L’Astuce

Quel avenir pour le Livret A ?

par | Déc 15, 2015 | Actualités

Dans très précisément un mois jour pour jour, la Banque de France devra fixer le nouveau taux applicable au Livret A. Jusqu’ici rien d’anormal dans la mesure où son taux est calculé deux fois dans l’année, le 15 juillet et le 15 janvier avec une application au 1er du mois suivant. Seulement voilà, le mois dernier la caisse des dépôts nous apprend que le Livret A et le Livret de Développement Durable enregistrent une décollecte de -3,07 milliards d’euros pour le mois d’octobre, soit un 7ème mois consécutif de décollecte. Dans le détail c’est ‑2,29 milliards d’euros pour le seul livret A, après un mois de septembre déjà négatif à -2,38 milliards d’euros. Deux mois il est vrai qui – nous le savons – sont des périodes traditionnellement difficiles pour le Livret A. Sa libre entrée et sortie, permet aux épargnants de puiser dedans pour payer notamment les impôts ou les dépenses liées à la rentrée. Sur un plan plus large, c’est même -8,5 milliards d’euros de décollecte pour le Livret A depuis le début de l’année et -1,88 milliards d’euros pour le LDD. A relativiser toutefois, si la tendance est à l’amincissement, l’encours de ces deux produits au 31 octobre reste tout de même important avec 354,8 milliards d’euros.
Que se passe-t-il ?
On retient une tendance de fond (très nombreux mois de décollecte), une décrue saisonnière (des mois de septembre-octobre traditionnellement très défavorables), mais aussi incontestablement l’effet de la détermination du nouveau taux du Livret A. En passant sous la barre des 1% au 1er août dernier – décision historique – le Gouverneur de la Banque de France a pris le risque de franchir un seuil psychologique. Avec ses 0,75% le Livret A, (pourtant supérieur à sa formule mathématique de base) apparait comme faiblement rémunérateur en comparaison avec les taux présentés et servis par les Plan Epargne Logement ou Assurances-vie notamment. Pour rappel, selon la règle de détermination du Livret A calculé notamment à partir de l’inflation, son niveau actuel devrait être de 0,5%, ce qui est loin des 2,5% des assurances-vie ou 2% du PEL (dans leur version récente, sans parler des produits plus anciens aux performances plus importantes).
Dans ce contexte, vous l’aurez aisément compris, la décision du 15 janvier prochain n’est pas anodine. Exercice délicat donc pour la Banque de France, car sur les niveaux d’inflation constatés, le Livret A devrait proposer du 0,25%. La Banque de France n’est pas seule dans le processus décisionnaire, le politique entre en compte. Le Gouvernement ne devrait pas laisser un produit aussi populaire auprès des Français à un niveau si bas, le consensus devrait être de fixer ce dernier à 0,5%. Mais à ce niveau, même avec les avantages propres au Livret A qui lui permettent de servir un taux net identique au taux affiché, il apparait difficile d’attirer de nouveaux épargnants. Pour savoir si le Livret A arrivera à conserver ses épargnants actuels, il faudra observer si le marché propose des solutions alternatives compétitives. Etant donné le niveau d’inflation actuel, en retenant la formule de base ou même la formule « améliorée », il apparait difficile de proposer un taux suffisamment attractif aux yeux des épargnants. Nous constaterons probablement une nouvelle décollecte, la question est de savoir de quelle ampleur ? Il sera intéressant de voir quelle sera la destination de cette épargne. Espérons que cette dernière, si elle doit se réorienter, le fasse ou profit du financement de l’économie, condition nécessaire à la reprise de l’investissement et de la croissance.

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