L’Astuce

Le chiffre de la semaine

par | Mar 29, 2016 | Actualités

« $78 trilliard » ! Un trilliard (trillion en anglais) représente mille milliards. Nous parlons donc ici de 78.000.000.000.000 de dollars : une coquette somme ! Pour rappel, le PIB français représente « seulement » 2 085 milliards d’euros, et le PIB américain 18 698 milliards de dollars. Qu’est ce qui peut bien représenter autant de dollars, autant de fois les PIB des premières puissances mondiales réunies ? La réponse est la suivante : “total value of unfunded or underfunded government pension liabilities”.

Il s’agit des engagements de retraite non ou sous-financées de 20 pays appartenant à l’organisation de coopération et de développement économiques. Ce chiffre, ce besoin de financement, est issu d’un rapport produit et présenté la semaine dernière par un panel d’experts de Citi group. Le titre du rapport est assez explicite : « the coming pensions crisis », voilà qui se passe de commentaire : no comment, mais pas d’analyse !

Les experts se sont en effet penchés sur les 20 plus importants pays de l’OCDE. Ils ont étudié l’évolution du système des retraites et ont estimé le montant non ou sous provisionné pour les différents pays. Dans ces 20 pays, on retrouve les principaux européens, avec des systèmes de retraite que l’on peut qualifier de « publiques », où les Etats jouent un rôle important. Mais aussi les pays anglo-saxons, dans lesquels le financement des retraites repose également sur un fonctionnement privé, les fameux fonds de pension. Indépendamment du chiffre absolument colossal (information la plus importante du rapport), mais qui est difficilement compréhensible pour les non-initiés, difficilement palpable, il faut retenir au moins deux enseignements.

Tout d’abord, la situation française (problème de financement des retraites) n’est pas une exception : c’est (malheureusement) un problème mondial. Une raison principalement démographique l’explique : la population mondiale augmente, mais vieillit. Un vieillissement qui s’explique par un allongement de l’espérance de vie, mais aussi par un taux de natalité peu dynamique. La population âgée de plus de 65 ans représente 8% de la population mondiale, elle représentera demain (en 2050) 15% de la population totale, près du double. En Europe, elle en représente déjà 17 %, et en atteindra demain 27 %. Les systèmes de retraite, aussi bien privés que publics, ont été pour l’essentiel conçus à des époques où l’espérance de vie était moindre et où l’espérance de vie projetée est en décalage avec la réalité actuelle. Les auteurs citent l’exemple américain, au moment du démarrage du système de sécurité sociale : un homme de 65 ans avait encore 12,7 années devant lui, ce même homme aujourd’hui peut espérer vivre 20 ans de plus, 50% de plus que ce que le système ne l’envisageait. L’étude met aussi en avant l’évolution, au fil des années, dans les pays développés, de l’esprit même du système de retraite. Initialement conçu et pensé comme filet de protection, en fait comme protection contre la pauvreté des personnes âgées, il s’apparente désormais dans les pays développés à un système de revenus « assurés » qui permettent en quelque sorte de maintenir le niveau de vie de la période active. Ce qui représente un coût croissant. Dans les pays en développement, c’est la simple instauration d’une retraite de base, qui crée une dépense nouvelle, une dépense supplémentaire, appelée demain à croître.

Nos besoins de financement en retraite sont supérieurs à l’endettement des Etats. Pour situer, la dette des 20 pays, elle représente 44.000.000.000.000 de dollars. D’une manière générale, les engagements de retraite représentent 190 % du PIB, quand la dette des Etats est de 109 % du PIB. La France fait figure de mauvais élève en la matière (3ème). Le besoin de financement représente 350 % du PIB ! Pour rappel, la dette publique française est de 2 097 milliards d’euros (95,7 % du PIB).

Les experts ajoutent que ce besoin colossal de financement, à terme concernera les employés, mais aussi les employeurs et les décideurs publics du monde entier. On le comprend aisément, dette publique, plus financement des retraites du secteur public, plus le système de retraite dans son ensemble, ça fait beaucoup ! Les actifs d’aujourd’hui doivent donc se préparer, c’est l’une des préconisations du rapport. Ils prédisent d’ailleurs une hausse de 5 000 à 11 000 milliards de dollars de l’épargne retraite privée sur les 10-30 prochaines années (dont une grande partie en Europe). C’est l’une des clés, nous le voyons déjà, dans le comportement d’épargne des français notamment : la préparation individuelle.

Parmi les autres propositions du rapport : informer davantage sur les besoins de financement pour sensibiliser les populations, ce que nous faisons (modestement) au sein du Cercle. Nous pouvons aussi citer l’augmentation de l’âge de départ en retraite, ce que les décideurs et pouvoirs publics ont en tête. Les experts préconisent également de faire appel davantage à l’expertise et au savoir faire des assureurs, et enfin de créer un nouveau système, basé sur le partage risques/bénéfices. Le sujet n’est donc pas clos.

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