L’Astuce

Piketty ou le retour du grand méchant capital

par | Nov 4, 2013 | Actualités, Non classé

Thomas Piketty a réalisé, dans son dernier ouvrage, « le capital au 21ème siècle », un travail impressionnant de collecte et d’analyse des données concernant les revenus et le patrimoine depuis plus d’un siècle. La compilation des chiffres porte tout naturellement la démonstration implacable de l’économiste qui s’étale sur plus de 900 pages. Depuis une trentaine d’années, les inégalités s’accroissent du fait d’une concentration croissante et autoentretenue des revenus mais surtout du capital. L’économiste souligne que les revenus du capital progressent plus que ceux du travail. En outre, le rendement du patrimoine est d’autant plus élevé que le patrimoine possédé est important. Cette répartition inégalitaire minerait les fondements même de la démocratie et constitue un danger pour l’économie. Il reprend ainsi à son compte les prophéties de Marx. Au regard des pourcentages, nous serions dans la même situation qu’en 1789 ou qu’en 1914. Et toute chose égale par ailleurs, en réalisant des projections, nous aboutissons à des taux d’extrême concentration des capitaux entre quelques mains d’ici 2030. Pour contrecarrer ce processus, Thomas Piketty se prononce pour l’instauration d’un impôt progressif sur le capital. Le problème, c’est que l’histoire peut bégayer mais ne se répète pas ; les projections à 10 ou 20 ans ne sont que des exercices de style qui ont vocation à être contredits par les faits. Certes, il n’est pas inutile de montrer les dangers de la voie poursuivie depuis quelques années. Si le capital a cru plus vite que les revenus, plusieurs facteurs ont joué en faveur de cette progression. Il s’agit en premier lieu de l’allongement de l’espérance de vie qui change le mode de constitution et celui de transmission du patrimoine. Une population âgée est rétive aux risques et privilégie le capital aux revenus. En deuxième lieu, les facilités monétaires développées par les banques centrales depuis plus d’une décennie, contribuent à l’apparition de bulles spéculatives. Enfin, nous avons connu depuis vingt ans avec le décollage de l’Asie l’équivalent de la conquête de l’Ouest pour les Etats-Unis au 19ème siècle. En quelques années, les cartes ont été rebattues favorisant l’émergence de nouvelles fortunes qui ressemblent à celles générées par les NTIC. La question est de savoir si après cette révolution, nous ne sommes pas entrés dans une phase de consolidation.

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