L’Astuce

Comment se présente l’année 2016 ? (2/2)

par | Jan 12, 2016 | Actualités

La semaine dernière nous publiions une première partie de notre article consacré au contexte de cette nouvelle année 2016. Marquée par le prolongement de mutations économiques majeures, cette année se caractérise par une situation géopolitique préoccupante. Si les faibles taux de croissance, les faibles taux d’intérêt et la faible inflation sont les signes de la mutation économique qui s’opère, ces modifications économiques ont pour conséquences des bouleversements géopolitiques et institutionnels.

Géopolitique

Les mutations économiques, technologiques, sociales que nous vivons entrainent de l’instabilité. Les mouvements migratoires en sont l’illustration. Des conflits (Syrie), des aléas météorologiques et de la pauvreté naissent les mouvements migratoires. Ce sont ainsi, pour l’année 2015, plus d’un million de réfugiés qui ont rejoint l’Europe. Ce qui fait dire à la chancelière allemande que les réfugiés constituaient « peut-être le plus grand défi que nous ayons eu à affronter depuis la réunification allemande ». En réponse, les dirigeants européens ont décidé d’accélérer la création d’une force de garde-côtes et des frontières (objectif mi-2016). Le but est de restaurer le contrôle du territoire européen. En attendant les migrants continuent d’affluer, ce qui laisse présager un flux toujours important courant 2016 (jusqu’à un million et demi de personnes d’ici fin 2017). Indépendamment de la question des migrants de demain, la question de la « gestion » des présents se pose. La Banque centrale allemande estime en effet que « près de 70 % d’entre elles n’auront pas d’emploi durant la première année suivant l’obtention du statut de réfugié », et avance un taux de 40 % trois ans après. La formation, l’accompagnement vers l’emploi de ces personnes, leur intégration : voilà donc tout l’enjeu, avec plus de croissance à terme.

Crise des migrants, crise grecque… L’Union Européenne a montré de la fragilité à plusieurs reprises. L’Union peine lorsqu’il s’agit de répondre à des défis majeurs. Nous avons pu constater tout d’abord une discorde dans la réponse à apporter à la crise grecque entre partisans de la sortie de la Grèce de la zone Euro et les partisans de son « sauvetage ». Plus récemment, l’hostilité des pays d’Europe de l’Est face à la question des migrants a démontré là encore qu’il existait rarement une position européenne naturelle sur les sujets de premier ordre. Tous ces événements ont pu ébranler la confiance ou la bienveillance que les citoyens européens accordaient jusqu’à présent à l’Union. Ils ont pu amener ces derniers à se poser la question du rôle et du pouvoir qu’ils voulaient concéder aux institutions européennes.

Politique

Nous assistons à une montée des partis eurosceptiques. Nous pensons tout particulièrement à la victoire de PiS en Pologne lors des dernières élections présidentielles, ou alors aux scores de l’extrême droite en France lors des dernières élections régionales. Des modifications du paysage politique qui peuvent entrainer des situations de blocage ou de tensions dans les processus de négociation. Situation de blocage que l’on retrouve en Espagne, dans un registre différent, mais où l’absence de majorité claire aux dernières élections plonge le pays dans une crise institutionnelle. Il existe par ailleurs une velléité d’indépendance dans certaines régions, voire même dans certains pays. Nous pensons à la Catalogne ou au Brexit. David CAMERON a promis la tenue d’un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. S’agit-il à l’origine d’une simple stratégie pour obtenir des conditions plus avantageuses auprès de Bruxelles ? Toujours est-il qu’il existe aujourd’hui un risque de sortie de l’un des principaux pays européens.

De l’autre côté de la Méditerranée, sur le terreau d’une instabilité géopolitique accrue, suite à la disparition d’Etats, le terrorisme a su se développer et se propager. La France en a été la victime à plusieurs reprises. Touchée sur son territoire par des attentats qui ont marqué par leur violence, leur ampleur et leur coordination. La multiplication des alertes nous rappelle que le combat contre le terrorisme n’est pas terminé. Pour empêcher des individus en déshérence, souvent français, de basculer dans le terrorisme, il faudra là de la formation, pour offrir à chacun un avenir que certains n’imaginent plus. Il faudra également s’attaquer à la source du problème : l’Etat Islamique. D’une manière générale, que le Proche-Orient retrouve une paix (relative). Objectif difficile à atteindre, ce que la récente montée de tension entre l’Iran et l’Arabie Saoudite nous rappelle. C’est bien plus qu’une « confrontation » bilatérale, c’est toute la région qui risque un embrasement derrière le clivage chiite/sunnite. C’est également (toujours et encore) la question du pétrole qui se joue ici (cf. article semaine dernière). D’une manière générale c’est l’ensemble des pays exportateurs de pétrole qu’il faudra surveiller.

D’un côté des défis majeurs qu’il faut surmonter, de l’autre côté des institutions nationales et supranationales qui ne sont pas au mieux. Des tensions au Proche-Orient sur fond de « guerre du pétrole », des tensions en Asie entre Chine et Japon (sans oublier les deux Corée), un terrorisme international qui prolifère, tout cela en parallèle de perspectives économiques peu réjouissantes ! A noter en Novembre l’élection présidentielle aux Etats-Unis où un changement de Président pourrait modifier la politique menée ces six dernières années. Décidément, cette année 2016 s’annonce compliquée.

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