L’Astuce

La France sera-t-elle (demain) toujours un pays de propriétaires ?

par | Juin 14, 2016 | Actualités

La France est, dans l’imaginaire collectif, un pays de propriétaires. Ce qui est plutôt vrai puisque plus d’un ménage sur deux est propriétaire de sa résidence principale, c’est même précisément 57,7% des ménages français (2014). Toutefois, si nous comparons à l’échelle européenne, nous nous situons en dessous de la moyenne. En effet, si nous avons pour habitude de comparer ce chiffre à celui de notre voisin allemand (autour de 50%) – et de en nous féliciter – nous oublions que nos autres voisins, en Italie ou en Espagne par exemple, affichent des taux supérieurs à 70%.

Qu’en est-il de la dynamique du taux de propriétaires en France ?

Cette proportion a connu une hausse entre le début des années 80 et le milieu des années 2000. Nous sommes ainsi passés en France de 51,9 % de propriétaires en 1984 à 56,6 % en 2004. Il faut savoir ensuite que le taux de 57,7 % est resté inchangé au cours des dernières années, depuis 2010 pour être précis. Il a donc tendance à stagner. C’est le cas également sur une période plus longue, sur les 10 dernières années, puisqu’il y a peu d’écart entre les 56,6 % de 2004 et les 57,7 % d’aujourd’hui.

Parmi ces propriétaires, nous distinguons des accédants, qui sont en phase de remboursement, et des ménages sans charge de remboursement. L’observation de l’évolution de ces deux sous-catégories sur la même période nous livre des enseignements. La part des propriétaires accédants sur la période 1984-2014 est en recul. Elle passe de 24,2 % à 17,1 %, ce n’est pas anodin. Dans le même temps, la part des ménages sans charge de remboursement augmente de 27,6 % à 40,7%. Ce qui s’explique notamment par le vieillissement de la population, les personnes plus âgées ayant fini de rembourser leur crédit. A ceci s’ajoute la tendance à rembourser plus vite les crédits, pour ceux qui le peuvent, profitant ainsi de la baisse des taux d’intérêt.

Que se passe-t-il chez les non-accédants ?

Il n’en demeure pas moins qu’il existe un véritable problème d’accession à la propriété pour les plus jeunes. C’est ce que démontre une étude de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques. Selon la DREES, les inégalités s’accroissent depuis 40 ans en matière d’accès à la propriété. Elle nous apprend que « parmi les 25 à 44 ans les plus modestes, la part des propriétaires a été divisée par deux de 1988 à 2013, après une période de stabilité. » A l’inverse des plus aisés de la même tranche d’âge, pour qui la part s’est accrue de moitié depuis 1970. L’étude met en avant, la part de la donation ou de l’héritage dans l’acquisition de la résidence principale chez les jeunes. Ainsi, la probabilité d’acheter sa première résidence, lorsqu’il y a une aide de la famille, est trois fois plus élevée (chez les plus modestes).

La situation des taux bas que nous vivons peut, dans une certaine mesure, améliorer l’accès à la propriété. Même si il faut relativiser, puisque mécaniquement, un crédit bon marché, a tendance à être compensé par une hausse du niveau des prix de l’immobilier. En tout cas, cette baisse des taux n’est pas passée inaperçue. Lors que nous interrogeons, dans notre dernière enquête, les Français sur leurs intentions au regard  des « taux d’intérêt bas » : 18 % des Français répondent que cela les incite à investir dans l’immobilier. C’est même la première réponse, et ce pourcentage atteint 27 % pour les moins de 35 ans. L’accession à la propriété demeure une préoccupation des ménages.

Si 35 % des épargnants de moins de 35 ans déclarent épargner pour financer l’achat d’un bien immobilier et si les taux bas rappellent aux Français que la période est propice à l’acquisition de la résidence principale, le cadre économique actuel se montre peut être encore trop compliqué pour passer à l’achat. Rappelons que les prix de l’immobilier ont doublé entre 1996 et 2010. En outre, la précarité des carrières professionnelles, nous pensons en particulier au chômage, mais aussi à la multiplication des CDD, sont autant de freins à l’accession des Français à la propriété. La résidence principale est la constituante principale du patrimoine des Français. La constitution d’une épargne dans la première phase de la vie active a pour but d’acquérir cette dernière. Derrière ce « simple » taux de propriétaires, c’est ainsi l’évolution du patrimoine, et en large part la stratégie d’épargne des Français qui se dessinent.

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