettre le retour de la croissance, seule solution pérenne au maintien de notre système de protection sociale. Ainsi, sauvegarder « le patrimoine de la protection sociale » ne va pas de soi, cela doit commencer au plus vite, avec les explications et mesures qu’il faut.

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