L’Astuce

Taux d’épargne et stratégie d’épargne des ménages Français

par | Fév 16, 2016 | Actualités

La semaine dernière nous vous avons livré une analyse du taux d’épargne des ménages français : évolution, comparaison et raisons de cette trajectoire ascendante (http://cercleepargne.wpengine.com//le-taux-depargne-des-francais-poursuit-son-ascension). Cette semaine, nous vous proposons d’étudier une sous-partie de cette épargne, le taux d’épargne financière.

Si le taux d’épargne (rapport entre l’épargne des ménages et le revenu disponible brut) représente 15,5 % des revenus disponibles des ménages français, 7 % des revenus sont utilisés pour réaliser  des placements financiers. Ces derniers représentent 4 400 milliards d’euros d’encours (fin septembre 2015), soit deux fois le Produit Intérieur Brut. Un niveau qui mérite que l’on s’arrête un instant dessus, surtout dans ce contexte financier extrêmement complexe.

Nous avons vu que le niveau d’épargne reposait sur des raisons psychologiques (structurelles) et également sur des aléas économiques (conjoncturels). Plus la situation économique est morose, plus l’individu va avoir tendance à épargner. La croissance française (1,1 % en 2015, une prévision de 1,4 % en 2016) est jugée insuffisante. Par conséquent les ménages épargnent davantage. 

Quelle stratégie ?

Une croissance atone, des marchés qui font preuve d’une très grande nervosité et volatilité, que font les Français ? Ils font preuve de plus en plus d’aversion au risque. Une aversion au risque que l’on retrouve très nettement dans leur stratégie d’épargne. Les ménages recherchent toujours plus de sûreté au détriment du rendement, qui lui est donc accepté plus faible. On épargne alors davantage par peur de l’avenir, dans des produits peu risqués, donc peu rémunérateurs, mais plus sûrs. Les placements « sûrs » (dépôts bancaires, épargne réglementée et assurance-vie en fonds euros) représentent ainsi 63 % du patrimoine financier au troisième trimestre 2015. Par comparaison, sur une période un peu plus lointaine, ce chiffre était de 56 % en 2006.

Il faut noter en parallèle (paradoxalement en apparence) une baisse du patrimoine financier. Ceci est dû à la baisse de la valorisation des actions. Ce qui renforce la défiance des ménages vis-à-vis de ce produit jugé risqué. Les encours d’actions des ménages français ont diminué de -6,5 % au troisième trimestre 2015. Ceci s’explique notamment par l’épisode boursier de l’été et le mouvement de panique parti des marchés asiatiques. Et ce n’est pas le début d’année 2016 qui va rassurer. Même si pourtant, le CAC 40, sur l’année 2015, gagne +8,53 %. Ce n’est pas rien, surtout lorsque l’on compare ce chiffre aux rémunérations des produits d’épargne sur l’année.

Dans cette stratégie d’épargne, l’assurance-vie se porte bien (une dynamique que l’on retrouve dans tous les pays d’Europe de l’Ouest). Et paradoxalement si l’action en elle-même fait peur, les unités de comptes dans les assurances-vie représentent 1/5ème des cotisations. Au quatrième trimestre 2014, les actifs risqués représentent 74 % du PIB en France, 89 % en zone euro et 250 % aux Etats-Unis. Ce qui s’explique surtout par les fonds de pension aux Etats-Unis, mais également par les mentalités. Les ménages étrangers détiennent plus d’actions que les ménages français, dans la longue durée.

Dans cette période de taux faibles, la stratégie d’épargne de long terme (assurance-vie notamment) apparaît plus que jamais la réponse aux attentes des ménages français. Il ne faut pas perdre de vue que cette épargne a vocation à financer l’activité économique. François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France s’inquiétait le 2 février de la baisse du rendement. Il dénonce le cercle vicieux suivant : recherche de la sécurité = baisse du rendement = baisse du financement des investissements innovants = baisse de la croissance. Nous verrons au prochain trimestre si son appel a été entendu et quelle stratégie les ménages français auront retenue, dans un marché très mouvementé.

M