L’Astuce

Les retraités épargnent-ils trop ?

par | Mai 24, 2016 | Actualités

L’épargne française est capitale dans le financement de notre économie, pour son bon fonctionnement. C’est une réalité partagée par les pays dits développés à économie de marché, entre autres nos voisins européens. Ce qui est moins fréquent, c’est le volume que représente cette épargne : 4377 milliards d’euros (fin mars). Cette masse colossale représente un enjeu, dans l’utilisation et dans la bonne orientation de cette masse financière, vers l’économie dite réelle. On s’en doute, elle suscite convoitises et alimente les débats. D’une manière générale, en France, les observateurs s’entendent pour critiquer la répartition, et surtout l’utilisation de cette épargne. Luc Arrondel et André Masson (économistes) ont récemment publié une étude intitulée « Epargne et espérance de vie » dans laquelle ils partagent notamment cette analyse. Précisément, la critique est la suivante : l’épargne française est trop investie dans l’immobilier, ainsi que dans des produits liquides, peu risqués. Par opposition, les Français boudent les actions. Se pose ainsi la question de l’utilité de cette épargne « dormante ».

L’épargne se concentre chez les français de plus de 50 ans. Cette épargne est une épargne peu risquée, donc peu productive pour l’économie. Au-delà même de la nature de cette épargne, les auteurs de cette étude s’interrogent sur son utilité même. Une pratique qui ne se justifierait pas dans la mesure où les transferts sociaux aux plus de 60 ans (retraite, santé, dépendance) représentent 20% du PIB.

Nous avons déjà vu dans un précédent article (https://www.cercledesepargnants.com/la-theorie-du-cycle-de-vie-contestee), que les retraités continuent d’épargner y compris au moment de la retraite, contestant ainsi la théorie du cycle de vie. Cette théorie veut que les ménagent épargnent pour maintenir leur niveau de consommation tout au long de la vie. Ce qui voudrait dire qu’au passage à la retraite ces derniers puisent dans leur épargne. Et au final l’épargne et le patrimoine constitués seraient consommés en fin de cycle.

Ces derniers auraient donc tendance à « sur-épargner », dans la mesure où ils bénéficient d’une protection sociale forte, ainsi que d’un patrimoine constitué relativement important (en comparaison entre générations et générations retraités passées). Un rapport patrimoine/revenu qui n’a jamais été aussi élevé depuis un siècle : « le patrimoine privé net total représente 5 à 6 fois le montant du revenu national en Europe ». Des niveaux comparables à ceux de la Belle époque. En dynamique, ce niveau a doublé en 50 ans. Par comparaison, ce ratio aux Etats-Unis est de 4. Cette hausse est principalement tirée par la hausse des actifs non financiers.

Ce patrimoine serait de plus en plus hérité, et tardivement hérité. La part du patrimoine hérité dans le processus d’accumulation globale augmenterait en France depuis 1980, alors qu’il baisse aux Etats-Unis. Du fait de l’allongement de l’espérance de vie, la transmission de l’héritage intervient de plus en plus tard, en moyenne à près de 60 ans. Dans la mesure où les principaux besoins d’investissement sont passés à soixante ans (l’acquisition de la résidence principale, ou l’investissement dans une entreprise venant plus tôt), ce patrimoine encouragerait encore la constitution d’une épargne… peu risquée. La pratique est donc amenée à se reproduire tant que l’espérance de vie s’allonge.

Une épargne et un patrimoine aux mains des séniors, un héritage tardif, qui ont pour effet d’alimenter une épargne peu productive. Les retraités épargnent comme tous les Français (46 %) principalement par précaution. Ils émettent probablement des doutes sur la pérennité de la protection sociale, de l’Etat-Providence. Ils épargnent aussi pour leurs enfants et plutôt leurs petits-enfants. Selon notre dernière enquête, 26 % des retraités épargnent afin d’aider la famille, contre 21 % des Français (https://www.cercledesepargnants.com/19673).

 

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