L’Astuce

Financement des retraites : « ça va mieux » ?

par | Juil 5, 2016 | Actualités

Nous ne présentons plus le Conseil d’Orientation des Retraites (COR), dont l’une des missions est : « de produire… un document annuel et public sur le système de retraite ». Le COR vient ainsi de présenter son rapport annuel intitulé : Évolutions et perspectives des retraites en France, nous en restituons les principales informations.

Rappel de méthodologie : les travaux sont réalisés à partir de contextes démographique et économique projetés sur longue période (horizon 2060). Les évolutions démographiques sont stables et appellent peu d’observations. Les hypothèses retenues sont celles de l’INSEE, une fécondité légèrement inférieure à deux enfants, une espérance de vie qui évolue positivement d’un trimestre tous les deux ans sur la période. L’allongement de l’espérance de vie et l’arrivée en retraite des générations issues du Baby-Boom viennent dégrader le ratio démographique. Car c’est plus de retraités, donc plus de dépenses. De plus, les néo-retraités ont connu des carrières pleines, ce qui augmente le montant de la pension moyenne (effet noria), et donc les dépenses.

D’un autre côté, on enregistre relativement moins de cotisants, pour une raison démographique mais aussi économique. Les actifs connaissent des carrières professionnelles plus accidentées. Si bien qu’en 2014, les ressources de l’ensemble des régimes de retraite représentent 13,9 % du produit intérieur brut (PIB) et les dépenses 14,2 % du PIB. Les pouvoirs publics ont pourtant entrepris des réformes pour équilibrer la situation. Si bien qu’entre 2002 et 2015 les ressources du système augmentent de +2 points de PIB, mais dans le même temps, les dépenses augmentent de + 2,6 points. La situation est donc déficitaire (depuis 2008). La question est de savoir combien de temps ce déficit va durer ? Que faire pour le résorber ?

Pour ses travaux, le COR retient différents scénarios économiques qui reposent sur un taux de chômage et un taux de croissance des revenus d’activité. Ils lui permettent d’établir les projections du solde financier du système à moyen et long terme.

Le chômage moyen est de 7% à terme (avec calcul de variantes à 4,5% et 10%). Ces chiffres différent de la situation actuelle (chômage élevé structurel). Ils interpellent toujours. Ils sont cependant moins importants qu’il n’y paraît pour l’équilibre du système. Car, à court terme, si le chômage dégrade le ratio actifs/retraités, l’effet est atténué par des transferts de cotisations. Et à plus long terme, les pensions futures sont plus faibles, jouant positivement sur les dépenses.

Le taux de croissance annuelle des revenus d’activité : la clé

C’est la variable clé, c’est ce qui va déterminer très majoritairement le solde, par l’évolution des ressources. Selon le COR, la croissance des revenus d’activité est tirée par une hausse de la productivité du travail (car la durée du travail est stable). Les scénarios retenus fixent ce taux à des niveaux compris entre 1% et 2%. Pour rappel, la croissance annuelle de la productivité du travail et des revenus d’activité est de 0,7% sur la période 2008-2015. Entre 1990 et 2008, avant la crise, le rythme annuel moyen était de 1,7%. Donc, placer le taux à un niveau moyen de 1,5% interpelle ! Pourquoi retenir une hausse moyenne deux fois plus forte que la tendance des huit dernières années ? Parce que « ça va mieux ». Parce qu’aussi c’est le niveau qui permettrait de se rapprocher de l’équilibre au milieu de la décennie 2020. Pour que la situation s’améliore réellement, à un horizon de 25 ans, il faudrait même une croissance supérieure, une croissance d’au moins 1,8%.

La (bonne) nouvelle de cette année, c’est l’ « amélioration » du besoin de financement à horizon 2020. Ce dernier est de -0,2% du PIB (4 milliards d’euros), il était encore l’année dernière de -0,4%. Ce léger mieux s’explique par les prévisions de croissance revisitées, ainsi que par la prise en comptes des effets des accords sur les retraites complémentaires AGIRC-ARRCO.

Il est toujours délicat de commenter les résultats de ces travaux, dans la mesure où il convient surtout de commenter les hypothèses retenues et appliquées jusque 2060, exercice compliqué. Le rapport présente néanmoins une constante : le besoin de croissance. Une réponse durable au problème de financement ne peut se trouver dans des ajustements à la marge. Réforme après réforme, le déficit est combattu, mais il perdure. Même si le recul de l’âge légal de départ en retraite, même si l’indexation des retraites sur l’inflation, même si l’accord sur les retraites complémentaires, jouent favorablement sur le solde, il reste toujours un déficit. Pour compenser une telle dégradation du ratio démographique, il faudra penser différemment. La solution à la question des retraites doit être globale, venir de l’économie, l’issue c’est la croissance, par la formation. Si rien n’est fait, le COR nous donne un aperçu de ce qui se passera, nous le citons : « dans le scénario 1 %, l’équilibre financier du système de retraite sur les 25 prochaines années pourrait être assuré, soit en augmentant dès 2017 de 1,2 point de pourcentage le taux de cotisation, soit en abaissant dès 2017 de 3,8 % toutes les pensions de retraite. » A contrario, c’est par plus de formation, initiale et permanente, et de qualité, que la productivité peut croître. Encore faut-il le dire, le calculer et le financer.

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