L’Astuce

Le Brexit, ses conséquences sur le comportement d’épargne

par | Juil 12, 2016 | Actualités

Difficile d’éviter le sujet, tant il monopolise les médias, à juste titre. Ce qui n’était qu’une hypothèse est devenu réalité. Le Royaume-Uni, son peuple, a émis le souhait de quitter l’Union Européenne.

Que s’est-il passé depuis le 23 juin dernier ?

Si certains redoutaient un violent krach boursier, il convient de constater que les marchés ont plutôt bien résisté, mais ont baissé bien sûr. Le Brexit a eu pour effet d’accroitre deux caractéristiques présentes avant le 23 juin : la volatilité des marchés financiers et la baisse des taux (négatifs).

Le Brexit ouvre une période de grande incertitude. Puisqu’il s’agit d’un phénomène jamais observé qu’il faut désormais mesurer. Ce que n’aiment pas les marchés. Et ils nous le montrent. Chaque jour ou presque depuis cette date, nous voyons apparaître un nouveau risque. Un jour plane l’ombre d’une guerre des monnaies, excessif. Un autre, c’est le spectre d’une bulle immobilière qui explose qui apparaît, les prix baissent sans pour autant s’effondrer. Le lendemain ce sont les banques qui sont pointées du doigt, en liaison avec l’immobilier. Autant de menaces, autant d’attaques qui mettent à rude épreuve la solvabilité des institutions financières. A chaque fois, la situation peut dégénérer en une nouvelle crise financière. C’est bien pourquoi la Banque d’Angleterre a dit très clairement qu’elle serait présente pour aider.

Ainsi aussi, la semaine dernière, la question des banques italiennes et de leurs créances « douteuses », est ressortie. Le sujet est suffisamment important, nous parlons de 360 milliards d’euros. Pourtant la question italienne existait déjà avant le Brexit. Le sujet n’est plus perçu de la même façon depuis. Cet exemple illustre assez bien le rôle de la confiance dans le système. Pour résumer, le Brexit a des conséquences directes et mécaniques, et d’autres indirectes, moins limpides. Prévoir les deux, c’est tout l’enjeu pour les acteurs économiques.

Flight to quality

Une grande volatilité sur les marchés fait toujours fuir les investisseurs et épargnants. C’est le fameux Flight to quality. En période de forte instabilité, ces derniers se réorientent pour obtenir davantage de sécurité. Ils vont chercher à se protéger. Pour se faire, traditionnellement les obligations ont la cote. C’est le cas encore une fois, même à partir de taux déjà très bas. Ils se sont même aventurés en territoire négatif. C’est le cas du Japon, de l’Allemagne désormais, et de la Suisse… jusqu’à 50 ans ! Un mouvement qui a pour conséquence de prolonger partout la baisse de ces taux déjà pourtant bien bas. Ce mécanisme aboutit à une situation économiquement et difficilement compréhensible, à savoir payer pour prêter de l’argent : c’est le prix du refuge ! Même si la volatilité n’est pas une nouveauté propre au Brexit, même si les taux bas (et négatifs) ne sont pas nouveaux non plus, ce dernier a pour effet d’accroître très fortement leurs amplitudes et niveaux.

Qu’en est-il des épargnants français et de leurs 4.461 milliards d’euros d’épargne ?

Sur le premier semestre pré-Brexit, les ménages ont conservé leur stratégie marquée par la recherche de la sécurité. Ceci est une caractéristique française, accentuée par le climat d’instabilité qui règne. D’après l’Observatoire de l’épargne réglementée, les actifs non risqués détenus par les épargnants français représentent ainsi 127% du Produit Intérieur Brut (PIB), contre 109% dans la zone euro et 72% aux Etats-Unis. Inversement, les actifs risqués détenus représentent 77% du PIB (contre 241 % aux Etats-Unis et 93% pour la zone euro).

Dans ce contexte, et sans surprise, l’assurance-vie continue sa (bonne) dynamique. Les sociétés d’assurance ont collecté depuis le début de l’année 59,4 milliards d’euros (fin mai 2016). Ce chiffre est supérieur aux 57 milliards d’euros de l’année passée, sur la même période. Les versements sur les supports unités de compte représentent (toujours) à peu près 20%. L’assurance-vie offre la sécurité recherchée par la garantie des fonds euros, et la performance, par des taux supérieurs aux autres produits. Même si ces taux sont amenés à diminuer. Les autorités ne cessent d’ailleurs d’en faire la demande aux assureurs. Mais l’essentiel est ailleurs.

Les épargnants ont bien compris la situation et son enjeu. Si la baisse des taux a fait grincer les dents des épargnants, aujourd’hui elle est intégrée. Les épargnants souhaitent en effet garantir, préserver, ce capital. Raison pour laquelle le Livret A, pourtant boudé en 2015 (-9,29 milliards d’euros d’encours), enregistre plusieurs mois de collecte positive en 2016. Le livret A dont la rémunération est de 0,75% et dont la rémunération pourrait tomber à 0,25%, si l’on appliquait purement sa formule de calcul (politiquement inenvisageable), a l’avantage d’être sécurisé. L’Etat garantit à 100% les placements. C’est la clé de ce « succès », sans oublier l’absence de fiscalité. Autre produit (réglementé lui aussi) qui a enregistré une dynamique au premier semestre 2016, le Plan Epargne Logement (PEL). Le PEL qui a vu sa rémunération passer de 2% à 1,5% voit pourtant son encours augmenter de 3% au premier trimestre. Ce sont même 920.000 plans qui ont été ouverts sur cette période. La raison est la suivante : le changement de taux est intervenu au 1er février. Les épargnants y vont une « bonne affaire ». Ils se sont précipités, une dernière fois, durant janvier, sur ce produit sécurisé, qui offre une rémunération garantie.

Dans les mois à venir, les épargnants vont rechercher la sécurité. La plus grande partie de l’épargne étant déjà constituée de produits sécurisés, les épargnants français sont déjà en phase avec la situation. Pour ceux qui ont la chance d’avoir des contrats anciens, rémunérateurs, ils vont continuer de les alimenter. L’assurance-vie et les produits réglementés, tant qu’ils offriront des rémunérations décorrélées du marché, devraient capter l’épargne nouvelle. Mais il ne faut pas cacher qu’il s’agit là d’une situation temporaire.

 

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