L’Astuce

« Plus besoin de reculer l’âge de départ à la retraite ! »

par | Août 2, 2016 | Actualités

Mi-juillet, le comité de suivi des retraites (CSR) a rendu au Premier Ministre son avis annuel. Le comité, créé en 2014 (loi retraites), a pour but d’évaluer si le système des retraites respecte les objectifs fixés par la loi, à savoir : niveau de vie des retraités, équité entre assurés, pérennité financière. Pour réaliser cet exercice, le CSR se base sur les simulations du Conseil d’Orientation des Retraites (COR). Comme nous l’avons vu dans nos récents travaux, le COR a présenté des résultats plus favorables à court et moyen terme en comparaison avec l’année passée. Principalement parce qu’il intègre dans ses calculs les effets des accords sur les retraites complémentaires AGIRC-ARRCO qui vont générer 6,1 milliards « d’économies » dans les années à venir. Il a également pris en compte un taux de croissance constaté plus important que prévu pour l’année passée. On parle toutefois d’un besoin de financement à horizon 2020 de -0,2% du PIB (4 milliards d’euros), contre -0,4% l’année dernière. On parle donc bien toujours de déficit, et au final d’une accumulation de déficits.

Pour le CSR, « la situation et les perspectives du système des retraites ne s’éloignent pas de façon significative des objectifs définis par la loi ». Il parle même d’une « amélioration lente mais sensible », et met en avant le fait que « dans des scénarios économiques favorables, le système tend vers l’équilibre financier, voire l’excédent ». Selon la presse, et les observateurs, le CSR est très optimiste ou enthousiaste. Ce n’est rien en comparaison de l’accueil fait par la classe politique de l’avis annuel.

Le Premier Ministre y voit « le très net rétablissement de notre système de retraites » et parle de « la voie d’un équilibre financier durable ». Pour la Ministre des Affaires sociales, « la question de l’âge du départ en retraite n’a plus aujourd’hui de raison d’être posée ». Vous l’aurez compris la campagne présidentielle est lancée.

Plus sérieusement, c’est le problème du test de différents scénarios qui permet à chacun de voir les résultats qu’il veut bien voir. Par ailleurs, il convient de rappeler que les travaux du COR s’ils prennent en compte les récentes économies de l’accord AGIRC-ARRCO, ils ne prennent pas en compte le coût du compte pénibilité, estimé par le Gouvernement à 600 millions d’euros d’ici 2020.

Plus intéressant, la Présidente du CSR encourage le gouvernement à se montrer pro-actif. C’est-à-dire ne pas attendre l’accumulation de déficits, qui nécessite toujours une réforme à mener rapidement, dans la douleur. Ainsi elle met en avant le rapprochement des modes de calcul des régimes, une harmonisation des règles liées aux avantages familiaux et pensions de réversions.

L’exécutif a joué la carte de l’optimisme, ce qui ne sera peut-être pas suffisant pour rassurer les Français sur le sujet. Sondage après sondage, ces derniers sont très inquiets concernant la pérennité et le niveau des retraites futures. La position de l’exécutif est prise en réaction (stratégique) aux programmes des candidats à la primaire de la droite qui quasiment tous préconisent un allongement de la durée de cotisations et une fusion des régimes privés et publics. Mais le Gouvernement est peut-être l’arroseur arrosé dans cette histoire puisque les syndicats, forts de cette « bonne » nouvelle, n’ont pas tardé « à réclamer une indexation des pensions sur les salaires et non plus sur les prix » (un changement dû à M. Balladur en son temps), pour « rechercher une stabilité des taux de remplacement et assurer le maintien du niveau de vie des retraités actuels et futurs ». Une chose est sûre, nous n’avons pas fini d’entendre parler du sujet d’ici 2017.

 

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