L’Astuce

Demain, mercredi 29 juillet, c’est le jour de la libération fiscale !

par | Juil 28, 2015 | Actualités

De quoi s’agit-il ?! Du jour de l’année à partir duquel les salariés ne travailleront plus pour l’Etat ! Lorsque l’on cumule les charges salariales, patronales, l’impôt sur le revenu et la taxe sur la valeur ajoutée que doit supporter un actif, on aboutit à la date du 29 juillet. Avant cette date, chaque salarié travaille pour financer la dépense publique, ce qui correspond à 57,5% du salaire en France (contre une moyenne de 45,1% dans l’Union Européenne).
Il s’agit d’un indicateur non conventionnel, calculé par des instituts économiques et cabinets de conseils, bien loin des indicateurs classiques : taux de croissance, inflation, balance du commerce extérieur que nous avons pour habitude d’étudier… Il est certes à prendre avec beaucoup de précautions, notamment parce qu’il ne prend pas en compte les « apports » de la puissance publique : sécurité, qualité juridique, prix des formations (du primaire à l’université), qualité des infrastructures, système de santé… mais leur existence en dit long sur ce que les journalistes qualifient de « ras-le-bol fiscal » ! Et pas seulement eux.
Que nous apprend cet indicateur ? Que les salariés français ont travaillé une journée de plus cette année pour se libérer. Et 14 jours de plus qu’en 2009 !
A titre de comparaison, un salarié chypriote est « libéré » le 31 mars, un Irlandais le 28 avril, un Anglais le 9 mai, un Espagnol le 7 juin, un Italien le 2 juillet, un Allemand le 10 juillet, un Grec le 14 juillet, nous pouvons arrêter là, en fait il n’y a que les Belges qui subissent plus de pression que les Français.
Au-delà du simple calcul de pression fiscale, ce qui est intéressant, c’est de comparer cet indicateur avec la situation des finances publiques. Prenez par exemple la situation des pays à niveau de prélèvement obligatoire élevé, comme la France, c’est-à-dire Allemagne, Danemark, Autriche, ils ont certes un niveau de prélèvement élevé, mais une situation budgétaire relativement seine et équilibrée. A l’inverse, des pays comme l’Espagne ou le Royaume-Uni ont des niveaux de prélèvements plus faibles, mais des situations budgétaires déséquilibrées, c’est-à-dire qu’ils laissent filer ou ont laissé filer la dette et le déficit pour épargner les ménages. La France enregistre ainsi, cette année, un déficit public proche des 4% du PIB, et approche des 100% de dette publique. Nous avons donc à la fois une situation budgétaire préoccupante et une pression fiscale importante. La France abrite ainsi une pression lourde pour les entreprises et plus encore pour les ménages, sans pour autant assainir sa situation budgétaire.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Simplement que la pression fiscale n’est pas la solution. La fameuse taxe à 75% (taxe sur les hautes rémunérations) a rapporté 200 millions d’euros en année pleine, dans un pays qui dépense 1200 milliards d’euros d’argent public par an… Autrement dit, l’impôt a déjà tué l’impôt.
Nous avons vu dans l’étude du rapport du Conseil d’orientation des retraites que notre système économique était surtout sensible aux conditions économiques. Ainsi, un taux de croissance élevé est décisif, pour réduire bien sûr le taux de chômage. Mais pas seulement. Le Comité de suivi des retraites note ainsi, nous le citons : « à long terme, le comité estime que l’analyse des indicateurs de suivi de notre système des retraites, aussi bien sur le niveau relatif des retraites et les revenus d’activité que sur l’équilibre financier, montre que ce système est excessivement dépendant des évolutions de la croissance économique… ». Excessivement dépendant veut dire trop dépendant,  autrement dit trop tributaire d’une économie elle-même trop dépendante de la fiscalité au jour le jour.
Cette pression fiscale, et l’exonération totale ou partielle de cette dernière sur certains produits, va ainsi impacter le comportement des épargnants dans leur choix, dans leur décision face aux produits d’épargne. Nous l’avons vu la semaine dernière, l’exonération de l’impôt justifiait à elle seule en grande partie le relatif succès du Livret A. Si à une époque le taux était roi, il faut davantage aujourd’hui regarder le rendement réel, et ce dernier tient compte de la fiscalité. Une pression fiscale, que l’épargnant peut également alléger en souscrivant un PERP (Plan d’Epargne Retraite Populaire) ou un Madelin (pour les travailleurs non-salariés). Une fiscalité qui pourrait expliquer la bonne santé de ces produits d’épargne auprès des Français, avec des effets plus favorables pour les épargnants eux-mêmes.
 
 

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