L’Astuce

Des taux bas aux taux négatifs

par | Juin 21, 2016 | Actualités

Nous vivons une situation particulière dans laquelle l’inflation est restée nulle, ou quasiment nulle, sur une période relativement longue – et devrait remonter lentement. Il faut ajouter à cette absence d’inflation, des taux directeurs des principales banques centrales nuls ou proches de zéro – et qui devraient aussi remonter lentement. Désormais, nous pouvons même ajouter un troisième phénomène : les OAT ou emprunts d’Etat à 10 ans à rendement négatif.

Le Japon ou la Suisse, notamment, émettent depuis quelque temps des obligations souveraines à rendement négatif. Selon l’agence de notation Fitch, à la fin du mois de mai se sont même 14 pays qui sont concernés par le « phénomène », pour un montant représentant 10.400 milliards de dollars (en hausse de 5% sur un mois).

C’est désormais le leader économique de l’Europe qui est concerné depuis la semaine dernière. En effet, l’emprunt d’État allemand à 10 ans, le « Bund », a franchi pour la première fois le zéro ! Fait historique, ces derniers se sont aventurés en territoire négatif. Tout le monde comprend aisément le caractère anormal de la situation, il faut payer pour prêter de l’argent, il s’agit là d’un curieux placement. Alors qu’est ce qui peut justifier une telle situation ?

La politique monétaire menée par la Banque Centrale Européenne (BCE) a eu pour effet d’inonder le marché de liquidités, notamment par son action de quantitave easing, qui consiste à racheter de la dette souveraine. Cette politique, qui a commencé au Japon, puis aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, a pour effet de diminuer les rendements. Cette abondance de liquidités devait permettre de dissuader d’épargner, pour consommer, de réduire les coûts du crédit, pour stimuler l’investissement et ainsi de « tenir » la bourse. Sur ces points, le bilan est mitigé en zone euro, compte tenu des différences de situation des économies pour l’essentiel. Raison pour laquelle la BCE a engagé le second volet de son plan, la mise en place d’un programme de rachats d’actifs privés, l’achat d’obligations d’entreprises. Cette fois, l’idée est de réduire plus directement le coût de financement des entreprises, pour qu’elles s’endettent, et éventuellement se concentrent.

Mais il faut savoir que la raison affichée de ces politiques n’est pas la croissance et l’emploi, mais le retour de l’inflation. En abaissant les taux, la banque centrale fait certes repartir la machine, donc les salaires, mais son mandat est un certain niveau d’inflation : 2 % à moyen terme.

En parallèle, le « BREXIT » qui se tient dans quelques jours, et les récents sondages, plus le drame du meurtre de la Députée travailliste, continuent d’agiter les marchés. Ces derniers ont des difficultés à mesurer les effets d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Une sortie qui est devenu le principal scénario depuis dix jours, sauf si le drame opère un revirement. L’inconnu fait peur. Prévoir les effets d’un tel événement, qui ne connait pas de précédent, est impossible. Pour rappel, les principales institutions (économiques) mondiales ont mis en garde contre les effets que cette sortie pourrait engendrer sur une croissance mondiale déjà fragile. Cette inquiétude se traduit par de la volatilité sur les principales places boursières mondiales. Nous assistons concomitamment à cette montée de la crainte, à une recherche de sécurité accrue. C’est ce qu’incarnent les obligations des états jugés « forts », c’est notamment le cas du « Bund ». C’est une véritable course à la valeur refuge qui s’opère. Ce qui explique son passage en rendement négatif.

Cette situation est temporairement avantageuse pour les Etats concernés : ces derniers peuvent se financer dans des conditions « anormales ». Il est à souhaiter qu’ils fassent plus de réformes, pour avoir plus de croissance. Autres gagnants de ce contexte économique, les emprunteurs, notamment les ménages qui souhaitent investir dans l’immobilier. Ils peuvent actuellement le faire aussi dans des conditions très avantageuses. Ils bénéficient d’une baisse des taux de crédit accordés. A l’inverse, les établissements bancaires voient fondre leur marge. Et les épargnants recherchent désespérément un produit qui leur offrira le rendement escompté, tout en garantissant un maximum de sécurité.

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